PONTPOINT   (Oise)
Arrondissement de Senlis - Canton de Pont-Sainte-Maxence.
Région des Hauts-de-France
 Population : 3.249 Pontponiens en 2015.

 

La ville est délimitée au nord par l'Oise, et au sud par la forêt de Halatte.

 

Avant 1970, vue aérienne et l'église paroissiale St Gervais, avec son clocher roman.


Dans la plaine Basse, autrefois maraîchère, l’exploitation des sablières a laissé place à de magnifiques plans d’eau aménagés où l'on peut découvrir à partir de nombreux sentiers, la richesse  ornithologique des étangs, qui sont des lieux de passage et de repos pour de nombreux migrateurs (foulques, canards siffleurs, cormorans, morillons, et cygnes installés eux, toute l’année).

 

 

Abbaye royale de Clarisses,  Saint Jean-Baptiste du Moncel

 

 

Fondée par Philippe le Bel, en 1309, l'abbaye fut établie sur les terres confisquées par Philippe le Bel

à Philippe de Beaumanoir, jurisconsulte et bailli de Senlis.

Elle accueille une communauté de sœurs Clarisses de 1337 jusqu’à la Révolution.

Aujourd’hui, le site est restauré et animé par le Club du Vieux Manoir.

 

Le site de l'abbaye s'étend sur 6 hectares de terrains cernés d'un mur d'enceinte en pierre,

renforcé de contreforts sur sa section qui longe la rivière Oise.

 

L'ancien château.

 

Le choix de l'emplacement du manoir était motivé par deux facteurs : premièrement, la proximité de la forêt d'Halatte, terrain de chasse royal ; deuxièmement, en 1296, la couronne était entrée en possession du terrain comportant déjà un manoir inachevé et plus modeste.

 

Un hectare de fouilles archéologiques ont fait réapparaître le plan complet du château.

 

Comme le terrain était suffisamment grand, il était inutile que Philippe le Bel fasse l'acquisition de terres ailleurs afin de pouvoir faire construire son abbaye. En même temps, les conditions pour l'accueil d'une abbaye étaient réunies : la proximité de l'Oise comme voie de transport ; la proximité de la forêt pour disposer de bois de chauffage et de construction ; la présence de sept sources sur le domaine ; et la possibilité de création d'un vivier pour le poisson dans l'enceinte de l'abbaye même.

 

Le corps de logis entre les deux tours subsistantes a été restauré.

Les deux vieilles tours de Fécamp.

(L'appellation des vieilles tour fait référence à Jacques de Villiers, seigneur de Fécamp

et gardien du domaine au début du XVII° siècle).

L'ancien manoir royal, comportant à l'origine quatre tours, dont la moitié a disparu.

Les tours sont rondes vers le nord et carrées vers la rue.

 

Vestiges de l'ancienne église abbatiale.

 

L'église était de taille importante : 61 m de long sur 16 m de large.

Les soeurs y accédaient directement de leurs dortoirs situés au 1° étage par l'escalier des matines,

comme dans tous les monastères.

 

Vestiges du manoir au nord des deux tours qui en subsistent, et emplacement de l'ancienne abbatiale.

A la Révolution, suite à la vente du domaine des Clarisses comme bien national,

l'église abbatiale est démontée pierre par pierre, en 1795.

 

200 ans après sa destruction, l'église est réapparue avec l'épaisseur de ses murs,

les bases de ses piliers et son chevet à trois pans coupés.

L'église était percée de fenêtres s'ouvrant entre les contreforts. La façade occidentale était percée

d'une grande verrière à trois meneaux et se terminait par un large pignon.

Une flèche s'élevait au milieu du comble.

On célébrait chaque jour dans l'église : 6 offices dont un de nuit, ainsi que la messe.

Les soeurs y accueillaient le Roi et la cour lesquels résidaient dans leur château qui ne comptait pas de chapelle.

 

Le cloître.

 

Vue aérienne de l'abbaye et les fouilles du château, fermées au sud par les deux tours encore existantes.

Le bâtiment s'articule autour d'une vaste cour rectangulaire, qu'il ferme à trois côtés.

Le vide laissé au sud correspond à l'emplacement de l'ancienne église abbatiale.

Une aile secondaire fait équerre avec l'aile occidentale au nord-ouest.

 

Les bâtiments de l'abbaye forment un U dans la partie nord-ouest du parc.

Ils se trouvaient à l'origine, clos au sud par l'église abbatiale, détruite à la Révolution,

et sont complétés contre le mur d'enceinte par un édifice dit "la Maison des Pères,

ancienne Maison des hôtes de l'abbaye.

 

Entrée dans la cour intérieure, dite cour du cloître, et dont les façades ne comportent pas de contrefort.

 

En 1993, 8000 m² de toitures sont restaurées. Le cloître sera restauré en 1994-1995.

 

La façade sud de la cour intérieure présente un grand cadran solaire ajouté au XVII° siècle.

 

La charpente en berceau s'élève au-dessus d'une série d'arcades en anse de panier,

qui retombent sur des piles massives.

 

Le cloître, dont une seule aile reste aujourd’hui visible, est l’élément central de la vie monastique,

tant du point de vue pratique puisqu’il constitue un moyen d’accès rapide à toutes les salles,

que du point de vue spirituel puisque de par son architecture il symbolise l’élévation de l’âme vers le ciel.

 

L’aile Sud était constituée de l’église abbatiale où furent enterrées les entrailles de Jeanne de Bourgogne,

à l’emplacement même de l’autel. L’église abritait également les sépultures de certaines mères abbesses.

 

Les bâtiments conventuels.

 

L'abbaye a conservé la majeure partie de ses bâtiments conventuels du XIV° siècle. Elle connut au cours de son histoire de longues périodes fastes (don notamment par Louis XIV du château de Fécamp, voisin de l'abbaye), mais aussi bien des vicissitudes : guerre de Cent Ans, guerre de la Ligue, Révolution, époque à laquelle elle fut transformée en hôpital militaire, camp de prisonniers destinés à la déportation durant la seconde guerre mondiale, collège religieux Saint Joseph qui fonctionnera jusqu'en 1982.

 

 

Les fenêtres de la façade est, qui ont gardé leurs formes d'origine, ouvraient sur le château tout proche.

L'angle de son mur d'enceinte est encore visible.

 

L'aile est du bâtiment.

L'église fermait la 4° aile de l'abbaye et la cour à l'extrémité sud de l'aile est.

Des fouilles archéologiques ont repéré en 1986-87 par sondages et relevés le plan des fondations.

 

L'abbaye est même sollicitée par le cinéma pour le tournage de Yol, sorti en 1982 et réalisé par Yilmaz Güney. En  1983, les autorités civiles et religieuses responsables demandent au Club du Vieux Manoir de prendre en charge l'abbaye très dégradée, pour en effectuer la restauration. Aujourd'hui des activités touristiques, location de salles, séminaires, ateliers du patrimoine, etc... y sont organisées.

 

Le chartrier.

 

Pierre tombale du Moyen Age

Les quatre voûtes du chartrier se caractérisent par des nervures qui se fondent directement dans le pilier central

et dans les piliers engagés dans les murs, sans interposition de chapiteaux,

et descendent jusqu'au sol en devenant des fûts de colonnette.

 

Les clarisses, ayant fait vœu de clôture perpétuelle, doivent pouvoir être autonomes au sein de l’abbaye.

Elles possédaient donc des droits sur les terres alentours accordés par le roi

et consignés dans de précieux documents appelés les chartes.

 

Clé de voûte sculptée.

 Au Moyen-âge, ces dernières chartes sont rédigées sur parchemin, c’est-à-dire sur les peaux d’animaux tels que la brebis ou le veau, ce qui ajoute à leur préciosité et à la nécessité de leur conservation au cœur même de cette salle. Le voûtement présente une belle démonstration de l’art gothique aux lignes épurées.
 

La salle capitulaire.

 

C'est ici que se réunissaient les soeurs "en chapitre"

pour prendre les décisions et actes nécessaires à la vie religieuse et communautaire.

 

 

Les quatre baies en tiers-point perçant le mur Est sont fermées par des vitraux réalisés dans les ateliers du patrimoine du Club du Vieux Manoir. Au centre de la table, le plat sert à brûler les bulletins de votes.

 

Au moins une fois par semaine, l'abbesse réunit ses soeurs et conduit la réunion. Les décisions importantes donnent lieu à un vote par boules ou par haricots, noir pour non et blanc pour oui. On peut également voter par bulletin s'il faut écrire un non par exemple. Après le décompte, les bulletins sont immédiatement brûlés dans le plat sur la table.

 

Le silence est la règle au sein de l’abbaye : la salle capitulaire était le seul endroit, avec le parloir,

où les clarisses avaient droit de parole afin d’y traiter des affaires de la communauté, d’où l’expression

« avoir voix au chapitre», mais aussi d’y élire la mère abbesse.

Les religieuses ayant désobéi à la règle pouvaient également y être sermonnées.

 

Le musée.

 

Un musée historique et archéologique a été créé en 1992 dans une salle de l'abbaye,

afin de présenter plus de 200 éléments du mobilier archéologique,

analysés et datés du XIV° siècle au XVIII° siècle.

 

Copie de plâtre de Saint Louis, située au grand portail de la cathédrale Notre-Dame de Paris,

réalisée par un artiste de l'Académie des Beaux-arts.

(Don de l'Association des Amis de la chapelle Saint Louis de la Salpêtrière, à Paris).

 

Saint Louis était le grand-père de Philippe le Bel. Il fut le premier roi de France à fonder une grande abbaye, près d'une de ses résidences royales : celle de Poissy. Philippe IV le Bel l'a imité en associant pouvoir royal et pouvoir religieux sur un même site, avec le château de Pontpoint et l'abbaye royale du Moncel.

 

Iconographie de l'arbre généalogique des Franciscains (Monastère de Roubaix)

Reproduction agrandie d'une aquarelle dessinée en 1904 par Lefèvre-Pontalis. Elle représente, en couleurs,

l'élévation de l'abbaye : vue depuis l'angle nord-est. (Bulletin archéologique de Senlis).

 

Lavabo monolithe qui devait être placé à l'entrée du réfectoire.

Il s'agit d'une auge renflée, longue de trois mètres, ornée de quatre masques, dont un servait de bonde.

 

Les dortoirs.

 

Les dortoirs couraient sur les trois ailes des bâtiments conventuels.

Les deux dortoirs occupent l'étage des ailes nord et est. L'on suppose que celui de l'aile orientale,

attenante au croisillon nord du transept de l'abbatiale, était celui des religieuses profès,

et celui de l'aile septentrionale, celui des converses, n'étant pas obligées de participer à la totalité des offices.

 

L'absence de cheminées nous donne un aperçu des conditions de vie des Clarisses.

 

Les exceptionnelles charpentes, réalisées au XIV° siècle, en chêne,

provenant de la forêt d'Halatte, sont parmi les dernières de ce type en Europe.

 

La charpente a conservé par endroit quelques traces du terrible incendie qui ravagea une partie de l'abbaye

en 1526, et que François 1er contribua généreusement à réparer.

 

Les dortoirs n'étaient pas divisés en cellules par des cloisons, mais des rideaux séparaient les espaces attribués

à chacune des religieuses. Aujourd'hui, les deux immenses salles sont vides de tout mobilier ;

elles sont louées par le Club du Vieux Manoir pour des réceptions et des mariages.

 

Les celliers.

 

Tout comme les dortoirs, les celliers couraient sous les trois ailes de l'édifice.

 

Le grand cellier sous l'aile centrale, voûté sur croisées d'ogives en pierre,

offre une perspective de retombées d'arcs sur 9 piliers

et sur des culots taillés en pointe de diamant, dans les murs.

 

A l'époque des Clarisses, le sol, en terre battue, avait un niveau plus bas que celui de nos jours.

Au XIV° siècle, il servait à entreposer du vin.

Au XIX° siècle, le petit séminaire et le collège l'utilisèrent comme réfectoire.

 

Le réfectoire.

 

Le réfectoire est la plus grande salle du rez-de-chaussée et occupe la totalité de l'aile nord,

exception faite des extrémités dans le prolongement des ailes est et ouest.

Elle a été utilisée comme chapelle pendant l'existence du collège Saint-Joseph.

 

Les fenêtres en tiers-point avaient été bouchées après la suppression de l'abbaye ;

elles viennent d'être dégagées et restaurées par le Club du Vieux Manoir.

 

Les bancs étaient installés le long des murs, avec les tables en face, mais sans autres bancs en vis-à-vis :

les Clarisses étaient censées garder le silence et un certain isolement pendant les repas.

 

La chaire est composée d'un escalier pris dans l'épaisseur de la maçonnerie du mur,

qui conduit à une plate-forme s'ouvrant sur le réfectoire en deux ouvertures en tiers-point

à doucine continue de différentes dimensions.

Deux baies éclaircissent la chaire, une large et une plus étroite derrière l'escalier.

La première est toujours divisée par un meneau central soutenant deux petits arcs à sept lobes,

tandis que le remplage de la seconde a disparu.

 

Les fresques murales sur les trumeaux, recouvertes par une couche de peinture blanche au cours du XVIII° siècle, ont été redécouvertes par hasard. On distingue une série de motifs ornementaux autour de sujets héraldiques

et des épisodes de la vie des saints.

 

Le Club du Vieux Manoir a restitué plusieurs scènes de la vie quotidienne des Clarisses au sein du réfectoire,

dont une religieuse dans sa cellule, délimitée par des rideaux et modestement meublée ; deux personnes

s'entretenant au parloir, séparées par un paravent semi-opaque ; et plusieurs religieuses prenant leurs repas.

 

La façade ouest témoigne des transformations apportées au XVI° siècle :

les deux cheminées monumentales ont été modifiées et finement décorées.

Une échauguette en encorbellement a été ajoutée.

 

La maison de l'abbesse.

 

L'entrée de l'ancien palais abbatial.

 

La maison de l'abbesse a été ajoutée à l'angle nord-ouest, à la fin du XVI° siècle,

par l'abbesse Philippine de Pellevé.

Une jolie tourelle en encorbellement, finissant par une succession de tires,

marque l'angle ouest de la maison de l'abbesse.

Cette construction plus élancée que l'abbaye est inspirée de la Renaissance.

 

La façade nord est confortée par un puissant contrefort bas,

tout à fait différent des contreforts qui ponctuent les autres façades extérieures de l'abbaye.

 

Bâtiments situés à  droite de l'entrée.

 

La grange aux dimes.

 

La grange dîmière, du XIV° siècle se situe à l'arrière de la ferme.
La ferme est depuis longtemps désaffectée et sert d'habitation, sauf la grange, qui reste sans usage.

 

Les murs gouttereaux sont assez bas, ce qui rend les pignons et la haute toiture encore plus imposants. Le bâtiment se compose de huit travées, séparées par des contreforts. Les pignons, à redents, prennent appui sur trois contreforts chacun. Hormis deux fenêtres rectangulaires sur le niveau supérieur du grenier et une porte sur le pignon ouest, les murs ne présentent pas d'ouvertures de ces côtés. Le portail avec un porche faisant saillie est localisé sur le mur gouttereau nord, et le mur gouttereau nord est percée de deux fenêtres et d'une porte plein cintre.

 

La maison des pères.

 

Sa fonction était double : accueillir les pères franciscains qui desservaient l'église abbatiale

et servir d'hôtellerie à l'abbaye.

Les visiteurs étaient si nombreux qu'un agrandissement s'imposa au XVI° siècle.

 

La maison des Pères est accolée au mur d'enceinte.

Le parc était encore entièrement boisé dans les dernières années 1970.

La maison abrite de nos jours, des services du Club du Vieux Manoir qui a son siège à l'abbaye du Moncel.

 

L'architecture est sobre, les chaînages sont en pierre de taille, mais les murs sont majoritairement en petits blocs de calcaire grossièrement taillés, contrairement aux murs de l'abbaye, exécutés avec davantage de soin. Les fenêtres sont petites vers l'extérieur, mais grandes vers le parc de l'abbaye. Une simple corniche y sépare le rez-de-chaussée de l'étage. Les pignons sont appuyés par un contrefort au milieu chacun.

 

La fontaine et le lavoir.

 

Cette fontaine se situe au nord du réfectoire de l'abbaye, dans le parc, mais proche des autres bâtiments. La fontaine n'est pas alimentée par l'une des petites sources autour de l'abbaye, mais par une source assez éloignée captée dans un tuyau de plomb que le roi Philippe de Valois fit poser à ses frais.

Remontant au XIV° siècle, la fontaine est associée à un lavoir destiné au lavage du linge des religieuses. La fontaine proprement dite se présente comme une source captée sous un renfoncement en anse de panier dans le mur délimitant le lavoir au sud. Cette source ainsi que le bassin du lavoir se situent à environ 1,5 m en dessous du niveau du sol. L'on y accède par l'un des deux escaliers au sud, moyennant huit marches.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

http://www.mairie-pontpoint.fr/

https://www.abbayedumoncel.fr/

Dictionnaire des églises de France, Île de France, volume IVd

Editions Robert Laffont, 1968

Brochure de 44 pages "Abbaye Royale du Moncel"

Publications du Club du Vieux Manoir, 1985

Panneaux explicatifs présentés sur le site

Visite et photos, Chantal Guyon, le 15 septembre 2017

 

 

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