LONGPONT  (Aisne)
Arrondissement de Soissons - Canton de Villers-Cotterêts.

Région des Hauts-de-France
 Population : 268 Longipontains en 2016.

 

D'une superficie de 1.094 hectares, et d'une altitude de 77 à 152 mètres,

le village est situé à la lisière orientale de la forêt de Retz, dans la vallée de la Savière.

 

Vue d'ensemble du village et de l'abbaye Notre-Dame, avant 1970

 

Abbaye cistercienne Notre-Dame

 

Aujourd'hui en ruine, fille de Clairvaux et soeur cistercienne de Royaumont

l'abbaye est l'un des hauts lieux de l'histoire monastique.

Elle fut fondée en 1132, à l'initiative de Joscelin de Vierzy, évêque de Soissons,

qui fit appel à Bernard de Clairvaux.

 

La porte fortifiée de l'abbaye.

 

 

Cette entrée fortifiée, construite à la manière d'un châtelet pouvait loger une petite garnison de protection.

C'est un des rares exemples de construction de ce type dans l'enceinte d'une abbaye.

 

Cette porte se présente sous la forme d'un massif rectangulaire flanqué de quatre tourelles et dont la partie sud a été restaurée. Trois des tourelles sont sur tas de charge et s'appuient sur des contreforts. Le châtelet est percé de deux portes, piétonne et charretière, en arcs en tiers-point. La porte charretière est précédée d'un massif plus tardif.

 

Sur sa façade extérieure ont été gravées les armoiries de l'abbaye, devenues par la suite celles de la commune. (D’azur au pont de trois arches d’argent posé sur une rivière du même, surmonté de deux fleurs de lys d’or).

L'espace ménagé entre les deux portes est défendu par un assommoir

qui s'ouvre entre un arc bandé en avant des deux tas de charge des tourelles et la porte.

 

L'étage à colombages est flanqué de quatre tourelles à toit de pierre.

 

 

Une galerie de bois datant de la Renaissance est accrochée vers l'intérieur.

 

Entre la porte fortifiée et l'abbaye, une rue permet l'accès à l'abbaye.

De nouvelles constructions modernes ont été construites :

l'hôtel de l'abbaye, le grand café et la rue commerçante et ses petits commerces, très appréciés des touristes.

 

Vestiges de l'église abbatiale gothique.

 

L'église abbatiale gothique fut construite au début du XIII° siècle, entre 1192 et 1227,

date de sa consécration en présence du roi de France Saint Louis.

 

Dans le développement de l'art cistercien au XIII° siècle,

cette abbatiale a valeur de prototype et conjugue deux exigences contradictoires :

▪ Faire grand (105 m de long et 35 m de haut sous voûte)

▪ Et respecter l'idéal d'austérité de Saint Bernard.

 

Vues aériennes, avant 1970.  Le site de l'abbaye est entouré d'arbres bi-centenaires,

dominé par les ruines gothiques de 40 mètres de haut de l'abbatiale.

 

A la demande de Joscelin de Vierzy en 1132, Bernard de Clairvaux envoya un groupe de 12 moines, conduits par son prieur Hugues Pinars. C'est Raoul de Vermandois qui entreprit en 1143 l'édification du monastère. Après la mort en 1217 d'un des moines, Jean seigneur de Montmirail, considéré comme un saint homme, sa tombe devint un lieu de miracles, et les demandes de sépulcre dans l'enceinte du monastère se multiplièrent. Une nouvelle église fut donc bâtie en 1227. On dut réduire les effectifs à soixante religieux et cinquante frères convers.

 

La façade est divisée verticalement en trois parties par deux grands contreforts, nus actuellement,

mais dont la base était primitivement dissimulée par un porche.

 

L'Abbaye a souvent été endommagée au cours des XV° et XVI° siècles par les bandes armées ravageant la région (Bourguignons, Huguenots…). A partir de François 1er, le régime de la commende a profondément modifié son évolution. Les abbés commendataires étaient des prélats, non moines, à qui le Roi de France donnait les bénéfices de l'Abbaye en laissant à un prieur la charge de la communauté des moines. Ces abbés ont alors transformé une partie des bâtiments en Palais Abbatial et les grands balcons de fer forgé ainsi que le vestibule avec son bel escalier témoignent encore des splendeurs de cette époque.

 

Les XVII° et XVIII° siècles furent une période de restauration, mais un incendie, en 1724, détruisit au deux tiers le monastère. La révolution mis fin à la vie monastique et les bâtiments vendus devinrent des carrières où puisa toute la population.

 

 

De l'église abbatiale, il ne reste que le fronton principal avec la grande rosace vide, et des murs

et contreforts extérieurs. La toiture a entièrement disparu ainsi que l'ensemble du chœur et du transept.

Les trois arcades des portails sont séparées par deux autres, étroites et surbaissées.

Au-dessus des portails règne une arcature aveugle correspondant au faux triforium intérieur.

 La grande rose s'ouvre un peu au-dessus de deux coursières, l'une extérieure et l'autre intérieure. Elle est

actuellement béante et se trouve à la même hauteur que les anciennes fenêtres hautes. Un pignon la surmonte.

 

L'église comprenait une nef de dix travées, flanquée de bas-côtés, un transept de sept, et enfin

un choeur de deux, terminé par une abside entourée d'un déambulatoire et de sept chapelles rayonnantes.

Choeur et transept étaient aussi pourvus de collatéraux.

 

 

L'élévation sur trois étages (arcades, triforium, fenêtres) s'alignait sur le modèle nouveau des cathédrales.

(Il semblerait que le maître d'oeuvre aurait travaillé en même temps à la cathédrale de Soissons).

Les moines ont privilégié la rectitude intellectuelle de l'idéal cistercien, prônant logique et clarté,

ordre et équilibre, unité des dimensions et concordance proportionnelle des parties.

Depuis 1918, seuls restent les deux groupes d'arcs-boutants superposés encadrant la façade occidentale.

 

Les éléments de cette architecture restent lisibles sur le flanc sud avec les dix culées des arcs-boutants et les fenêtres du bas-côté, en façade avec le jeu de deux arcs-boutants superposés, dans l'angle intérieur Nord-Ouest avec deux grandes arcades, deux colonnes qui montrent l'amorce des cinq colonnettes supportant les nervures des voûtes, deux travées du triforium et une fenêtre haute.

 

Le décor a été strictement observé :

les chapiteaux répétant à l'identique des crochets et de petites feuilles simples.

 

La démolition de l'abbatiale (transformée en carrière de pierres) commença dès la Révolution et se poursuivit jusque vers 1830, date à laquelle la famille de Montesquiou racheta les ruines. La 2° bataille de la Marne en juillet 1918, causa encore quelques destructions.

 

La place et l'entrée de l'abbaye.

 

 

La place, l'église abbatiale et le bâtiment des convers.

 

Les bâtiments conventuels.

 

Les bâtiments du monastère pouvaient loger plusieurs centaines de moines, mais aussi les nombreux

frères convers qui cultivaient les terres et revenaient à Longpont en fin de semaine pour les offices dominicaux.

 

Vue aérienne, avant 1970.

Le site conserve deux bâtiments entourant la cour où subsiste une des galeries du cloître,

aménagés au XVIII° siècle, avec une façade principale ornée de balcons de style Louis XIV en fer forgé.

Dans ces bâtiments se trouvent : le chauffoir, l'ancien cellier, le vestibule et son escalier.

 

Le cellier - Le passage voûté - Le vestibule et le grand escalier.

Le grand cellier voûté de deux galeries de sept travées est la principale salle du XIII° siècle encore subsistante.

Il se trouve au rez-de-chaussée et au Nord du bâtiment situé à l'Ouest du cloître.

Ce bâtiment était autrefois celui des frères convers et il est actuellement le seul habitable.

Les six piliers octogones trapus qui supportent les voûtes n'ont pas de chapiteaux,

mais seulement des tailloirs. Une partie de ce cellier sert actuellement d'église paroissiale,

et une autre comme salle à manger et salon du propriétaire et logement pour le gardien.

 

L'ancien cellier gothique est du XIII° siècle. Il a été aménagé au XVIII° siècle pour loger les hôtes des abbés commendataires. Deux rangées de baies, garnies de balcons au premier étage, ont été percées au XVIII° siècle dans les arcatures du XIII° siècle. le vestibule du XVIII° siècle avec son grand escalier de pierre  est orné d'une rampe de fer forgé.

 

Le chauffoir des moines, du XIII° siècle, flanqué de huit voûtes d'ogives,

et la grande cheminée centrale reposant sur quatre piliers.

Sa hotte s'appuie sur quatre colonnes isolées qui ont des bases identiques à celles de l'église.

 

Les jardins extérieurs.

 

Les bâtiments, déjà aménagés en palais abbatial au XVIII° siècle par les abbés commendataires,

ont été repris comme "château" dès le début du XIX° siècle, et sont ainsi restés seulement 10 ans à l'abandon,

mais sans avoir subi aucune affectation utilitaire qui les aurait dénaturés. Ceci a permis d'en conserver

les constructions et le décor, contrairement à tant d'autres abbayes transformées en manufactures ou en prisons.

 

Le parc à l'anglaise aménagé dans la vallée a été dessiné au milieu du XIX° siècle,

dans le cadre où déjà les moines avaient des herbages et des pièces d'eau. De grands arbres

remplacent maintenant les contreforts de l'abbatiale ruinée pour mettre en valeur les pierres toujours debout.

 

Face à l'entrée de l'abbaye, côté bâtiment des convers, ce lavoir parfaitement restauré.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

http://www.abbayedelongpont.fr/

Dictionnaire des églises de France, Île-de-France, Volume IVd,

Editions Robert Laffont, 1968

Panneaux explicatifs présentés sur le site

C.P.A. collection privée en prêt

Visite et photos, Chantal Guyon, le 5 septembre 2018

 

Chantony - Patrimoine et Histoire

 

50660 - Lingreville