AUBETERRE-SUR-DRONNE  (Charente)
Arrondissement d'Angoulême - Canton de Tude-en-Lavalette.
Région Nouvelle Aquitaine.
 Population : 391 Aubeterriens en 2015.

 

D'une superficie de 239 hectares, et d'une altitude de 38 à 111 mètres,

le village est traversé par la rivière la Dronne,

un affluent de l'Isle et sous-affluent de la Dordogne.

 

 

L'église monolithe Saint Jean, du XI° siècle.

 

 

Cette église rupestre abrite un ensemble unique comprenant :

 

▪ une fosse à reliques (une relique est un reste (crâne, os, objet,…) d’une personne décédée et vénérée),
▪ un imposant reliquaire en pierre (6 mètres de hauteur), joyau de l’art roman,
▪ une cuve baptismale paléochrétienne ornée d’une croix grecque (une cuve baptismale est une cuve remplie d’eau bénite pour baptiser les nouveaux chrétiens),
▪ et une crypte (petite chapelle souterraine), antérieure à l’époque chrétienne, où des stalles médiévales y sont encore visibles.

 

Entrée de l'église avant 1920 et en 2018.

Depuis le parvis actuel de l'église souterraine, on remarque les murailles remaniées du château d'Aubeterre

et une tour de défense demi-circulaire.

 

Cette enceinte se prolonge à l'arrière du plateau par de profonds fossés taillés dans le rocher. A l'intérieur  de la place, une chapelle restaurée au XVI° siècle et une butte rocheuse sur laquelle devait se dresser la tour maîtresse. La falaise rocheuse dans laquelle est creusée l'église est composée d'un dépôt marin de plus de 56 mètres daté du Campanien, période qui voit l'extinction des dinosaures.

 

La passerelle d'accès à l'église rupestre.

 

Sous les voûtes de l'espace martyrial, l'impressionnant volume excavé.

 

L’église fut creusée au XII° siècle par une communauté de moines bénédictins. Sa première vocation fut d’abriter des reliques conservées dans une succession de fosses et dans un reliquaire dont la forme s’inspire de celle du Saint sépulcre découvert à Jérusalem lors de la première croisade. Réalisée par évidement de la paroi calcaire, elle est qualifiée de monolithe (d’un seul bloc).

 

L'église, en forme de grand rectangle, avec 27 m de long pour 16 m de large et 20 m de hauteur,

est une des plus grandes églises souterraines en Europe.

Elle comporte deux grandes pièces principales : la salle des sarcophages et la nef,

et également deux plus petites "chapelles", nommées "transept nord" et couloir sud »

qui entourent une grande entrée sous laquelle a été creusée une crypte.

 

Dans l'ancien vestibule d'entrée une nécropole occupe tout le sol

avec plus de 170 fosses creusées dans le roc.

 

La porte fermant le vestibule d'entrée est du XIII° siècle.

Vue générale du vestibule avec les creusements funéraires.

 

Edicule monolithe représentant le tombeau du Christ.

 

Les pèlerins en route pour Compostelle pouvaient se recueillir devant les reliques dont le rôle protecteur était alors très puissant. D’innombrables pèlerins, au fil des siècles, ont déambulé dans ce lieu où se perçoit la longue filiation des cultes liés à la terre et à l’eau des sources qui ont nourri la croyance des hommes avant l’ère chrétienne.

 

L'espace martyrial et son abside terminale.

 

Unique en Europe, l'église abrite un reliquaire hexagonal trônant au centre du sanctuaire, inspiré du Saint-Sépulcre de Jérusalem, taillé d’un seul bloc dans la paroi calcaire, et haut de six mètres. Une excavation cruciforme, où étaient conservées des reliques, fut également retrouvée lors de fouilles archéologiques.

 

L'église se compose d'une abside hémicylindrique voûtée en cul de four, précédée d'une large nef,

séparée d'un unique bas-côté par une série de piliers massifs présentant la particularité de passer

du plan octogonal (à la base) au plan carré (au sommet), et d'un long vestibule à voûte parabolique

bordé d'enfeus. Les voûtes, taillées en plein cintre, s'élèvent à presque vingt mètres.

 

À environ quinze mètres, l'église est bordée sur trois de ses côtés par une galerie, sorte de triforium,

à laquelle on accède par un escalier taillé dans le roc.

Deux puissantes colonnes octogonales et deux demi-colonnes adossées

jaillissent du plancher rocheux et délimitent deux vaisseaux.

 

Fosses rupestres destinées à accueillir le corps des défunts.

 

 

Une des fosses, ornée d'une croix taillée en creux et dotée d'une rigole pour une alimentation en eau,

était peut-être une cuve baptismale.

 

Dans l'abside, un placard creusé dans la paroi permettait le rangement des ornements utiles aux cérémonies.

 

Escalier dont l'issue est taillée au premier tiers de la paroi

et qui permet de rejoindre la galerie supérieure qui ceinture tout l'espace.

 

Du haut de cette galerie à arcades, l'architecture à claire-voie fait songer à un triforium de cathédrale.

Cette galerie domine l'espace martyrial sur trois côtés.

 

La galerie supérieure.

 

 

Autrefois, cette galerie était également accessible depuis l'extérieur. Un passage reliait par ailleurs l'église

au château, situé juste au-dessus, au sommet d'une éminence calcaire surplombant le val de Dronne.

Le mur opposé, qui atteint un mètre quatre-vingts d'épaisseur, est percé de trois grandes baies en plein cintre,

permettant l'éclairage direct du sanctuaire.

 

La crypte.

 

L'église se prolongeait autrefois à droite de l'entrée actuelle. Sous cette entrée

une crypte se présente sous forme d'une longue nef bordée de stalles taillées dans la paroi.

 

 

Sur 17 m de long, une première travée décorée par deux rangées de cinq arcades est prolongée,

sous un arc triomphal inachevé de 3 m de haut,

par une travée de choeur de deux arcatures et une abside de trois arcatures.

 

Dans l'abside, dont on ne connaît pas la terminaison,

se voit encore un lavabo en pierre installé près de l'autel taillé en réserve.

Deux sièges ont été aménagés dans les arcades de la travée de choeur.

Ils pourraient correspondre aux emplacements réservés aux deux dignitaires du chapitre,  l'abbé et le chantre,

le reste des chanoines s'installant sur les banquettes et la première travée.

 

Deux passages munis d'escaliers sont percés dans la première arcade de l'abside

et permettaient de rejoindre la nef de l'église. Un troisième escalier donne accès au fond de la nef.

 

Pierre 1er, vicomte de Castillon et seigneur présumé du château d’Aubeterre, ainsi que l’évêque de Périgueux Renaud de Thiviers sont sans doute à l’origine de la construction de cette église. Pierre de Castillon participe à la première croisade en 1097 suite à l’appel du pape Urbain II ce qui le mènera via des incursions militaires à Marash, à Antioche et à Tripoli. De son retour probable de croisade, Pierre 1er de Castillon fortement influencé par son séjour en Terre Sainte va alors se lancer dans un projet d’envergure, la construction de cette église souterraine destinée possiblement à recevoir des reliques de Terre Sainte.

 

L'implantation d'une communauté de moines bénédictins marque le début des travaux, au cours desquels l'édifice prend sa configuration actuelle. Il devient sans doute une halte pour les pèlerins en route vers Saint-Jacques de Compostelle, au même titre que la collégiale Saint-Jacques toute proche.

L'église Saint-Jean a titre d'église paroissiale jusqu'en 1794, où elle est transformée en fabrique de salpêtre, afin d'alimenter en poudre à canon les armées révolutionnaires. Elle est ensuite transformée en cimetière, fonction qu'elle conserve jusqu'à ce qu'un arrêté de salubrité publique mette fin à cette pratique, en 1865.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

Dépliant 3 volets "Aubeterre-sur-Dronne, Sud Charente, O.T.

"Aubeterre-sur-Dronne, l'église souterraine, de 54 pages

Edité par Chalais Imprimerie F. Berton, 204

C.P.A. collection privée en prêt

Visite et photos, Chantal Guyon, le 4 juillet 2018

 

 

Chantony - Patrimoine et Histoire  
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