KERNASCLÉDEN (Morbihan)
Arrondissement de Pontivy - Canton de Gourin.
Région Bretagne.
 Population : 440 Kernascléen en 2014.

D'une superficie de 926 hectares et d'une altitude de 89 à 163 mètres,
le village est situé dans la vallée du Scorff.

 

 

Chapelle Notre-Dame de Kernascléden
 

 

Chef d'oeuvre de l'architecture gothique flamboyante bretonne.

 

La beauté de l'édifice et sa renommée seront un tremplin pour le petit bourg où se tiennent un marché hebdomadaire et quatre foires annuelles.  Ces évènements commerciaux ne peuvent se dérouler qu'avec l'autorisation du roi. Le duc de Rohan intercède, et la présence de ses armes, en différents endroits à l'intérieur de la chapelle, indique qu'elle fut construite grâce à son soutien financier.

 

La chapelle est construite entre 1420 et 1464 et consacrée le 2 septembre 1453

par Monseigneur Yves de Pontsal, évêque de Vannes.

(La voûte du choeur ne fut achevée qu'en 1464).

Construite en pierre de taille, elle est l'une des grandes réussites

du gothique flamboyant breton avec son plan en croix latine

équilibrant la nef et le chœur, et ses décors sculptés dans le granite.

 

Une partie du toit est longée par une balustrade ajourée  : elle correspond au choeur.

Côté choeur, le porche des hommes

s'ouvre par une arcade festonnée menant à des portes jumelées.

Au milieu, on trouve Sainte Catherine, au-dessus d'un bénitier,

à gauche, Saint Antoine avec son cochon.

 

La façade sud est la plus spectaculaire, avec ses deux grands porches

encadrant un pignon percé d'une rosace à huit lobes.

 

Le porche situé côté nef est le porche des femmes :

c'est le plus profond et le plus ouvragé.

 

Ce porche renferme les statues des apôtres.

(ce ne sont plus que des copies, les originaux ont disparu).

 

L'église est couverte d'une voûte de pierre, ce qui est très rare en Bretagne,

surtout pour un édifice de cette importance.

On y trouve une certaine asymétrie dans les volumes, mais toujours savamment élaborée.

 

Le clocher est constitué d'une flèche surmontant une plate-forme à balustrade ajourée.

 

 

Des contreforts et des petites flèches encadrent une grande rosace flamboyante.

 

Le choeur est éclairé par une grande fenêtre en tiers points du chevet plat.

 

On est surpris par le nombre de clochetons, plusieurs parfois par contrefort.

En tout, l'édifice en comprend plus de 60.

La sacristie se situe dans l'angle nord-est du croisillon nord du transept.

 

La nef est voûtée d'ogives à moulures piriformes.

 

La chapelle est de plan en forme de croix latine. Elle comprend une nef de trois travées flanquée d'un bas-côté au nord, un transept et un choeur de trois travées limité par le même chevet plat que ses deux collatéraux.

 

La nef communique avec les bas-côtés par trois arcades en tiers point

reposant sur deux piles en losange, flanquées de douze colonnettes

à bases prismatiques et chapiteaux décorés de feuillages.

 

Crédence avec tablette et arc en accolade.

Piéta adossée à une des colonnes de la nef, du XVI° siècle.

La Vierge porte un manteau bleu à fleurs de lys

et retient à peine le corps d'un Christ désarticulé.

 

Le choeur est flanqué de deux bas-côtés, et communique avec les collatéraux

par des piles rondes cantonnées par deux colonnes.

 

Fresques des anges musiciens.

 

Les exceptionnelles peintures murales polychromes (troisième quart du XV° siècle),

réalisées par quatre groupes d'artistes différents, bretons pour la danse macabre

et le spectacle de l'enfer, de l'école française pour les anges musiciens et la vie du Christ.

Ces dernières, situées dans le chœur, soulignent la maîtrise du peintre,

probablement issu de la cour royale.

 

La scène de l'Ascension voisine avec les anges chantres et musiciens

qui déploient leurs ailes ocellées dans les 4 compartiments de la voûte.

Les anges musiciens s'accompagnent des instruments de l'époque : le petit tambour

à bourdon, le rebec, la vièle (ancêtre du violon), et la harpe. L'ensemble est reproduit à

l'échelle exacte au musée national des monuments français, au palais de Chaillot.

 

Un concert de huit anges musiciens chantent des hymnes célestes.

Un ange tenant un instrument alterne avec un ange portant un rouleau où sont notés les incipits d'une messe à deux voix en notation noire, clairement visible.

 

Face au réalisme et à l'horreur sacrée qui se dégagent de la fresque des Anges oppose la symphonie des lignes et des couleurs qui symbolise céleste et trouve comme un écho dans les paroles que Villon mettait sur les lèvres  de sa mère :

"Au moûtier vois, dont suis paroissienne,

Paradis peint où sont les harpes et luths

Et un Enfer où damnés sont boullus.

L'un me fait peur et l'autre joie et liesse".

La douleur du Christ peint sur le granit.

Scènes de la Passion, dans le choeur huit scènes peintes directement sur la pierre de taille des tympans (parties des murailles qui surmontent les arcades).

 

Le Christ occupe toujours le centre de la composition, entouré de personnages aux costumes très variés du XV° siècle, comme cet homme qui, dans la scène de la Crucifixion, nous montre Jésus du doigt, comme pour nous prendre à témoin. Les scènes de l'Ascension et de la Résurrection semblent différentes, peut-être ne sont-elles pas du même auteur ? La huitième scène, l'Ascension, se trouve sur le tympan du bras Nord du transept.

 

La voûte de choeur.

 

 

La voûte du choeur porte 24 scènes multicolores superbes

relatant la vie de la Vierge et du Christ.

 

 

 

La composition de chaque tableau compense adroitement la contrainte

qu'est la forme triangulaire délimitée par des nervures.

 

La danse macabre du XV° siècle.

 

 

La danse macabre, du XV° siècle.

C'est le groupe des fresques le plus exceptionnel qui se trouve dans le croisillon sud.

 

Complètement restaurées en 1998, ces fresques représentent de façon sinistre l'angoisse de la mort, un thème très prisé à l'époque. On n'a pas ici affaire à des diablotins roses, flottants dans des flammes naïves, mais à des spectres blêmes, à des masques de souffrance et des silhouettes efflanquées. L'enfer est montré sous la forme d'un gigantesque chaudron où un diable grimaçant menace les condamnés de sa fourche.

 

 

Les couleurs se déclinent du beige au jaune et à l'orangé,

et se fondent à merveille avec les pierres de l'édifice.

 

La Bretagne a subi pendant tout le Moyen Âge des guerres, des épidémies et des famines. La mort est une compagne quotidienne que le clergé exploite pour effrayer les fidèles et les manipuler. Beaucoup de représentations de la mort datent de cette époque, comme les danses macabres, ou encore, les figures de l'Ankou dans les enclos paroissiaux du Finistère. Pourtant, même si elles sont effrayantes, ces figures gardent un air domestique, très éloigné des équivalents flamands ou anglais tout à fait morbides. On attribue cette cohabitation relativement pacifique avec la mort à l'héritage celte et aux légendes païennes que l'église bretonne  a parfaitement intégrées, faute de réussir à les éradiquer.

 

La construction du transept est terminée en 1433.

Il est voûté par trois croisées d'ogives auxquelles s'ajoutent des liernes transversales.

 

Le transept est limité par quatre piles cruciformes, flanquées de colonnettes

sur lesquelles reposent l'arc triomphal, des arcs en plein cintre à l'entrée des croisillons

et un arc à lancette précédant le choeur.

Des niches crédences (piscines) desservent les autels.

Elles se composent : d'une tablette piédroit et d'arc en accolade.

Statues de Saint Sébastien et de Sainte Anne.

 

 

Le maître autel est ajouré par six arceaux tréflés sur sa façade principale.

Statues de : Notre-Dame de Kernascléden, en granit peint, du XV° siècle,

du Sacré Coeur, de Saint Joseph et d'un saint évêque.

 

A proximité de la chapelle.

 

Très joli manoir et maison ancienne, en très mauvais état.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

http://www.infobretagne.com/
http://www.lamortdanslart.com/
Panneaux explicatifs placés à l'entrée de la chapelle

C.P.A. collection privée en prêt

Visite et photos, Chantal Guyon, le 17 avril 2017

 

 

Chantony - Patrimoine et Histoire  
50660 - Lingreville