61 - FORGES ET MINES DE FER DU BOCAGE ORNAIS
Région Basse Normandie

 

Histoire de la sidérurgique et minière de l'ouest ornais, depuis les mines à ciel ouvert

alimentant en minerai les anciens fourneaux et forges au bois, du moyen-âge au XIX° siècle,

jusqu'à l'exploitation récentes des mines de fer qui fournissaient le minerai

aux usines sidérurgiques du Nord-Pas-de-Calais, au XX° siècle.

 

Dompierre, Musée du Fer (Minerai de fer et minerai après décalcination).

 

Du Moyen Âge au milieu du XIX° siècle, le minerai de fer est extrait à ciel ouvert

afin d’alimenter des fourneaux et des forges au bois qui utilisent l'énergie hydraulique

pour faire fonctionner leurs machines (soufflets, marteaux...).

Au XX° siècle, trois concessions minières sont exploitées dans le Bocage :

à La Ferrière-aux-Étangs, à Larchamp et à Saint-Clair-de-Halouze.

Le minerai, extrait à plus de 400 m sous la terre, est calciné dans des fours de grillage

avant d'être expédié par train vers les industries sidérurgiques du nord de la France.

 

 

CHAMPSECRET

La forge de Varenne

 

Ancien site de sidérurgie au bois et à l'énergie hydraulique où l'on produisait,

à partir du minerai local, le fer utile aux artisans du Bocage : forgerons, maréchaux-ferrants, cloutiers....

Le site est un des plus complet et regroupant un haut-fourneau, des forges d'affinerie, une fenderie.

Les forges édifiées au XVI° siècle sont installées sur la rivière la Varenne et ont fermé en 1866.

 

Le haut fourneau

 

C'est dans cet atelier que l'on procédait à la réduction du minerai de fer en fonte.

 

Le chargement s'effectuait par le sommet, ou "gueulard", auquel on accède par un escalier de pierre : on y déversait alternativement charbon de bois, minerai et castine, pierre calcaire à usage fondant. Il était autrefois protégé par une charpente couverte en tuile plate, dite bédière et qui a été détruite vers 1955.

 

 

Le fourneau, dont la base est partiellement enfouie sous une épaisse couche de terre, offre une hauteur de 9,40 mètres. Les élévations, celles nord et sud sont de 8,50 m. La cuve, appareillée en grès est enserrée dans un épais massif de maçonnerie en granite. L'élévation sud est celle de la coulée. A sa base, un orifice, obturé par de l'argile durant la phase de réduction du minerai était, au terme de celle-ci, percé par le fondeur. La fonte liquide coulait alors dans une rigole. Après refroidissement, on obtenait une pièce de fonte. Contre l'élévation est, se trouvait la soufflerie.

 

La marque du constructeur "Chanconel" et 1767, la date de construction.

 

De chaque côté du bâtiment deux biefs amenaient l'eau de l'étang de retenue

pour faire tourner les roues à aubes actionnant les soufflets et le gros marteau.

 

Les forges d'affinerie

(Le lieu où l'on procédait à la transformation en fer des lourdes pièces de fonte coulées au haut fourneau).

 

 

Les trois cheminées de l'affinerie, édifiées au XVII° siècle sont uniques en Basse-Normandie.

Hautes de près de 9 mètres, elles sont bâties en granit et en grès.

 

Dans ces forges, les gueuses de fonte coulées au pied du haut fourneau étaient retravaillées pour les débarrasser de leur carbone et obtenir du fer pur. De grandes barres de fer étaient frappées ici. Elles étaient ensuite laminées et découpées dans la fenderie.

 

Cheminée et foyer de la chaufferie.

La forge regroupait deux foyers d'affinerie et en face, un foyer de chaufferie et un gros marteau de forge.

 

De gauche à droite :

 

Décarburation de la fonte : dans l'un des deux foyers d'affinerie, les forgerons introduisaient par l'extérieur une barre de fonte (1). Celle-ci se ramollissait et les forgerons la martelaient pour en faire une boule, le renard (2). Sur cette pâte de fonte (alliage de fer et de carbone), de l'air était projeté grâce à 2 puissants soufflets (3) actionnés par une roue à aubes. L'oxygène de l'air captait le carbone contenu dans la fonte : on obtenait ainsi du fer pur.

Forgeage d'une barre de fer : sous un gros marteau actionné lui aussi par une roue à aubes, les ouvriers forgeaient une barre de fer (4). De temps en temps, les forgerons réchauffaient le fer en cours de martelage dans le foyer de chaufferie situé juste à côté (5).

Le gros marteau et la forge : le marteau (a) était maintenu par une solide charpente en bois (b). L'arbre à cames (c) était actionné par une roue à aubes. Les cames soulevaient le marteau.  La tête du marteau pesant près de 500 kg, il retombait avec force sur l'enclume (d).

 

La fenderie

 

Ancêtre du laminoir, elle est attestée dans l'aveu seigneurial de la Ferrière en 1614.

C'est la seule fenderie du XVI° siècle qui subsiste en Europe avec ses deux fours à réverbère.

 

 

Vue de l'ouverture des fours sur le mur pignon.

 

La fenderie est installée en amont de la rivière, là où la force hydraulique

nécessaire au laminage du fer était la plus importante.

 

(De gauche à droite) :

 

Chauffe des barres : les fondeurs réchauffaient les barres de fer forgées dans l'affinerie, dans un des 2 fours de la fenderie (1). Ces fours, dits à réverbère, avaient la particularité d'être voûtés ce qui permettait à la chaleur du foyer d'être renvoyée sur les barres de fer déposées au-dessus du foyer.

Laminage et fendage des barres de fer : les fendeurs faisaient passer les barres de fer, ramollies par la chauffe, entre 2 cylindres métalliques (les copatards (2) pour être laminées, aplaties. De l'eau était versée sur les cylindres pendant l'opération pour les refroidir (3). Ensuite les fendeurs changeaient les cylindres lisses pour des cylindres munis de disques tranchants (les taillands). Ils réchauffaient dans le four les barres de fer aplaties, puis les faisaient passer entre ces deux cylindres pour les fendre, les découper.

Les cylindres de laminage et de fendage : l'espacement entre les cylindres était réglable grâce à un système de clavelles. On pouvait donc produire des fers plus ou moins épais. L'espacement entre les disques tranchants était réglable lui aussi : on  pouvait donc obtenir des fers de section carrée, des fers plats, des tiges très fines.

 

Deux grands cylindres en fer, superposés l'un sur l'autre,

étaient montés sur des arbres en bois traversant le bâtiment dans sa largeur.

 

De chaque côté du bâtiment, 2 biefs étroits amenaient l'eau avec puissance pour faire tourner les roues à aubes actionnant ces cylindres. Une roue alimentée par le dessus tournait dans un sens, l'autre roue alimentée par le dessous tournait dans l'autre sens.

 

DOMPIERRE

Fours de calcination de la Butte Rouge

 

Fours de calcination de la mine de La Ferrière-aux-Etangs, utilisés pour enrichir la teneur en fer du minerai avant son expédition par train vers les hauts-fourneaux du Nord-Pas-de-Calais.
Premiers fours de grillage construits en Normandie, ce sont aujourd'hui les derniers fours

de calcination en pierres qui subsistent dans la région.

 

 

 

 

Construits dès 1901, ils furent les premiers fours de calcination édifiés dans un site minier de Basse Normandie. Ils fonctionnèrent jusqu'en 1938, et aujourd'hui, il ne reste plus que 2 fours de briques remis en valeur par l'association "Le savoir et le fer". La calcination du minerai durait une trentaine d'heures. Le site de la Butte Rouge avait été choisi à cause de sa déclivité qui permettait d'installer les 3 niveaux nécessaires au fonctionnement des fours : vidage des wagons de minerai brut en haut, calcination dans les fours, vidage du minerai calciné en bas et chargement des wagons de départ.

 

Passage des wagonnets pour le départ du minerai.

 

Le transport du minerai depuis la sortie de la mine fut d'abord assuré par des berlines d'une tonne tractées par une locomotive à vapeur, puis électrique. Le minerai calciné était emmené vers Denain-Anzin (Nord) par des wagons de 40 tonnes qui prenaient le raccordement de 4 km pour rejoindre la gare de St Bômer-les-Forges (ligne Caen-Laval).

 

LA FERRIERE-AUX-ETANGS

Exploitation du minerai

 

Mine à ciel-ouvert alimentant en minerai de fer les bas-fourneaux de La Ferrière au moyen-âge

et les hauts-fourneaux de Dompierre (disparu) et de Varenne du XVI° au XIX° siècle.

Ce sont les vestiges les plus anciens de l'exploitation du minerai de fer dans le Bocage.

 

Vue d'ensemble du site - Les fours de calcination,

Déchargement du minerai calciné dans les wagons de départ.

 

A la recherche de minerai pour alimenter les hauts fourneaux du Nord de la France, la Société Denain-Anzin entreprit des sondages à partir de 1897, à partir des anciennes minières de la Fieffe. En 1901 une concession de 1605 ha fut accordée, puis passa à 2407 ha en 1947, complétée de 1490 ha avec celle du Mont-en-Gérôme. L'exploitation en profondeur du minerai se fit d'abord par le creusement de 2 galeries s'enfonçant à flanc de colline et en sens opposé, 2 autres galeries. Un travers-banc de 600 m (galerie perpendiculaire à la couche de fer) permettait la sortie des wagonnets de minerai, tirés au départ par des chevaux. En 1911, on creusa le 1° puits de mine, appelé puits n° 1. Il ne fut mis en service qu'après la 1° Guerre Mondiale. Le 2° puits fut ouvert en 1923.

 

LE CHATELLIER

 

Sur cette commune existait la forge du Moulin Rouge et le fourneau de la Fonte.

Ces deux établissements qui dépendaient de la baronnie de Messei sont attestés jusqu'en 1650.

 

Le carreau de la mine.

(Le carreau est le terrain qui regroupe l'ensemble des installations de surface de la mine,

salles des machines, chevalement, bâtiments de criblage...)

 

Entrée des galeries du puits n° 1 en 1911 - Descente des mineurs au puits n° 2.

Sortie des mineurs du souterrain.

 

Fours servant à une 1° cuisson du minerai amené par trolley du puits n° 1.

Les fours de grillage et les transbordeurs - Départ d'un train de la mine.

(Four de grillage ou four de calcination : four dans lequel est grillé le minerai de fer.

Durant cette opération le minerai de fer perd une grande partie de ses impuretés et de son eau.

La teneur en fer du minerai est ainsi augmentée.

 

Les fours de la Bocagerie - Les fours et le chargement du minerai - Vue d'ensemble du puits n° 2.

 

SAINT CLAIR-DE-HALOUZE

 

Dès 1884, une concession minière fut octroyée pour exploiter le minerai de fer.

La mine fut exploitée de 1905 à 1978.

 

Carreau de la mine - Un transbordeur - La grande benne.

 

Le carreau de la mine regroupe toutes infrastructures de surface essentielles à l'exploitation minière :

chevalement, bâtiment de la recette, bâtiment du concasseur, salle des machines,

silos de stockage du minerai, mais aussi lampisterie et vestiaires-douches des mineurs...

Symbole du passé minier de la région, le chevalement qui se dresse

au dessus du puits d'extraction (375 m de profondeur) est le dernier subsistant en Normandie.

 

La cité minière.

 

Pour loger la nouvelle population de miniers, la Société minière se trouva dans l'obligation de construire des cités minières.  Toutes ces cités portent le nom du propriétaire qui a vendu son terrain à la Société minière.  La cité comprenait une cantine, d'abord en bois, puis en pierres, complétée d'un bâtiment pour les célibataires. Une école, une salle des fêtes, un terrain de sport, une coopérative complétèrent cet ensemble.  De nombreux Espagnols et Polonais vinrent travailler à la mine entre 1911 et 1931. Après la fermeture de la mine en 1978, toutes ces maisons ont été vendues à des particuliers.

 

LARCHAMP

La mine de fer

 

La concession minière s'étendait sur 440 ha et fut ouverte en 1903,

par la Société d'exploitation des mines de Larchamp.

Elle fermera en 1932 pour des raisons économiques (grande crise de 1929).

 

Vue générale de la mine - Sortie des mineurs - Extraction du minerai.

 

Les fours de grillage

 

Le haut fourneau - Le chargement des wagonnets du chemin de fer aérien.

 

Chevalement du puits Gévelot - Chemin de fer aérien et la gare du Châtellier.

Le culbuteur électrique transportant le minerai du puits d'extraction aux fours de grillage.

 

Sources :

Dépliant 3 volets "Forges et mines de fer du bocage", Association  le Savoir et le Fer

Dépliants 3 volets, "Mine de fer de St Clair de Halouze", Association le Savoir et le Fer

Dépliants 3 volets "Du fer sous la colline" Dompierre, Maison du Parc et maison du Fer

"La forge de Varenne à Champsecret", brochure de 36 pages,  D.R.A.C. Basse Normandie

Editions Cahier du Temps, 2003

"Le circuit du fer", Marie Claire Lefèvre, Association Le savoir et le Fer,

de 28 pages, Editions Cahiers du Temps, 2006

C.P.A. (entre 1904 et 1916), collections privées, en prêt

Panneaux d'exposition sur les sites de Dompierre et Champsecret

Dompierre, Butte Rouge et Musée, visite guidée et photos Chantal Guyon, 17 juillet 2014

Champsecret, visite guidée et photos Chantal Guyon, 5 août 2014

 

 

Chantony - Patrimoine et Histoire

 

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