CHAMPAGNE-VIGNY  (Charente)

Arrondissement d'Angoulême - Canton de la Charente Sud.
Région Nouvelle Aquitaine
 Population : 254 habitants en 2015.

 

D'une superficie de 831 hectares, et d'une altitude de 78 à 160 mètres,

le village est traversé par le ruisseau l'Ecly, long de 12,6 kilomètres.

 

Créée Champagne en 1793, la commune est devenue Champagne-de-Blanzac en 1956,

puis Champagne-Vigny en 1983, en l'honneur d'Alfred de Vigny, ancien propriétaire du Maine-Giraud.

 

Etymologie : L'origine du nom de Champagne vient du latin campania (dérivé de campus, champ)

désignant un pays plat et découvert ou une plaine fertile.

 

 

Le logis du Maine-Giraud, du XVI° siècle
 

 

Domaine d'Alfred de Vigny, de 1827 à 1863 : devenu propriétaire charentais.

 

Entrée du logis : cette demeure avant Alfred de Vigny a eu une longue histoire.

Au centre du logis, une tour polygonale, couverte en ardoise, est datée 1464.

A l'intérieur, elle renferme un escalier à vis en pierre et est accompagnée d'une tourelle en encorbellement.
Une tour carrée est située à l'ouest.

 

A la fin de juin 1823, c'est le premier séjour d'Alfred de Vigny au Maine Giraud. Jeune capitaine de 26 ans, rêvant de gloire militaire, il s'arrête quelques jours au logis chez sa tante, Sophie de Baraudin, alors qu'il part rejoindre sa garnison vers Bordeaux.

 

Les façades rénovées montrent un logis à l'aspect certes modeste,

mais auquel la simplicité de la pierre de Charente donne quelques touches de grandeur.

 

2° séjour : le 7 novembre 1827, sa tante meurt, et Alfred de Vigny revient en Charente pour régler la succession. Il note sur un petit carnet un inventaire bien pauvre. Il se débrouille et classe comptes et factures, règle les gages des domestiques et les dettes des artisans. Le domaine est à l'abandon et Vigny, malgré d'intéressantes propositions d'achat, décide de conserver le manoir. Il y reviendra et s'efforcera de l'administrer.

 

Vigny découvre une demeure qui a "quelque chose d'un couvent  et d'une forteresse"

sur les tours de laquelle sont accrochées des portraits de lui, peints par sa mère.

 

3° séjour : du 26 septembre à novembre 1838. Depuis la mort de sa mère en décembre 1837, Vigny est devenu le propriétaire du Maine-Giraud. Il y revient pour oublier  (la mort de sa mère, sa rupture avec Marie Dorval, sa brouille avec les romantiques), et aussi, pour soigner Lydie (sa femme) à qui le médecin recommande la campagne. Il commence à faire borner les 87 hectares de sa terre. Ils doivent repartir précipitamment pour l'Angleterre, ayant appris le décès de son beau père.

 

 

Dans l'ancienne salle à manger, est installé maintenant un petit musée.

 

4° séjour : de septembre à décembre 1846 : scandalisé par le méprisant discours de réception de l'Académie Française dont il a fait l'objet, Alfred de Vigny vient se réfugier au Maine-Giraud pour laisser s'apaiser sa fureur et sa rancune. Il rédige le poème "La bouteille à la mer" le 21 novembre.

 

La demeure ne comporte que deux grandes pièces.

 

5° séjour : de juin 1848 à octobre 1849. Alfred de Vigny décide de mettre en valeur la propriété. Les champs aux cultures variées, les prairies d'élevage, la forêt et la vigne retiennent son attention. Il installe une distillerie qui produit de l'eau-de-vie qu'il vend à la maison Hennessy de Cognac.

 

Il rédige les poèmes "Les destinées". En avril 1849 et en mai 1849, il se présente aux élections législatives de la Charente : deux échecs. En son absence, il est élu directeur de l'Académie pour les trois derniers mois de 1849 et il revient à Paris.

 

Portraits : Alfred de Vigny en 1832 - Lydia Bunbury, son épouse, (miniature anonyme).

Alfred de Vigny en uniforme de gendarme de la maison du roi.

(L'auteur présumé de ce portrait serait un peintre de Bruges).

De plus en plus le Maine-Giraud va devenir sa terre d'asile et la tourelle, sa tour d'ivoire.

 

6° séjour, de juin 1850 à octobre 1853. Ce dernier séjour se prolonge. La maladie et la paralysie de Lydia les maintiendront au Maine-Giraud pendant trois années entières. La nuit, il se retire dans sa "cellule" en haut de la tour. Il écrit, il médite, il lit, il rédige ses mémoires. En octobre 1852, il dine à Angoulême avec le Prince-Président Louis Napoléon Bonaparte en tournée de propagande. Il deviendra un partisan convaincu de l'Empire, puis viendra le retour à Paris.

 

Alfred Victor Vigny, puis comte de Vigny.

 

Il est né le 27 mars 1797 à Loches, et mort le 17 septembre 1863 à Paris,

et il appartient à une famille aristocratique et militaire.

 

Son père, était un vétéran de la guerre de Sept Ans. Son grand-père maternel, marquis de Baraudin, avait servi dans la marine royale. Vigny fut élevé, à Paris, par sa mère, issue d'une famille de marins qui avait lu Rousseau. Elle inculqua à son fils unique, le goût de la musique et de la peinture plutôt que des belles-lettres. Il entre au lycée Bonaparte et y prépare, le concours d'entrée à l'École polytechnique.

 

A 17 ans, il est nommé sous-lieutenant des Compagnies rouges. Il escorte la calèche en fuite de Louis XVIII devant Napoléon revenu de l'île d'Elbe. La monotonie de la vie de garnison le déçoit et il obtient un congé en 1825, puis sera réformé en 1827.

 

Ü  Alfred de Vigny par Félix Nadar.

 

Le cabinet de travail ou la "tour d'ivoire", inventée par Vigny.

Escalier d'accès à la tourelle, jouxtant l'ancienne salle à manger.

 

Alfred de Vigny prend l'habitude d'écrire, sous les toits de la tourelle,

dans une pièce non chauffée de 4 mètres carrés.

Il y compose dans la nuit du 30 au 31 octobre, tout ou en partie de "La mort du Loup", publié en 1843.

Il y construit d'autres poèmes : la colère de Samson, la maison du berger.

 

De retour à Paris en 1853, Vigny s'engage également en faveur de Charles Baudelaire pour sa candidature à l'Académie Française. Cette campagne s'avère être un échec cuisant, le ramenant à ses revers politiques. Néanmoins les deux poètes en conserveront une grande sympathie mutuelle. L'écrivain décède quelques années plus tard d'un cancer, après une lente agonie supportée avec patience et stoïcisme. Son recueil posthume Les Destinées est édité en 1864, suivi en 1867 de son journal.

 

Les dépendances.

 

Les dépendances sont aujourd'hui très remaniées.

Le logis est entouré de bâtiments agricoles et d'un vignoble comme au temps de Vigny.

 

En complément du musée présentant de nombreux documents sur la vie de Vigny,

la visite de l'Alambic et du Chai montre les différentes étapes d'élaboration du cognac et du pineau.

 

Aujourd'hui propriété viticole, le Maine-Giraud continue autour de la distillerie à vendre

les produits de la ferme : Pineau des Charentes, Cognac, Vins de Pays, jus de raisin pétillant.

 

Alfred de Vigny, un poète dans son temps.

 

Au Maine-Giraud, Alfred de Vigny ne se contente pas d'écrire des poèmes mélancoliques. Il s'intéresse vivement à la vie quotidienne des Angoumois. "Il veut aussi améliorer la vie de ses fermiers, le confort de leur logement en faisant parqueter leurs chambres. Mais il tient surtout à élever les esprits : à la veillée, il lit à ses domestiques ses oeuvres ou des passages de Shakespeare. Il décide de créer une bibliothèque publique à Blanzac, fait jouer Esther par les élèves du pensionnat de cette petite ville" (Denise Béranger, Alfred de Vigny en Charente, Association charentaise des Amis d'Alfred de Vigny, 1976).

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

"Les Hauts lieux de la littérature en France", Jean-Paul Clébert,

Editions Bordas, avril 1990

Panneaux explicatifs présentés sur le site

Visite et photos, Chantal Guyon, le 5 juillet 2018

 

 

Chantony - Patrimoine et Histoire  
50660 - Lingreville