BRUÈRE-ALLICHAMPS  (Cher)
Arrondissement de Saint Amand-Montrond - Canton de Saint Amand-Montrond.
Région Centre Val-de-Loire.
 Population : 566 Bruérois en 2015.

 

D'une superficie de 1.390 hectares, et d'une altitude de 137 à 217 mètres,

le village est traversé par la rivière le Cher.

La commune fait partie de l'une des sept communes revendiquant le titre de centre de la France.

 

Avant 1970, vue aérienne, le Cher et la borne militaire mentionnant le centre de la France.

 

Cette borne gallo-romaine a été trouvée près de l'église d'Allichamps au début du XVIII° siècle et transportée en 1799 à la demande du duc de Béthune-Charost sur cette place. Elle avait été creusée pour servir de sarcophage au V° siècle.

 

 

Abbaye cistercienne de Noirlac, du XII° siècle

 

 

Vues aériennes avant 1970.

 

Avant le XII° siècle, il y avait semble-t'il, une chapelle que desservaient les moines bénédictins du prieuré de La Celle, distant à peine d'une lieue. L'établissement cistercien de la Maison-Dieu, dit plus tard de Noirlac, en raison de la présence au voisinage des eaux sombres d'un bras mort du Cher, n'est pas mentionné avant 1136, date à laquelle il y avait à sa tête le moine Robert, cousin de Saint Bernard et probablement son compagnon lors de sa retraite de 1112 à Cîteaux.

 

Les bâtiments conventuels.

 

Entrée de l'abbaye.

 

Le bâtiment des convers.

 

Ces bâtiments sont groupés sur le plan habituel aux abbayes cisterciennes, avec au flanc sud, l'église.

 

Le cellier, du XII° siècle

 

Deux communautés cohabitaient dans les bâtiments conventuels cisterciens au XII° siècle :

les moines de choeur et les convers.

Portant la barbe, les convers étaient laïcs menant une vie religieuse.

Ils n'avaient pas droit au chapitre et n'étaient astreints ni aux grands offices ni au respect des heures de prière.

 

Du bâtiment réservé au réfectoire des convers et à la cuisine,

il ne reste que le cellier, et au-dessus, une partie du dortoir.

 

Aux convers revenait la charge d'assurer l'autosubsistance de l'abbaye, d'administrer les granges, moulins, bâtiments utilitaires et de recevoir les hôtes. Cependant, dès la fin du XII° siècle leur recrutement devint difficile. Ils furent peu à peu remplacés par une main-d'œuvre servile ou salariée.

 

Dans le cellier, les convers veillaient à la conservation des denrées. Le bâtiment devait être solide,

faiblement ouvert à la lumière et particulièrement sain malgré son sol en terre battue à l'époque :

c'était une impérieuse nécessité face à la rivière sujette à de violents débordements.

On y conservait le grain, l'avoine, froment, pois, fèves...

les fruits et le vin, produit des vignes exploitées sur le coteau.

 

En 1149, la situation de la jeune communauté était si précaire que Saint Bernard dut attirer sur elle l'attention de Suger, abbé de Saint Denis et ministre de Louis VII, et solliciter la charité royale. L'année suivante, le puissant féodal voisin Ebbes V de Charenton décida de donner aux moines de Clairvaux tout ce qu'il possédait au territoire de Bruère "à charge de fonder une abbaye au lieu de la Maison-Dieu". C'est le temps où, comme ailleurs, les fondations cisterciennes se multiplièrent dans le Berry. Pour Noirlac, ce geste généreux est le signal de toute une série de donations dont l'ensemble formera un immense patrimoine auquel, les moines pourront construire l'abbaye et des dépendances aujourd'hui disparues.

 

Escalier d'accès au dortoir et porte d'entrée.

 

La première atteinte grave dont le monastère ait eu à souffrir fut son occupation par des bandes anglaises, à la fin du XIV° siècle, pendant la guerre de Cent Ans. Les moines durent fortifier leur maison : en 1423, l'autorisation de construire un donjon et d'y mettre une garnison sous les ordres d'un "capitaine du fort de Noirlac" leur fut confirmée par le seigneur d'Orval, Guillaume d'Albret.

 

 

L'étage du bâtiment servait de dortoir. La charpente a été restaurée.

Une première charpente date des années 1240-1250, mais aucune analyse dendrochronologie n'a été effectuée.

L'incendie du dortoir mentionné dans les sources est attesté par la présence de bois carbonisés.

 

Dès le XV° siècle, de nombreux manquements à la discipline troublèrent gravement la vie régulière de l'abbaye que le Concordat de 1516 et l'institution de la commende ne contribuèrent certes pas à améliorer. Les désordres des guerres de la religion ne firent qu'aggraver la situation : le bâtiment des convers fut incendié, le porche de l'église démoli.

 

 

Le cloître.

 

Le cloître actuel a remplacé un cloître plus petit dont les traces se voient encore sur les murs.

 

Le cloître et l'église abbatiale, vue prise depuis le dortoir des convers.

 

Saint Bernard, le grand maître spirituel cistercien, voyait l'abbaye comme "une prison aux portes ouvertes". Le cloître était le coeur de l'abbaye réservée aux religieux qui ne pouvaient en sortir sans autorisation de l'abbé. A l'intérieur même de la communauté, moines de choeur et convers ne se mélangeaient pas. C'est pourquoi le cloître de Noirlac s'adossait à l'origine, à une ruelle, séparation entièrement murée qui fut démolie au XIII° siècle.

 

La terrasse du dortoir des Convers, église abbatiale (en travaux) et le cloître.

Le jardin du cloître invitait par son silence à la méditation.

La galerie Sud est effondrée et en partie incomplète de ses arcades.

 

Les arcades sont montées sur un mur-bahut ouvert en un point pour l'accès à la cour.

La galerie Est, adossée au bâtiment des moines est voûtée d'ogives simples. Dans ses baies,

un remplage élégant dessine des arcs et des oculi circulaires ou en triangles curvilignes à redents.

 

Les galeries adossées à l'église et au bâtiment des convers sont les plus anciennes (XIII° siècle).

Dans un arceau de pierre la marque de l'emplacement d'un enfeu du XII° siècle.

 

Les galeries sont divisées par des colonnettes jumelées en deux lancettes surmontées d'un oculus dont le tracé dessine un tympan de l'arc des triangles curvilignes en général ajourés. Les chapiteaux sont ornés de deux rangs de crochets ou de feuilles tréflées. Les voûtes de ces deux travées sont sexpartites, d'où l'alternance des contreforts extérieurs faibles et forts.

 

Le bâtiment des moines.

 

Construit dans la seconde moitié du XII° siècle, le bâtiment comprend :

le chapitre, la grande salle des moines et à l'étage le dortoir.

 

 

Bâtiments des moines et l'église abbatiale, côté parc.

 

A l'étage, le dortoir des moines.

Depuis l'église abbatiale, escalier d'accès au dortoir des moines.

 

 

 

Le dortoir, vaste salle rectangulaire éclairée par de petites fenêtres en plein cintre,

a été aménagé en chambres avec alcôves garnies de boiseries et de tentures au XVIII° siècle.

 

Les moines dormaient dans une salle commune jusqu'à ce que le pape Alexandre VI, autour des années 1500, autorise les moines à dormir dans des cellules. Les aménagements faits par l'abbé d'Aurillac au XVIII° siècle décrivent, en 1756, un « dortoir neuf dans lequel il y a sept chambres toutes fort propres et bien meublées ». Le couloir qui donne accès à six chambres (la septième citée est probablement l’ancienne chambre de l'abbé, maintenant détruite).

 

Le grand escalier.

 

La salle capitulaire.

 

 

Le chapitre, d'une grande qualité de proportions, comprend six travées voûtées d'ogives

dont les doubleaux plein cintre retombent dans l'axe sur les chapiteaux de deux colonnes,

l'une octogonale, l'autre cannelée, et au long des murs sur des culots allongés en pointe.

 

Dans cette salle n'entrent que les moines de choeur qui seuls ont "voix au chapitre".

Ils seront une cinquantaine à la fin du XII° siècle, puis moins d'une douzaine dès le XVI° siècle.

 

La vie des moines est organisée par un véritable régime de droit fixé par la Règle,

comme l'élection à la gestion des affaires. Chaque année, tous les abbés se retrouvent à Cîteaux, en Bourgogne,

pour le chapitre général de l'ordre. Le prieur remplace alors l'abbé absent.

 

Une différence notable par rapport à d'autres ordres : toutes les abbayes cisterciennes sont autonomes et dépendent uniquement du Pape. Elles gardent cependant entre elles des relations quasi familiales qui se traduisent par la tutelle "d'abbayes-mères" sur leurs "filles". (Noirlac est la fille de Claivaux). Vers 1530, Noirlac tombe sous le régime de la "commende" : l'abbé est désormais nommé par le Roi et choisi hors de la communauté.

 

Le réfectoire.

 

Au sud du cloître, le réfectoire des moines est une vaste salle voûtée divisée au XVIII° siècle

par des planches et des cloisons pour faire un logis des hôtes.

 

Les généreuses proportions du réfectoire (9 mètres de hauteur) témoignent du respect avec lequel

les architectes cisterciens traitaient les necessaria, les exigences quotidiennes de la condition humaine.

 

Le repas, simple collation les jours de jeûne ou prandium plus substantiel, restait marqué

par un esprit de privation et de refus : rations parfois réduites, monotonie des menus...

 

Après s'être lavés les mains, les moines attendaient que l'abbé eût pris place puis s'asseyaient après avoir dit le Bénédicité. Le repas, pris en silence, était porté par la lecture d'ouvrages saints. Réputée attiser les passions, la viande était proscrite et la volaille à peine autorisée. Le poisson en revanche était un aliment essentiel tout comme les céréales, les légumes et le vin.

 

La salle des moines.

 

L'aile située au Sud de l'abbaye abritait à l'origine la vie matérielle de la communauté.

Au Moyen Age, la salle des moines servait aux tâches ménagères ou domestiques.

Les moines y recopiaient aussi les manuscrits, tâche ardue,

obligeant à courber l'échine des heures durant, dans une faible clarté.

Dans le chauffoir, la grande cheminée était la seule que la règle autorisât

avec celle de la cuisine dans toute l'habitation des moines.

 

Souvent issus de familles aristocratiques, les moines de choeur savaient en principe lire et écrire.

Le chauffoir a permis, par le travail des copistes, à de nombreux ouvrages anciens de traverser les siècles.

 

Il fallait un an pour recopier une Bible, un homme pouvant recopier durant son existence jusqu'à 40 ouvrages. Sur les peaux d'animaux (chèvres, veaux ou agneaux) qui étaient séchées et fournies, intervenaient successivement le traceur de lignes, le copiste, le correcteur, l'enlumineur et le relieur.

 

Refusant les magnifiques enluminures polychromes, les cisterciens adoptèrent en 1152 le principe des initiales monochromes sans aucun ornement. Leur style s'imposera durant une quarantaine d'années.

 

Le parloir.

 

Dans les monastères, le parloir est appelé locutorium ou auditorium. Pour les ordres de Cluny et de Cîteaux,

on distingue trois types de parloir : un parloir destiné aux discussions internes,
un parloir pouvant accueillir des visiteurs extérieurs,

 

Pour les monastères de religieuses, les trois parloirs sont également présents. Il était interdit aux religieuses de pénétrer sans témoin dans le parloir destiné aux rencontres avec les personnes extérieures et l'ouverture permettant la communication était souvent grillagée et voilée pour que les religieuses ne puissent être vues de l'extérieur.

 

L'église abbatiale

 

Le dépouillement de l'art cistercien est en harmonie avec l'ascèse,

ce cheminement spirituel qui suppose la non-possession et le détachement des biens terrestres.

 

Le chevet, le transept et les deux travées hautes de la nef, commencés vers 1150,

sont les parties les plus anciennes de l'église.

Le reste de la nef et de la façade datent de la fin du XII° siècle et du début du XIII° siècle.

 

Le mur de façade est percé d'une rose à six lobes au-dessus du portail. Le trumeau de la double baie d'entrée (XIII° siècle) a été démoli au siècle dernier. Un porche en appentis s'adossait à la façade et il fut détruit pendant les guerres de religion et seules en demeurent les traces. Les voûtes de la nef sont contrebutées par des arcs-boutants et les murs latéraux renforcés par de  longs contreforts de faible saillie.

 

Depuis le cloître, porte d'accès menant à l'église.

Deux portes font communiquer le cloître et le bas-côté de l'église : l'une au bas de celle-ci pour les convers,

l'autre près du transept pour les moines.

 

A proximité de cette dernière, s'ouvre l'armarium claustri où les moines rangeaient et prenaient au passage leurs livres de choeur. Ce local est adjacent à la sacristie placée à l'extrémité du croisillon Sud et aujourd'hui amputée d'une travée.

La nef est composée de huit travées avec bas-côtés.

 

La nef, peut-être initialement prévue pour recevoir un berceau brisé, est couverte de voûtes d'ogives barlongues.

Les doubleaux à arêtes vives sont portés par des colonnettes engagées à dosserets

qui s'arrêtent en pointe à 4 mètres du sol.

 

Les bas-côtés sont voûtés d'arêtes.

 

L'église exprime par ses proportions, la quête de la lumière,

révélée par des vitraux contemporains de Jean Pierre Raynaud, et réalisés par Jean Mauret,

qui restent fidèles à l'esprit cistercien dans leur graphisme et leurs teintes discrètes.

 

Le sanctuaire à deux travées est fermé à l'Est par un mur plat percé d'un triplet et d'un oculus.

 

Le transept, dont les croisillons portent chacun deux chapelles carrées.

Au bout du bras Nord du transept, la "porte des morts"

donnait accès au cimetière situé derrière le chevet de l'église.

 

Petit escalier d'accès au parc.

 

Vendue comme bien national à la Révolution, puis transformée en manufacture de porcelaine au XIX° siècle (1832 à 1890), puis un orphelinat agricole. L'abbaye est acquise en 1909 par le département du Cher qui la restaure entièrement. Aujourd'hui, elle offre la pureté de son architecture et la sérénité de sa pierre blonde. Centre culturel de rencontre depuis 2008, elle est un foyer reconnu d'échanges culturels et artistiques, tout en restant un lieu touristique majeur ouvert à la visite toute l'année.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

Dictionnaire des églises de France, "Val-de-Loire, Berry"

Volume IIId, Editions Robert Laffont, 1967

Panneaux explicatifs présentés sur le site

Dépliant 6 volets "Guide de visite", remis à l'accueil

Dépliant 6 volets "Abbaye de Noirlac"

Conseil départemental du Cher

C.P.A. collection privée en prêt

Visite et photos, Chantal Guyon, le 22 mai 2018

 

 

Chantony - Patrimoine et Histoire  
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