La guerre du Levant
 
Elle peut se décomposer en trois phases : 
1.  Jusqu’au 10 mars 1921 : Guerre contre les Turcs en Cilicie et en juillet 1920 « pacification» de la Syrie.
 
2.  En 1921 =  Pacification du Territoire des Alaouïtes et occupation de l’Euphrate.
 
3.  A partir de juin 1921 : Combats contre les Druzes et leurs alliés les Tchètes.
 

Chilar, dans la région d'Alep
 
Grand-père Emile a servi à l’Armée du Levant de mars 1920 à mars 1921,
c’est-à-dire, pendant la 1ère phase de la guerre qui dura une année.
 
Il a vécu là-bas la pire année de la guerre du Levant, l’année de la campagne de Cilicie contre les troupes Turques, très aguerries puisqu’elles combattaient depuis 1914. Il a eu la chance de s’en sortir indemne car les Turcs étaient réputés pour ne pas faire de prisonniers, infirmiers y compris !
Cette année là, les troupes françaises subirent de lourdes pertes jusqu’au cessez le feu du 10 mars 1921.
En octobre 1921, la France renonça définitivement à la Cilicie qui retourna à la Turquie, donc :
 
Tous les soldats français tombés en Cilicie en 1920-1921
étaient morts pour rien !
 
Unités sanitaires de l’armée française du levant,
1919 – 1925
 
Chacune des quatre divisions de l’Armée du Levant possédait une Section d’Infirmiers Militaires (S.I.M.).
Celles des 1ère et 2ème Divisions dépendaient des Troupes Coloniales et celles des 3ème et 4ème  Divisions dépendaient des Troupes Métropolitaines.
 
1ère Division du Levant.
C’était l’ex-156ème Division d’Infanterie qui, de 1916 à fin 1918 avait combattu en Macédoine. Après avoir été totalement reconstituée, elle arriva en Syrie à partir du 1er novembre 1919.
Elle fut rebaptisée « Division de CILICIE » puis, début 1920, à l’arrivée des trois autres Divisions, elle devint la 1ère Division du Levant.
Services sanitaires :
33ème Section d’Infirmiers Militaires Coloniaux.
Ambulance 5/L.  -  9ème Groupe de brancardiers divisionnaires 1 (1 pour 1ère div.)
Section Sanitaire 42.
 
2ème Division du Levant.
Formée au début de 1920.
Services sanitaires :
34ème Section d’Infirmiers Militaires Coloniaux.
Ambulance 2/L.  - 
Section Sanitaire 1317.
 
3ème Division du Levant.
Formée au début de 1920.
Services sanitaires :
35ème Section d’Infirmiers Militaires.
Ambulance 6/L.  - 
Section Sanitaire 453.
 
4ème Division du Levant.
Formée au début de 1920.
Services sanitaires :
36ème Section d’Infirmiers Militaires.
Ambulance 3/L.  -  Groupe de brancardiers divisionnaires n° 4.Section Sanitaire 452.
(Sources : Jean-Louis Larcade, 24.4.1997).
 
Grand-père Emile arriva en Syrie dans les rangs de la Section de marche des Infirmiers Militaires du Levant
qui était une unité de renfort pour les deux S.I.M. et les deux S.I.M.C. de l’Armée du Levant.
 
Comme il était originaire de la 3ème S.I.M. qui était une unité métropolitaine,
il fut affecté soit à la 35ème S.I.M. (3ème Div. du Levant), soit à la 36ème S.I.M. (4ème Div. du Levant).
Son livret militaire étant incomplet, je n’ai pas encore déterminé sa division.
 
Les français au levant,
entre les deux guerres  (1919 – 1939)
 
L'imbroglio créé par l’impérialisme, le pétrole et l’Islam ne date pas des dernières années du XXème siècle. Dès la fin de la Première Guerre mondiale ce mélange explosif avait motivé des interventions étrangères au Levant. En 1918 en effet les rivalités entre les grandes puissances de l’époque étaient vives à propos du Moyen Orient et les résistances aux implantations coloniales, françaises et anglaises, prenaient la forme d’une inspiration pan-arabe, nationaliste, musulmane en Syrie, Mésopotamie et Palestine. En fait, ce qui était aux yeux des Occidentaux la question d’Orient (de la guerre de Crimée aux Dardanelles) est en train de devenir, la question du Moyen-Orient où le pétrole et l’immigration juive sont des points plus importants que l’influence russe, soviétique ou les détroits turcs. Par la même occasion les puissances européennes font, pour la toute première fois, connaissance avec un type de guerre coloniale nouveau : il ne faut plus conquérir, il faut conserver, face au nationalisme farouche, et la conduite des opérations militaires prend un tour inconnu jusqu’alors. A partir de ces considérations on peut distinguer une évolution marquée par les périodes suivantes.
 
De 1918 à 1921,  il s’agit pour les Français et les Anglais de finir de battre les Turcs, ce qui est un problème politique classique, au prix d’opérations militaires qui ont beaucoup d’aspects traditionnels : guerre de tranchées et de positions.
 
Après les accords Franklin-Bouillon de 1921 les événements prennent une forme moins simple : il faut faire face à une subversion nationaliste diffuse et organisée, subir une guerre sans bataille, combattre un adversaire sans gouvernement ; mener une campagne sans qu’une volonté politique claire la guide depuis la France. En effet la France est prise dans une position internationale délicate : elle n’a aucunement le droit de considérer le Levant comme une colonie, puisque c’est un mandat, mais n’a pas non plus clairement défini le statut de son «protégé ». C’est donc aux miliaires en place qu’il revient, tout en combattant, d’administrer au jugé.
 
 Un héritage difficile
 
Pendant la Première Guerre mondiale ce sont principalement la Grande-Bretagne et le Chérif Hussein, de La Mecque, qui ont vaincu les Turcs. Ils ont mené pour cela des attaques classiques, frontales, en Palestine et en Irak et une guérilla savante et audacieuse avec le colonel Lawrence dans le Hedjaz et en Syrie. Bagdad est prise le 11 mars 1917, Jérusalem par Allenby en décembre 1917 et Damas par Hussein et Lawrence en septembre 1918. Un faible détachement français, dit «de Palestine-Syrie », sous les ordres du colonel Piépape, et composé de deux régiments de l’Armée d’Afrique, participent à la campagne avec Allenby.
 
Cette faible participation est un peu l’image du faible intérêt que montre les Français pour le Levant. Durant la guerre un accord avait été signé avec l’Angleterre, entre MM. Sykes et Picot en mai 1916, qui stipulait que le Levant serait découpé en zones d’administration anglaises et françaises et en zones d’influence. Dans l’esprit de Syles une zone d’influence est un pays indépendant où le commerce est au main de l’Angleterre ou de la France, un peu comme en Chine. Par contre, pour le français Picot, l’idée d’une influence économique ne signifie rien, il entend colonie ou protectorat, en aucun cas pays auto-administré. Il s’agit là de la différence entre deux conceptions de l’Empire : celle autonome et commerçante des Britanniques, celle administrative et territoriale des Français.
 

 
Mais, en même temps, les Anglais ont signé un accord avec le Chérif Hussein, de La Mecque, qui donne à ce dernier  la souveraineté sur les territoires syriens et arabes, à l’exclusion toutefois de la bande libanaise et de la Mésopotamie (accord Hussein-Mac-Mahon, voir carte). Un silence trouble est observé sur le statut de la Palestine. Les Anglais entendent donc bien « indépendance » lorsqu’ils écrivent zone d’influence. Et la France n’est pas informée de cet accord.
 
Enfin, en 1917, Lord Balfour promet aux juifs un Foyer national pour l’après-guerre.
 
A la fin des hostilités les Français et les Anglais essaient de prendre des gages territoriaux contre la Turquie et la Russie. Ils occupent la Cilicie, l’Arménie et une partie de l’Azerbaïdjan. Mais l’ennemi est en fait dans leur dos : il s’agit de Hussein qui, à la Conférence de la Paix de Paris, entend faire respecter ses droits.
 
Dans l’ensemble, malgré des liens historiques avec le Liban dont elle protège traditionnellement les minorités chrétiennes, l’opinion française se désintéresse du Moyen Orient. On ne s’occupe que de la Rhénanie et des «réparations ». (Indemnités dues à la France, la Belgique et les Pays-Bas par l’Allemagne, pour compenser les destructions des quatre années de guerre). Clémenceau abandonne même Mossoul (voir carte) aux Anglais sans savoir qu’on vient d’y trouver du pétrole ! (1919).
 
Cependant, à la longue, des intérêts puissants font pression sur le gouvernement français et l’incitent à réclamer ce qui a été promis en mai 1916 : il s’agit du «groupement des intérêts français dans l’Empire ottoman » soutenu par la Banque Ottomane et Paribas, qui ont poussé Clemenceau à abandonner Mossoul pour obtenir en contrepartie un mandat de la Société des Nations, (S.D.N. sur la Syrie). Au même moment, l’Emir Fayçal, fils de Hussein et chef des armées arabes qui ont libéré le Hedjaz et pris Damas, reçoit du quai d’Orsay l’assurance de la souveraineté de la Syrie et autorise en contrepartie les troupes françaises à débarquer au Liban pour renforcer la défense contre la Turquie (automne 1919).
 
Lorsque Fayçal apprend que la France obtient en même temps le mandat de la S.D.N., il s’aperçoit qu’il a été joué et il repart immédiatement. Il est proclamé roi de Syrie à Damas en mars 1920 et son frère Abdallah roi d’Irak.
 
On mesure ici la conséquence de deux duplicités. Celle des Britanniques avec les accords contradictoires Sykes-Picot et Hussein-Mac-Mahon, celle des Français avec la demande de mandat et les assurances à Hussein. Dans tous les cas, cela vient de ce que Fayçal, émir arabe, n’a jamais été considéré comme un interlocuteur responsable. L'idée d’état souverain parait inconcevable hors d'’Europe. Des protestations sont faites par Lawrence qui démissionne de l’armée britannique. Rien n’y fait, il faut faire une nouvelle guerre, contre les Arabes et non plus seulement contre la Turquie et les Soviétiques !
 
La conquête militaire  (1920-1921)
 
Fayçal et Abdallah, dans leurs discours, proclament bien haut que les Européens ne valent pas mieux que les Turcs et que, depuis les Croisades, ils ne sont jamais venus que comme barbares, pour piller les richesses d’une civilisation plus raffinées que la leur. Les Français répondent en disant qu’il faut d’une part écraser la Turquie qui se révolte contre l’occupation de la Cilicie avec l’aide d’officiers allemands, puis pacifier la Syrie où Fayçal ne sait pas faire régner l’ordre.
 
Au Liban les troupes françaises se composent de sept bataillons d’infanterie, dont un recruté sur place _ la Légion syrienne _ d’un régiment de cavalerie et de quatre batteries d’artillerie. En Cilicie il y a six bataillons d’infanterie, dont deux, recrutés de force sur place ne sont pas opérationnels (Légion dite arménienne) et un bataillon de cavalerie où des autochtones servent avec un loyalisme sans défaut.
 
Lorsque Mustapha Kemal, le futur Ata Turk, soulève la Cilicie, les choses se passent très mal pour les Français considérablement dépassés par le nombre et l’armement de leurs adversaires. Les villes de Mersina, Adana, Marach, Ain Tab et Rillis sont isolées et assiégées. Mais le général Dufieux, avec le 17ème R.T.S., parvient à desserrer l’étreinte et à faire fonctionner la voie ferrée Mersina-Alep. En outre une colonne, renforcée par le 10ème R.T.A., parvient à atteindre Marach et à faire évacuer la garnison, mais en laissant les Turcs prendre la ville. Bazonte aussi est évacuée et les 734 homes du commandant Mesnil sont en grand danger d’être fait prisonniers.
 
Dans l’est, le général Lamothe n’est pas plus heureux. Il est battu le 11 avril, puis une seconde fois les 5, 6 et 7 mai 1920, et la colonne qui évacue Ourfa est massacrée. Pourtant Mustapha Kémal fait une offre de paix si les Français s’engagent à ne pas essayer de reconquérir ce qu’ils ont perdu. On se contente d’un armistice de vingt jours à dater du 1er juin, sur les conseils de Gouraud.
 
A Beyrouth on en profite pour faire venir des renforts : une brigade sénégalaise avec des chars et des avions ; et à Alexandrette : huit bataillons sous les ordres du général Goubeau.
 
La trêve qui se prolonge est mise à profit pour s’attaquer à Fayçal. Les 24 et 25 juillet, Damas tombe et le roi s’enfuit en Irak. Puis une nouvelle attaque est lancée contre les Turcs. Avec l’appui de cinquante avions et de trois escadrons de chars, Gourou reprend Mersina, Adana, Tarsous et six drapeaux aux Turcs le 20 octobre.
 
Mais à l’est, la situation est plus délicate. La ville d’Aïn Tab s’est révoltée contre les Français qui l’ont évacuée. Les Turcs y ont envoyé une division d’infanterie bien équipée en artillerie et encadrée par des officiers allemands. En décembre, Goubeau avec ses troupes établit un siège autour de la ville avec le colonel Andréa qui est sur place depuis juin 1920. Mais au cours de l’hiver les Turcs réunissent deux nouvelles divisions, qui, comme à Alésia, assiègent les assiégeants. On creuse des tranchées, on fait des attaques meurtrières et il y a beaucoup de morts. On parle d’un second Verdun.
 
Pour soulager Aïen Tab les Turcs engagent trois attaques de diversion en Syrie en soulevant la population déjà hostile aux occupants. Malgré une victoire française qui éloigne les insurgés D’alep , tout le pays à l’est de l’Euphrate est insoumis. Semblablement la côte et l’intérieur montagneux d’Antioche à Homs, le pays des Alaouïtes, est en pleine insurrection. Les communications sont coupées entre d’un côté Beyrouth et Damas, de l’autre Alexandrette et Alep.
 
Mais le 7 février Aïn Tab capitule. C’est le colonel Andréa qui reçoit la reddition. Les Turcs abandonnent le combat parce qu’au même moment les Grecs, alliés aux Anglais ont débarqué au sud de Constantinople et s’enfoncent dans le territoire turc ! Smyrne tombe ! Aussi, le 10 mars, un nouveau cessez-le-feu est-il signé avec les Français ce qui est un véritable coup de théâtre : les Anglais s’estiment trahis et très vite les Grecs contre qui Mustapha Kemal a réuni toutes ses troupes, sont écrasés. La tension franco-britannique monte.
 
Imperturbablement le général Gouraud met à profit le calme du front nord pour finir de pacifier le pays Alaouïte de mars à juillet. Enfin le 20 octobre 1921 les accords Franklin-Bouillon sont entérinés à Ankara : la France renonce à la Cilicie, aux villages d’Aïen Tab, Mersina, Tarsous, Adana et ne conserve que le port d’Alexandrette.
 
In 1921 le calme règne à peu près partout mais la tension est grande. Les Anglais ont laissé Fayçal devenir roi d’Irak mais maintiennent 100 000 hommes en armes qui ont très sauvagement réprimé une révolte en 1920. L’ancien roi d’Irak, frère de Fayçal, Abdallah est devenu roi de Transjordanie, pays créé à cette occasion qui s’étend sur la rive est du Jourdain. Leur père, Hussein, est roi du Hedjaz (c’est-à-dire la partie montagneuse sud occidentale de l’actuelle Arabie Saoudite).
 
La Syrie française est entourée de gens hostiles et n’est calme qu’en apparence.
 
La première administration française
 
Pour les militaires français le temps est venu de se faire administrateurs. Ils portent tout le poids de la Syrie, seuls. Les hommes politiques de la Chambre bleue horizon ne se préoccupent pas du tout du Levant, qu’ils ne connaissent pas pour la plupart. Gouraud, le chef colonial, est en fait un véritable chef d’état. S’il a brillé comme chef de guerre il ne s’élève pas ici à la hauteur de Lyautey ou  même de Weygand qui lui succède en 1923. La doctrine du mandat de type A°, élaboré par la Société des Nations, stipule que «certaines communautés qui appartenaient autrefois à l’Empire Ottoman ont atteint un degré de développement tel que leur existence comme état indépendant peut être reconnue provisoirement à la condition que les conseils et l’aide d’un mandataire guide leur administration jusqu’au moment où ils sont capables de se conduire seuls »  (article 22 du pacte).
 
Un mandat A n’est donc en aucun cas une colonie (sui serait un mandat de type C). La Syrie possédait d’ailleurs, du temps des Turcs et de Fayçal, une administration syrienne (et non pas turque) et un gouvernement assez autonome, peu corrompu (par rapport à d’autres pays arabes). Tout ceci rappelle un peu le Maroc.
 
Au début pourtant les mandataires oublient, selon un tract nationaliste, qu’ils ont à faire à un pays fier et ancien, qui a un passé glorieux et qui a inventé l’écriture alphabétique quelques siècles avant que les Gaulois en commencent à arriver en Gaule !  Ce dernier point étant à demi exact puisque l’alphabet fut inventé par des Phéniciens et non pas par des musulmans.
 
La France divise la Syrie en quatre territoires : le Grand Liban, l’état des Alaouïtes, le gouvernement de Damas, le gouvernement d’Alep, auxquels on adjoint, quelques mois plus tard, l’état autonome des Druzes (Voir carte).
 
L’état des Alaouïtes est dirigé par un gouverneur français dont les fonctionnaires administrent directement le pays. Les conseils de gouvernement et les conseils administratifs sont élus au suffrage restreint à deux degrés et discutent du budget. Mais ils ne sont que consultatifs.
 
Le Liban est gouverné par un administrateur français assisté d’un conseil. Les états d’Alep sont traités de façon plus libérale : ils sont dotés d’un gouvernement indigène auprès duquel est accrédité un délégué du haut-commissaire français au Levant, chef des Troupes. Au-dessous de ce délégué existent un certain nombre de conseillers, correspondants aux «directions » de gouvernement local, à savoir : Intérieur, Finances, Justice. L’armée et la police sont françaises et un rôle important est départi aux officiers français : ils sont conseillers pour chaque ville ou village important, jouant le rôle d’un préfet et d’un service de renseignements. Ce système consiste donc à doubler, à tous les niveaux, l’administration autochtone par des militaires, et les Syriens ne le supportent pas. En outre, Gouraud nomme chef du gouvernement syrien un homme détesté dans tout le pays, malhonnête et corrompu, plus que d’usage. Enfin les Anglais ont concédé à la Transjordanie et à l’Irak une administration beaucoup plus libre.
 
En juin 1921, un syrien-patriote, Hedjen Kandjar, essaie d’assasiner Gouraud et doit s’enfuir. Il se réfugie dans le Djebel Druze où une tradition veut que l’on abrite les fugitifs le temps qu’ils se fassent oublier. Aussi un puissant chef druze, habile politicien et chef d’une famille fort vaste, Soltan Attrache, offre-t-il l’hospitalité au fuyard. Gouraud envoie un peloton d’automitrailleuses pour se faire livrer le coupable. Mais les automitrailleuses sont bloquées par des chutes de rochers que les Druzes provoquent : immobilisées sur la route montagneuse, ne pouvant tirer par derrière, elles sont vite submergées, sans pouvoir utiliser leur puissance de feu et détruites. Le lieutenant qui les commande est tué.
 
Une deuxième colonne plus puissante est envoyée. Soltan Attrache et Hedjen Kandjar se réfugient en Transjordanie.
 
Ces événements entretiennent un climat de fronde et d’insécurité, d’autant plus que les motifs d’insatisfaction des Syriens ne cessent d’augmenter. En effet ceux-ci sont avant tout des commerçants, et les élites locales ne se recrutent que chez les plus riches marchands. Or, les frontières par lesquelles la France a divisé la Syrie entravent le libre mouvement du commerce par des taxes élevées et bureaucratiques. Les villes d’Alexandrette et d’alep sont coupées de la Turquie dont elles étaient le port et la place financière. Alep doit payer l’eau potable qui vient de chez Kémal Ata Turk alors qu’elle est indispensable pour les jardins et la palmeraie.
 
Semblablement, Damas et Alep, séparées l’une de l’autre, ne peuvent plus échanger facilement leurs produits, venu d’Arabie et d’Egypte par le Jourdain anglais vers Damas, d’Irak vers Alep par l’Euphrate anglais aussi.
 
Enfin Beyrouth s’érige de plus en plus en place bancaire autonome en profitant du déclin de ses deux rivales.
 
Les Anglais et les Turcs n’imposent pas de taxes, et naturellement les élites commerçantes les considèrent d’un meilleur œil face aux Français qui exigent de forts tarifs douaniers. Aussi mesure-t-on avec quelle admiration étaient regardées des rebelles qu’ils soient amis des Anglais comme Soltan Attache ou amis des Turcs comme les Tchètes.
 
On parle déjà d’une force internationale
 
De nombreux rapports militaires soulignent la gravité de la situation. Ils montrent  que les commerçants et les notables ne seront de toute façon jamais gagnés à la cause française mais qu’il est sans doute possible de se rallier à la masse de la population rurale. Ces officiers soulignent en particulier les oppositions qui existent entre les régions où règnent de grands propriétaires féodaux, qui utilisent des serfs et des esclaves, comme la Bekaa libanaise, et les régions plus égalitaires comme le Djebel Druze. Ils préconisent de jouer les seconds contre les premiers, de soutenir partout les paysans libres contre les notables.
 
Mais Gouraud, et plus tard Weygand hésitent parce que les puissants sont plus facilement corruptibles que les petits et que tant qu’on paie ils maintiennent l’ordre.
 
De surcroît, en 1923, Soltan Attrache se révolte de nouveau, et une grosse colonne blindée doit pénétrer dans Souieda pour lui imposer la soumission. Il se prosterne devant Weygand, qui est chef des Troupes depuis le départ de Gouraud et promet d’être pacifique et soumis. Et recevant ainsi le serment d’un noble druze, commerçant et anglophile, Weygand marque un grand point. La période semble propice à d’importantes réformes que le nouveau haut-commissaire met en œuvre. Il concède une nouvelle organisation, que l’usage appelle « constitution » qui réunit Alep et Damas et qui élimine le chef d’Etat détesté installé par Gouraud. Ainsi quelques circuits d’échange sont rétablis, des frais d’administration diminués et les haines personnelles apaisées.
 
Dans le même document Weygand installe un véritable président de « l’Etat syrien », le mot « Etat » étant pour la première fous écrit, élu par le conseil représentatif, nommant et révoquant ses ministres et disposant de tout l’appareil d’état. On prévoit également une nouvelle loi électorale plus ouverte, et l’on commence à statuer sur les règlements financiers pour ne pas entraver les activités commerciales internationales.
 
Les intérêts de la puissance mandataire, la France, sont cependant bien établis puisque le représentant en Syrie du haut-commissaire a droit de veto sur toutes les décisions du président.
 
Cette « constitution », inspirée de celle que les Britanniques ont donné à l’Egypte, laisse beaucoup plus d’autonomie à la Syrie que le précédent statut. Pourtant, elle est tout aussi mal acceptée. Les damascains veulent une totale indépendance et désirent que Beyrouth et la Bekaa leur reviennent. Les Libanais ne veulent en aucun cas être syriens mais ne veulent pas davantage conserver l’administration que Gouraud a mise en place et qui n’a pas été modifiée. Enfin les habitants d’Alep exigent la suppression totale des douanes avec Mossoul et la Turquie. Et ils passent aux actes.
 
Depuis 1920, sévissaient dans les montagnes d’Alexandrette des bandes de brigands d’honneur, qui pillaient les marchands riches pour alimenter un marché noir et de la contrebande. En 1923 ces bandits, les Tchètes, organisent un passage en fraude systématique de produits turcs et proclament partout qu’il faut rattacher Alexandrette à la Turquie. Les commerçants d’Alep les aident pour bénéficier de leurs circuits clandestins et les payent pour aller piller les commerçants libanais. Les chefs tchètes sont Akki Bey et Othman-Chaouic, redoutables guerriers armés de fusils mitrailleurs et de mitrailleuses lourdes, connaissant parfaitement leur pays ; refusant le combat, ils agissent par embuscades et coups de mains hardis et audacieux. Leur nationalisme farouche leur fait des adeptes et ils finissent par soulever une véritable révolte qui s’allie aux Druzes. En novembre 1924 le IIème bataillon du 17ème R.T.S. avec le commandant Regnault, doit venir assiéger et reprendre Baalbeck dans la Bekaa qui, à l’instigation des riches féodaux, s’est constituée en état libre, avec l’appui de druzes égalitaires.
 
Peu après la révolte s’étend et embrasse tout le Djebel Druze, c’est-à-dire le Harouan, l’Anti Liban et une partie du plateau du Golan. Un rapport militaire du 16 octobre 1925 résume toutes ces dissensions, souligne l’importance de la révolte et la violence et propose de demander à la S.D.N. d’alléger les charges de la France en organisant au Levant une « gendarmerie internationale » comme cela avait déjà été fait en Crête de 1897 à 1913 et comme on le fait actuellement avec la Finul. Transmis à Paul Painlevé, ministre du Cartel des Gauches, ce rapport est assez bien considéré en haut lieu. Pourtant il n’aboutira à rien de concret : Sarrail, haut-commissaire, considère qu’il est insultant pour la France de faire appel à une force internationale pour rétablir la paix dans un mandat. Quelle dimension peut avoir une révolte qui fait s’opposer si violemment l’armée et le gouvernement ?
 
L’insurrection Druze
Revenons un peu en arrière :
Au début de 1925, le haut-commissaire Sarrail lève l’état de siège à Dams  et au Liban. C’est un geste politique qui doit témoigner de ce que la France a le pays bien en main.
 
En réalité le Djebel Hermon et le Djebel Moussa (pays Tchète) sont toujours impraticables. L’est de l’Euphrate est interdit aux Français par les révoltés. La côte est calme et les grands axes commerciaux sont, dans l’ensemble, sûrs.
 
Dans la Bekaa libanaise, les Druzes se sont soumis une nouvelle fois aux Sénégalais du 17ème R.T.S. L’appellation « druze » désigne une secte religieuse autochtone et non pas une ethnie particulière. Ce sont les Syriens qui appliquent une religion chiite extrêmement sévère et dogmatique, c’est-à-dire qu’ils ne reconnaissent pas d’autre autorité que celle d’un Imam caché qui doit rétablir la paix sur terre. Cet Imam ne peut être que Hakim, calife d’Egypte en 996. En 1860, alors que les Druzes menaçaient les chrétiens Maronites du Liban, une première expédition française les avait refoulés dans le Djebel Hermon et le Djebel Harouan qui prend alors le nom de Djebel Druze.
 
Cette montagne est une contrée austère, une vaste playa (terrain constitué de strates dues à des épanchements volcaniques) d’où émergent des volcans éteints. Elle se transforme, vers l’est, en un ensemble très compact de montagnes fermées et pentues (culmine à 1 700 m) pour former une région presqu’inaccessible, sauf par les gorges effilées et profondes. Vers l’ouest, la playa s’incline régulièrement et se confond par un gigantesque glacis avec le plateau du Golan. La capitale des Druzes est Souïeda, installée au cœur d’un terroir riche avec une agriculture savante sur sol volcanique fertile. De remarquables conduites souterraines amènent l’eau sur plusieurs dizaines de kilimètres, les « foggaras ». La région étai déjà bien mise en valeur au temps des Romains comme en témoigne de nombreuses ruines d’acqueducs et de temples.
 
Les causes de la révolte de 1925 sont difficiles à cerner. Soltan Attrache à fait sa soumission en 1923, les chefs de Balbeck en 1924. Or, vers le début de 1925, de très nombreux signes montrent que le calme ne va pas durer. Soltran Attrache fait une des de Fayçal et Abdallah. On accuse les agents britanniques, ce qui est faux comme on le verra par la suite. Il semble que la raison principale soit la contagion de la révolte marocaine d’Abd el Krim qui, à cette époque (été 1925), est triomphante. La Diaspora syrienne édite des journaux nationalistes à Buenos Aires, New York, Londres et les envoie clandestinement au Levant. Les Druzes sentent que l’époque leur est favorable. Enfin il faut mettre en relief que les Druzes, et avec eux, tous les Syriens, veulent leur indépendance comme elle leur avait été promise par la S.D.N. et leur statut de mandat A. Sur ce point, ils sont intransigeants.
 
Le détail très évènementtiel des faits militaires est repris dans l’histoire des Troupes du Levant (Paris 1931), et les archives du CMIDOM permettent de compléter ces récits avec des relations écrites sur le vif par les acteurs des combats.
 
La première impression qui se dégage est que la révolte ne relevait pas d’un plan militaire global pour chasser les Français et que rien n’aurait dû lui donner plus d’ampleur que celle de 1924, si deux revers militaires subis par les officiers Normand et Michaud n’avaient pas affolé les Français et dynamisé les Druzes. A partir de ce moment l’insurrection s’étend et prend une dimension politique.
 
Le 18 juillet 1925, deux aviateus français en difficulté se posent près d’un village druze à Imtane et sont faits prisonniers. De Souïeda une petite colonne, une compagnie de la Légion syrienne et un peloton de spahis, vont les délivrer et se font tailler en pièces : 31 survivants, mais le capitaine Normand est tué. Cela prend la tournure de l’affaire de juin 1921.
 
Le général Michaud organise alors une puissante colonne pour ramener les insurgés à la raison. Il réunit trois bataillons et demi d’infanterie (algériens et sénégalais), deux escadrons de spahis, un d’auto-mitrailleuses, trois batteries d’artillerie et une compagnie du génie, qu’il associe à un puisant convoi de munitions. Mais, sur les routes du Djebel Druze, les gens à pied et à cheval vont beaucoup plus vite que les camions et très rapidement plusieurs kilomètres séparent le convoi des troupes qui devaient le protéger.
 
Très vite les Druzes voient le parti qu’ils peuvent tirer de cette erreur. Ils attaquent et pillent le convoi et disparaissent avant que le gros des Sénégalais ne puisse les atteindre. C'est un désastre   le général Michaud n'a plus que 40 cartouches par homme et quelques obus par canon. Il ordonne de faire demi-tour. Enhardis, les Druzes réattaquent et massacres les Français qui se débandes en laissant 1 000 morts sur le terrain, leur matériel et leur artillerie.
 
Cette vistoire, à Basr el Harir, de Soltan Attrache lui crée un prestige immense ! Damas se révolte ! Le Djebel Hermon est à feu et à sang ! La garnison de Souïeda est assiègée.
 
En septembre et octobre 1925 deux colonnes successives, toutes deux sous les ordres du général Gamelin, libèrent Souïeda et  rétablissement pour un temps le calme. Mais la ville se révolte de nouveau aussitôt après.
 
Ces colonnes successives montrent l’évolution de la tactique employée par les troupes françaises. Durant l’été 1925 les colonnes Normand et Michaud sont peu fournies, sans appui aérien, avec peu de blindés et de cavalerie. Elles s’aventurent sur des routes étroites, bordées d’à pic et de falaises et ne peuvent éviter de s’allonger démesurément sans pouvoir garntir leurs flancs.
 
A partir de septembre 1925, les colonnes du général Gamelin sont beaucoup plus fournies en artillerie et bénéficient d’un bon soutien aérien. Elles n’empruntent que des routes plus ouvertes, quitte à parcourir plus de chemin et règlent leur allure sur les plus lents. Par contre, leur volume les empêche de vivre sur le pays ou d’emporter assez de vivres pour rester plus de quinze jours en opérations. Elles peuvent donc remporter de brillants succès mais ne peuvent pas les exploiter, et encore moins pacifier une fois qu’elles ont pris une ville. Et elles ne peuvent pas quitter ka route / C’est pour cela que par deux fois Souïeda est reprise et évacuée, en septembre et en octobre. A chaque affrontement les Druzes sont battus et battent en retraite sans être poursuivis.
 
En 1926, le général Andréa, celui qui a reçu, comme colonel, la reddition d’Aïn Tab le 7 février 1921, explique qu’il faut ici gagner une guerre contre un ennemi qui ne rassemble jamais assez de troupes pour justifier d’une bataille classique. Il convient donc de s’organiser autrement. La nouvelle méthode de combat consiste à utiliser l’aviation, pour situer l’adversaire, et la cavalerie alliée pour créer une vaste zone d’insécurité autour de la colonne. Les cavaliers tcherkesses (c’est-à-dire Circassiens, ou les lointains descendants de Mithridate) opèrent en petites patrouilles de six-sept hommes sans sous-officiers français, un peu comme ils l’entendent. Il suffit qu’ils restent à une distance de 5 à 20 km de la colonne principale et qu’ils empêchent quiconque de s’en approcher. Dès qu’ils repèrent des Druzes, l’un d’entre eux va rameuter les autres patrouilles et ils leur donnent la chasse, mais sans les combattre s’ils sont en infériorité numérique. Leur mission est de rassembler l’ennemi en groupes compacts, qui sont alors une cible de choix pour l’artillerie et les troupes régulières. C’est exactement la tactique qu’emploiera le général Cortadellas au Tchad en 1971-72 avec les paras d’Infanterie de Marine en petits groupes et les légionnaires en unités plus massives.
 
Le deuxième trait marquant de ce nouveau type de combat c’est que jamais les blindés et l’infanterie ne sont séparés, les blindés ne » servant que d’artillerie motorisée.
 
Avec ces moyens d’actions et les bombardements aériens les colonnes Andréa par le nord, Pichot Duclos par le sud nettoient le Djebel Druze en avril 1926. A Aéré, le 25 avril, le colonel Pichot Duclos écrase les Druzes dans un combat féroce et, le 26, Souïeda tombe après un bombardement particulièrement destructeur. En mai 1926, le général Andréa en tournée dans le nord du massif reçoit la soumission de trente-six villages.
 
Pendant ce temps, les généraux Sarrail et Gamelin se battent dans l’Hermon, l’Anti Liban et le Djebel Moussa. Mais à Damas le parti du peuple rassemble les indépendantistes, les Fayçalistes, les Druzes et envoie des cadres et des subsides aux révoltés des régions périphériques. Quelles que soient les victoires remportées dans les montagnes, il faut frapper et nettoyer Damas qui s’est révoltée une première fois en septembre 1925.
 
Gamelin attend jusqu’en juillet 1926, alors que le Djebel Druze est bien tenu et que l’Anti Liban commence à se calmer. Puis il monte une gigantesque opération dans tout Damas.
 
La ville est adossée à la montagne à l’ouest, entourée de jardins par l’est, périphérie qui s’appelle la Goutha. Juxtaposition de palmeraies, de murettes, de fossés, de haies végétales, il est à peu près certain que la plupart des rebelles trouveront un moyen d’échapper aux recherches et de s’enfuir. Aussi Gamelin imagine-t-il un plan astucieux.
 
Le 18 juillet, dans le plus grand secret, sept bataillons sont amenés à 40 km autour de Damas et de nuit gagnent la lisière de l’oasis. Au petit jour ils pénètrent dans les jardins et entreprennent une fouille systématique puis ils laissent volontairement dégarnies les quatre artères qui permemettent de sortir de Damas. Du 19 au 25 juillet, le ratissage est entrepris avec minutie et les renelles sont obligés de s’enfuit par les axes laissés libres. Comme s’y attendait Gamelin, leur premier réflexe est de se réfugier dans les villages avoisinants où les cavaliers tcherkesses viennent les cueillir par groupes à partir du 21 julllet, lorsqu’ilsont eu assez de temps pour se regouper et se croire en sécurité.
 
Pendant ce temps le général Andréa pénètre en Transjordanie avec la bénédiction des militaires anglais et prend la dernière ville Druze à revers : Salknad. Le 4 juin à 8 h 30 la ville est prise. En automne deux opérations obligent les derniers insurgés à se réfugier chez les Anglais, qui les livrent à la France, désarmés, le 7 avril 1927. La paix est véritablement revenue.
 
Pourtant l’ensemble des officiers et des administrateurs français ne peuvent se garder d’une suspicion appuyée vis-à-vis de la Grande-Bretagne. Celle-ci accorde l’indépendance à l’Irak en 1932, à l’Egypte en 1936, ce qui crée de forts remous chez les  Syriens. En 1933, le Parti Populaire Syrien se forme, et reprend l’héritage du parti du Peuple de 1926. En 1936, le Front Populaire légalise le Parti Communiste Syrien et les Hataebs, ou « phalanges libanaises » de Pierre Gemayel qui reprend des thèmes mussoliniens et anti-sémites. Tous sont indépendantistes. Enfin, le Front Populaire promet l’indépendance totale pour 1939. Les militaires français, dans l’ensemble, y sont hostiles et y voient l’effet de la politique anglaise sur laquelle le Front Populaire s’aligne déjà pour l’Espagne, pour la Somalie, et la Rhénanie. Ceci explique l’anglophobie accusée qui se manifestera en 1941.
 
 Conclusion
 
L’histoire militaire de la présence française au Levant est très représentative d’une situation militaire mal comprise des autorités politiques. La guerre actuelle montre pourtant combien cette région du Moyen Orient est importante _ bien qu'elle recèle peu de pétrole _ pour la paix du Monde.
 
Entre les deux guerres mondiales, le Levant est déjà une pièce majeure de l’échiquier mondial. L’Italie fasciste et l’Allemagne nazie soutiennent les Turcs et la nationalistes arabes. Pour leur couper l’herbe sous le pied, les Anglais accorderont l’indépendance à leurs mandats ; ils font ainsi cesser les revendications nationales et préservent leurs intérêts économiques qui ne sont pas spoliés. Mais la France, qui a une conception territoriale et non pas économique de l’Empire, ne le fait qu’en 1936, ce qui est trop tard car les ressentiments amers des Syriens sont alors très bien ancrés. A cela s’ajoute l’influence soviétique sensible au nord et l’immigration juive à ses débuts. En fait, on a l’impression que les Européens se querellent pour une question coloniale déjà caduque, alors que le véritable danger est le conflit entre le nationalisme mulsuman pro-soviétique et les premiers colons juifs.
 
Hervé REGNAULD.
(Article paru en 1982, dans « l’Ancre d’Or », revue des Troupes de Marine).