BOURGES  (Cher)
Arrondissement de Bourges - Canton de Bourges.
Région Centre Val de Loire
 Population : 66.071 Berruyers en 2015.

 

D'une superficie de 6.874 hectares, et d'une altitude de 120 à 169 mètres,

la ville est la capitale historique du Berry, et arrosée par les rivières l'yèvre et l'Auron.

 

La ville et le palais Jacques Coeur, avant 1970.

 

Achevée vers 1450, l'architecture échappe à toutes les classifications, tenant à la fois du logis seigneurial,

et de l'hôtel urbain entre cour et jardin, tel qu'il se développera en France à la Renaissance.

 

 

Le palais Jacques Coeur
 

 

Une somptueuse demeure privée, et un chef d'oeuvre du gothique flamboyant civil.

 

Le palais comprend des espaces privés (chambre des Galées, salle du Trésor) et des espaces publics

parmi lesquels des pièces à fonction sociale (salle des Festins) et des pièces utilitaires (office avec passe-plats,

salle de chauffe et cuisine, étuves, vestiaire), un donjon, trois cours, une chapelle,

huit escaliers à vis hors œuvre, un pigeonnier sous les combles

et une cour intérieure encadrée sur trois côtés par des galeries ouvertes à arcades en anse de panier.

 

 

 

La façade arrière interne est bâtie sur le rempart gallo-romain de l'oppidum de Bourges,
dont elle incorpore trois tours, avec leurs courtines, sur une centaine de mètres.

 

Les bâtiments, serrés entre une rue dont l'alignement ne peut être modifié et l'enceinte gallo-romaine que Jacques Cœur se voit contraint de conserver, se déploient autour d'une cour intérieure. Ils s'élèvent, du moins pour le corps principal, sur trois étages, le premier séparé du rez-de-chaussée par un cordon en larmier, le dernier pris dans la toiture et éclairé par d'imposantes lucarnes. L'élévation obéit déjà à un quadrillage régulier, fondé sur un jeu marqué de verticales (baies superposées et sommées, sur les travées, par une arcade richement ornée) et d'horizontales.

 

La façade sur rue.

 

Cette façade s'organise en deux ailes encadrant un haut pavillon d'entrée qui abrite une chapelle.

 

Le pavillon d'entrée.

 

Façade extérieure gothique,

avec la double porte centrale, l'entrée se faisant aujourd'hui par une porte de service à droite.

 

Statue de Jacques Coeur.

L'entrée est monumentale et multiplie les hommages au roi Charles VII.

 

Le tympan de la verrière présente une grande fleur de lys accolée de deux coeurs. Juste au-dessous, un dais de pierre accueillait jusqu'en 1792 une statue équestre du roi. De part et d'autre du dais, deux fausses fenêtres seraient occupées par des portrais sculptés de Jacques Coeur et de sa femme. A gauche du pavillon d'entrée se dresse une tourelle d'escalier dont la balustrade porte une des devises du propriétaire : "A vaillants coeurs rien d'impossible". A l'intersection du larmier et des colonnettes se remarquent 17 petites têtes sculptées, autant de portraits individualisés.

 

Jacques Coeur.

 

Jacques Cœur, né vers 1395/1400, à Bourges et mort le 25 novembre 1456, dans l'île de Chios. C'est un marchand, négociant, banquier et armateur.

 

Il épouse en 1420, la fille du prévôt de la ville, petite fille et nièce de deux maîtres de la monnaie. Grâce à cette alliance, il réussit à obtenir la ferme de la monnaie de Bourges, devenue capitale par Charles VII.

 

Il est l'ami des rois, des papes et des princes. Grand Argentier du roi Charles VII, c'est avec l'argent prêté au roi qu'il permet au "Petit Roi de Bourges de bouter les Anglais hors de France".

 

Ü Statue de Jacques Coeur, face à l'entrée de son palais.

 

Jacques Coeur fut le premier Français à établir et entretenir des relations commerciales suivies avec les pays du Levant. En 1439, Charles VII le nomme Grand Argentier du royaume de France. Il se lance dans de nombreuses entreprises commerciales et industrielles, et amasse une fortune considérable qui lui permet d’aider Charles VII, à l’époque "le petit Roi de Bourges", à reconquérir son territoire occupé par les Anglais.

 

Maître des monnaies à Bourges (1435), puis à Paris (1436), argentier du roi (ministre des Finances) en 1439, il contribue à l'assainissement monétaire (frappe du « gros de Jacques Cœur », en 1447). Anobli en 1441, entré au Conseil du roi en 1442, il cumule diverses fonctions officielles (il est commissaire auprès des états du Languedoc en 1441), et est chargé de missions diplomatiques (négociation du traité conclu en 1445 entre les chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem et le sultan d'Égypte à Rhodes, mission auprès du pape Nicolas V, en 1448, pour mettre une fin honorable au schisme de Félix V.


Créancier non seulement du roi mais de maints grands seigneurs, il suscite, par sa puissance, son luxe et ses abus, crainte et jalousie. Accusé d'avoir empoisonné la favorite Agnès Sorel, dont il avait la confiance, il est arrêté en 1451. Lavé de cette accusation, il n'en est pas moins convaincu de malversations et condamné à une amende de 400 000 écus (1453) et à la prison préalable jusqu'au paiement complet de ses dettes. Ses biens sont confisqués. Évadé du château de Poitiers en 1454, il se réfugie à Rome, où il est bien accueilli. Le pape Nicolas V proclame son innocence (1455). Le pape Calixte III lui confie le commandement d'une flotte pour soutenir Rhodes contre les Turcs. Il mourra à Chios en Grèce (île près de la Turquie) lors d’une expédition contre les Turcs.

 

Vue sur le château, depuis la tour nord de la cathédrale Saint Etienne.

 

La cour intérieure.

 

Les escaliers à vis sont logés dans les tourelles qui divisent la façade.

 

 

La façade du logis principal est rythmée par trois tourelles d'escalier polygonales.

Celle de gauche dessert les issues secondaires des salles d'apparat, celle de droite la cuisine

comme l'indique son tympan sculpté, aussi bien que les caves et les combles.

 

La tourelle centrale abrite l'entrée principale du logis : c'est la plus ouvragée.

Ses panneaux sculptés représentent des arbres exotiques, des personnages de la vie quotidienne

et peut-être Jacques Coeur et sa femme au dernier niveau.

 

 

La maison de Jacques Coeur, commencée en 1443,

venait tout juste d'être terminée au moment de son arrestation en 1451.

 

Dans la cour, le rythme des arcades ouvertes formant galerie évoque les palais italiens.

(Il ne s'agit nullement de galerie marchande, mais d'apparat).

 

La distribution des pièces sépare vie publique et vie privée, avec un grand souci de confort domestique. Le décor somptueux affiche la réussite et l'influence de Jacques Coeur. Les ornements mêlent le répertoire gothique (décors végétaux, architectures miniatures), la symbolique royale (fleurs de lys), des éléments des armes parlantes de Jacques Coeur (coquilles, coeurs) et des représentations réalistes de la vie quotidienne.

 

La salle des festins.

 

 

Le décor combine des emblèmes de Charles VII : buissons de roses et bouquets d'iris et traces

de polychromie (rouge, blanc et vert, couleurs du roi) sur le manteau de la cheminée monumentale.

 

 

Cette grande salle d'apparat est pourvue d'une tribune qui pouvait servir à des musiciens.

 

L'office.

 

Les plats destinés à la salle des festins y étaient entreposés.

Le passe-plat ménagé dans le mur est encore visible.

 

L'office est situé entre la cuisine et la salle des festins. Un escalier donne accès à une cave. L'office est sans cheminée et éclairé par trois petites fenêtres : ombre et fraîcheur s'y trouvaient maintenues. Le mur côté fenêtre est très épais et correspond par endroit à l'enceinte gallo-romaine dont il restait de nombreux vestiges à l'époque de Jacques Coeur.

 

La petite cuisine et l'étuve.

 

Cette pièce est en réalité une salle de chauffe et une salle d'eau.

Un foyer chauffe par le sol la pièce suivante : l'étuve. Photo de droite, les latrines.

 

L'entresol.

 

L'entresol est une petite pièce privative qui servait vraisemblablement l'hiver,

sa faible hauteur sous plafond permettant facilement de la chauffer.

 

Escalier permettant l'accès à la salle d'apparat.

 

La salle d'apparat.

 

Cette salle a été profondément modifiée pour y installer la salle d'audience de la cour royale en 1822.

Elle accueillit le procès des insurrectionnels de 1848 : Barbès, Blanqui et Raspail entre autres.

 

Cette pièce ressemblait à la salle des festins, avec cheminées monumentales, corbeaux sculptés et vitraux montrant les armoiries des familles alliées à Jacques Coeur. Celui-ci conférait le rôle de lieu de réception, relié directement à l'appartement du maître de maison. Détruite en 1822 pour installer la salle d'audience de la cour royale, il ne reste rien du décor d'origine. La salle était fonctionnelle grâce à ses cinq portes et ses trois escaliers donnant sur la cour d'honneur et sur la cour basse.

 

Statue en pierre représentant Saint Jean l'Evangéliste, du XV° siècle.

 

Depuis sa restauration en 1935, présentation d'une copie en plâtre du tombeau du duc de Berry (1340-1416),

frère du roi Charles V, grand mécène connu pour son goût des Arts, dont l'ouvrage "Les très riches heures",

est conservé au Musée Condé à Chantilly. (L'original est visible dans la crypte de la cathédrale de Bourges).

 

Les combles.

 

Les combles du logis sont couverts d'une charpente en carène de bateau renversée.

Cette vaste pièce était à l'origine cloisonnée par des pans de bois et dotée de cheminées

et pouvait ainsi servir de logements pour les domestiques.

 

Les moules en plâtre sont des reproductions des visages sculptés sur la façade principale du palais.

 

La salle du trésor.

 

Cette pièce fermée par une porte de fer est désignée dans les textes anciens comme l'huis

et avait comme vocation de garder en sécurité les biens les plus précieux de la maison.

Elle n'a jamais rempli ce rôle, mais servira de cellule au XIX° siècle.

 

Un cul de lampe illustre une scène de la légende médiévale de Tristan et Yseult.

 

Le cabinet des échevins.

 

 

Les peintures en grisaille de Michel Longuet décrivent les festivités en l'honneur de la naissance de Charles,

duc de Berry, petit fils de Louis XIV.

 

Situé dans le donjon, le cabinet des échevins a conservé son manteau de cheminée

orné de la devise de Jacques Coeur.

Elle a été aménagée en salle de réunion du conseil de la ville à la fin du XVII° siècle.

 

La chambre dite des Galées.

 

Au-dessus de la porte, une galée est sculptée.

Cette chambre ouvre sur plusieurs pièces qui formait un vaste appartement desservi par un couloir privé.

 

La nef sur le vitrail évoquent les voyages de la flotte armée par Jacques Coeur autour de la Méditerranée.

 

La chambre des études.

 

La chambre laisse entrevoir le couloir attenant qui permet l'indépendance de chaque pièce l'une de l'autre.

 

La cheminée très mutilée, fut rétablie avec son décor d'un large bandeau trilobé, orné de coeurs et de coquilles Saint Jacques. A gauche en entrant une porte ouvre sur un couloir à la dérobade, qui permet d'éviter l'enfilade de chambres privées. Au bout du couloir, on retrouve l'escalier privé qui descend vers l'étuve et la petite cuisine. Ce passage discret pouvait servir, entre autres, au personnel de la maison.

 

Les galeries.

 

Deux galeries de passage mènent à la chapelle. La seconde servait aussi de lieu de divertissement

 

La galerie Nord est désignée sous le nom de "Chambre des mois de l'an", du fait des vitraux

qui représentaient les douze mois de l'année et les armes de quelques familles anciennes du Berry.

Au XVII° siècle, on la nommait aussi "Galerie d'hiver". Les vitraux ont disparu, comme la plupart

des autres vitraux du palais, ainsi que deux cheminées adossées au mur nord.

Aujourd'hui, cette salle a vocation à recevoir des expositions temporaires.

 

La galerie Est, est utilisée pour la promenade et le divertissement.

 

Les voûtes sont de longs berceaux au profil en accolade, obtenus au moyen de nervures

qui se détachent d'un faîtage mouluré et qui retombent, au sommet du mur, sur des culots de bois sculptés.

Un lambris garnit l'espace entre les nervures.

 

La maquette de 1944 nous montre l'étendue originelle du palais.

Le plan mural rappelle les fonctions du palais comme ayant été hôtel de ville jusqu'au début du XX° siècle.

 

La chapelle.

 

De part et d'autre de l'autel, deux oratoires étaient destinés à Jacques Coeur

et a Macée de Léodepart, son épouse.

 

La chapelle a conservé les motifs de sa voûte peinte, restaurés en 1869 par Denuelle qui a aussi peint les murs.

 

Pietà du XVI° siècle provenant de Beaune-la-Rolande (Loiret).

 

La dernière galerie (Sud).

 

La voûte arbore une compilation supplémentaire

avec la pénétration des deux voûtes perpendiculaires au croisement des berceaux.

Les culots représentent une variété de personnages.

 

 

La galerie est pourvue de deux cheminées au décor richement sculpté.

L'une représente des couples accoudés aux fenêtres, ainsi que des scènes de divertissements populaires.

 

Le palais Jacques coeur devient hôtel de ville, puis se fait le siège de tribunaux. La conversion en hôtel et en palais de justice entre 1820 et 1830 engendre de nombreuses mutilations du décor intérieur. En 1923, l'Etat rachète l'hôtel en totalité et le confie au service des Monuments Historiques, qui poursuit sa remise en état.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

Dépliant de 4 volets, guide du visiteur, remis à l'accueil

Dépliant 4 pages "Palais J. Coeur, à Bourges", Centre des Monuments historiques

"Bourges, de A à Z", Roland Narboux, Editions Sutton, 2010

Panneaux explicatifs présentés à travers les salles

C.P.A. collection privée en prêt

Visite et photos, Chantal Guyon, le 21 mai 2018

 

 

Chantony - Patrimoine et Histoire  
50660 - Lingreville