76 - MONTIVILLIERS

(Arrondissement du Havre - Canton de Montivilliers)

 

Etymologie : l’ancien Villare (VIII° siècle), au sens de village, agglomération, est ensuite dénommé

en latin médiéval Monasterii Villare en 1063-66 d'après l'abbaye qui fait partie des grandes fondations monastiques

du VII° siècle dans la basse vallée de la Seine.

L'association des deux appellatifs Montier et Villier donne Montivilliers. De par son abbaye,

Montivilliers est également surnommée la "Cité des Abbesses".
Au cours de la Révolution française, la commune porte provisoirement le nom de Brutus-Villiers.

 

 

Abbaye de Montivilliers et son église abbatiale

 

 

Plan de la ville aux XIV°-XV° siècles.

 

Vestiges des remparts qui entouraient la ville et construits au XIV° siècle.

 

 

La ville, construite au bord de la Lézarde est entourée d'éperons et de plateaux, et a favorisé dès le début du néolithique des implantations humaines. La vraie naissance de Montivilliers est liée à la création  de l'abbaye. En 682, Warraton, maire du palais à la cour de Thierry III, fait don de son domaine, avoisinant l'estuaire de la Seine, à Philibert, fondateur de l'abbaye de Jumièges, qui y créa une abbaye bénédictine pour des moniales. En 1035, Robert le Magnifique, duc de Normandie, décide avant de partir pour la Terre sainte de restaurer l'abbaye anéantie pendant les invasions normandes. Elle était dotée d'un pouvoir exceptionnel. L'autorité de l'abbesse concernait les clercs mais aussi la population civile.

 

 

C'est au cours du XII° et du XIII° siècle que la ville acquiert une importance économique et administrative, en devenant le siège d'un vicomté. Au XIV° siècle, se développent des industries de draperies et de tanneries, des foires et des marchés, et surtout, le port desservi par un canal suivant le cours de la Lézarde. Après la défaite de Poitiers en 1357, les partisans de Charles le Mauvais s'emparent de la ville. Après la guerre l'industrie du drap décline et la création en 1517, puis l'essor du Havre va petit à petit éclipser la cité. La Révolution donnera un coup d'arrêt brutal.

 

La fontaine Claire de Lafayette, du XVI° siècle.

 

Au Moyen Age, cette place accueille le cimetière.

Au XV° siècle un nouveau cimetière est créé hors des remparts, au lieu-dit Brisgaret.

 

En parvenant dans la ville, les eaux de la Luzarde sont polluées par les activités de draperie et de tannerie. L'abbesse Claire de Lafayette fait construire, au XVI° siècle, plusieurs fontaines alimentées par une source située dans les fossés de la ville.

 

L'abbaye.

 

A Montivilliers les abbesses jouissent d'un privilège unique : en 1035,

Robert le Magnifique leur accorde une "exemption" totale qui les soustrait au pouvoir de l'archevêque de Rouen.

 

 

Le porche cintré, pris dans une construction en pierres et silex noirs du début du XVII° siècle,

permet d'accéder à l'ancienne cour de l'abbaye.

 

La cour intérieure était l'ancien cloître dont les arcades ont disparu.

Il était bordé par les appartements de l'abbesse, au sud, par les cuisines, les dépendances et le réfectoire.

Le bâtiment en pierre et silex est un des rares vestiges de l'architecture médiévale et le plus ancien de l'abbaye.

 

L'actuelle bibliothèque occupe les anciens appartements particuliers des abbesses ainsi que la salle de la communauté et une partie des cuisines. Ce bâtiment est reconstruit et surélevé d'un étage en 1750 par l'abbesse Madame de Bellefond.

 

La plus célèbre des abbesses de Montivilliers est Louise de L'Hospital (1593-1643). Par son origine (fille de François de l'Hospital et d'Anne de la Chastre), nièce du chancelier Louis de L'Hospital, elle était de haute lignée. Sous son ministère, le monastère connait un véritable renouveau. La réforme issue de la Contre-réforme est imposée et la prière remise à l'honneur.

 

A gauche, la petite porte était l'entrée de l'abbaye et du bâtiment des prêtres.

L'ancien logis des abbesses, une construction en pierres du XVIII° siècle,

avec de grandes fenêtres en plein cintre et toitures à la Mansart.

(Le badigeon ocre sur la façade ouest du bâtiment a un  double objectif : protection  et restitution).

 

Construction de la fin du XV° siècle ou du début du XVI°, en pierres et silex taillés.

Le rez-de-chaussée, jadis réfectoire est devenu le lieu d'accueil de "Coeur d'abbayes".

A l'étage, se trouvait un dortoir avec cellules qui a conservé une remarquable charpente du XVI° siècle en châtaigner.

 

 

 

Le cloitre lui-même dont on ignore l'aspect primitif, avait complètement disparu.

Il est entouré de bâtiments d'un grand intérêt architectural restaurés de 1989 à 2000.

 

Pierre tombale d'une abbesse - Un petit escalier permettait l'accès à l'église depuis le cloître.

 

L'ancien chapitre ou salle capitulaire, est une salle voûtée du XI° siècle.

 

Le vaste réfectoire gothique du XIII° siècle, transformé en salle d'expositions,

est contemporain de la salle des Chevaliers de l'abbaye du Mont Saint Michel.

 

L'ancien dortoir, avec sa charpente en forme de coque de bateau renversée,

mise en valeur aujourd'hui avec une coloration polychrome à la manière de l'époque.

 

L'église abbatiale

 

Le plan primitif de l'église, de type "bénédictin", était celui des grandes églises romanes de Normandie.

Il a été modifié au XV° siècle.

 

Au-dessus du portail roman a été percée au XIV° siècle une grande fenêtre de style gothique.

Le grand portail est orné de dents de scie.

 

 

 

 

Partie la plus récente de l'église romane, la façade date de la première moitié du XII° siècle.

Elle devait comporter dans son état primitif deux tours.

 

La tour nord, romane avec flèche de pierre couronnée de clochetons.

 

 

Ce porche du XV° siècle, à trois arcades, paré du décor flamboyant le plus riche,

et abritant une élégant portail aux vantaux de l'époque.

 

 

A la croisée l'église romane a conservé un monumental clocher de la fin du XI° siècle - Le chevet.

 

 

 

Dans la nef, seul le côté sud, restauré au XIX° siècle, est encore roman.

Les grandes arcades, retombant sur des colonnes engagées, sont surmontées de fenêtres hautes sans étage intermédiaire.

 

La nef de style gothique flamboyant, avec de hautes colonnes sous chapiteaux,

est abondamment éclairée par de grandes fenêtres de ses six chapelles contiguës.

 

Statues de Saint Joseph et d'une Vierge à l'enfant.

 

 

Statuettes en bois représentant les quatre Evangélistes.

 

Statues du Sacré Coeur de Jésus et de Sainte Thérèse de Lisieux, en plâtre peint du XIX° siècle.

 

Statues du curé d'Ars et de l'Education  de la Vierge.

 

Les verrières (ni signées ni datées).

 

 

Voûtes du XIII° siècle.

Statue d'une Vierge à l'enfant, et à droite de la porte, la chapelle des fonts baptismaux.

 

Contre le parement de la tour, une tribune de style flamboyant assure la communication

avec la chambre du clocher, qui conduit aux orgues.

 

Statue de Saint Jean l'Evangéliste.

 

Les bras du transept sont couverts de belles voûtes d'ogives de style archaïque,

dépourvues de clefs, séparées par un bandeau décoré de bâtons brisés.

 

A la croisée, une voute du XVII° siècle masque la voûte du XII° siècle,

(que l'on peut voir en empruntant un escalier en colimaçon logé dans la pile nord-ouest.

 

 

 

 

 

Le choeur, composé de trois travées; bordées de bas-côtés, se termine par un chevet à cinq pans.

Les fenêtres et la voûte datent du XVII° siècle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapelles latérales - Statue de Notre-Dame de Lourdes, en plâtre du XIX° siècle.

 

 

Le moulin à blé,  appelé "le grand moulin de Mesdames".

 

Parmi les 8 moulins établis à Montivilliers le long de la Lézarde avant la Révolution,

il est celui qui appartient à l'abbaye.

Le moulin de l'abbaye cesse de fonctionner définitivement dans les années 1950.

 

 

A cette époque les paysans ont l'obligation d'utiliser les moulins et les fours de l'abbaye ou du seigneur laïc dont ils dépendent. Cet accès passe par un acquittement du droit de banalité, aboli à la Révolution. L'énergie hydraulique des moulins est abandonnée au XIX° siècle, au profit de nouvelles techniques, la vapeur, puis l'électricité.

 

La roue du moulin n'existe plus.

 

La Lézarde près du moulin de Mesdames.

 

La Lézarde est une petite rivière qui se jette dans l'estuaire de la Seine à Harfleur. Elle prend sa source au lieu-dit le Bec, à Saint Martin-du-Bec. La Lézarde reçoit à Montivilliers la Curande, ruisseau permanent qui provient de Fontenay et qui provoque d'importantes inondations lors des fortes pluies. Par le passé les moulins à blé ou à gru se trouvaient sur son cours et elle se jetait dans la Seine plus en amont. L'envasement de l'estuaire et le recul du port d'Harfleur ont modifié son cours.

 

L'aître de Brisgaret, du XV° siècle.

(La 1° mention de l'aître dans les archives municipales date de 1477).

 

Etymologie : la dénomination populaire (pour "brise-jarret") du lieu-dit

renvoie probablement à la pente raide par laquelle s'amorce le chemin pour se rendre au cimetière.

 

Le cimetière et la croix élevée au XVI° siècle, de style gothique flamboyant. Elle est haute de 6,50 mètres.

Ses 4 niches sont garnies des statues de la Vierge, de Sainte Anne de Saint Joseph et de Saint Jean.

 

Dans la seconde moitié du XV° siècle, la paroisse St Sauveur de Montivilliers, dont le cimetière jouxtant l'abbatiale était insuffisant devant l'accroissement de la population, à permis la construction d'un second cimetière, hors les remparts de la ville.

 

 

La chapelle date de 1602 et a été restaurée et transformée en 1878,

elle n'a conservé ni ses peintures intérieures ni l'appareil en silex de ses murs, ni son clocher.

 

La chapelle avait un rôle central dans le cimetière médiéval du fait qu'il fallait prier Dieu pour les morts afin de les

accompagner vers l'au-delà. Elle représentait aussi un abri disponible pour les croyants qui venaient se recueillir.

 

On pénètre dans le cimetière par un porche en plein cintre,

qui s'ouvre sur le sud et est orné de moulures de la Renaissance

 

La galerie, longue de 36 mètres, est prolongée aux deux extrémités nord et sud par une unique travée.

La construction de la galerie à charpente est faite entre 1503 à 1530 et la 1° mention d'une chapelle en 1530.

 

Elle est occupée au nord par la chapelle, à l'est, du côté du cimetière, 17 piliers de bois s'élèvent sur un petit appui en pierre et supportent la sablière. La fondation de cette galerie et de la chapelle attenante est attribuée à la famille Deschamps, dont l'un des membres fut enterré tout contre la chapelle. La construction définitive intervient à partir de 1542, date à laquelle l'abbaye fit démolir un premier oratoire : la chapelle existait en 1562, où, à l'occasion des troubles religieux liés à la réforme protestante sa présence est attestée : elle fut restaurée en 1582.

 

 

La décoration funèbre de Brisgaret est cantonnée sur 15 des 17 piliers de la galerie.

Les sujets sculptés qui restent sont consacrés essentiellement :

1°- à des représentations allégoriques du temps, de la vie et de la mort

(instruments et surtout personnages vivants et squelettes)

2° - aux instruments de la Passion ou à des emblèmes religieux.

 

Entre le XIV° siècle et le XVI°, les religieux se sont donnés pour tâche essentielle de rappeler sans cesse au peuple chrétien :

1° - les limites d'une vie si précaire que l'idée même d'un futur éloigné et Terrestre n'avait guère de sens.

2° - sa vocation éternelle a un au-delà qui constituait le seul investissement valable. D'abord spirituel et livresque, ce thème fut parfois miné et joué : il fut enfin figuré dans des fresques où des sculptures sous la forme de danses macabres (de macabré, déformation du Macchabée biblique), où l'on voyait les morts se mêler aux vivants et entraîner dans une espèce de ronde des personnages de toute condition et de tout âge, du pape et de l'Empereur à l'homme du peuple, du vieillard à l'enfant.

Pour développer ce thème qui, avec Villon, a gagner dès le XV° siècle la poésie profane, les artistes pouvaient-ils trouver meilleur emplacement que le charnier ?

 

La charpente en chêne est couverte de tuiles et soutenue par un mur en maçonnerie d'un côté

et par des pigeâtres sculptés de l'autre. Il s'agit d'une charpente dite "à chevrons fermes".

 

(Vestiges de la chapelle déposés dans la galerie, le site étant en travaux de restauration lors de mon passage).

 

La galerie, dirigée vers la chapelle Saint Lazare, abritait autrefois les habitants qui venaient prier les défunts. Au Moyen Age, elle était aussi un lieu où les commerçants, les troubadours et les montreurs de singes faisaient leur commerce, le cimetière étant une véritable place publique où tout le village se retrouve. Au fil des siècles, le déambulatoire a perdu cette particularité commerciale et les villageois enterrent les défunts dans le sol en terre battue et sous pierres tombales.

 

Sources :

La Lézarde, http://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A9zarde_(Seine-Maritime)

Dépliants 3 volets  "Abbatiale et Abbaye de Montivilliers", O.T. Montivilliers

Dépliants 3 volets "Abbaye de Montivilliers, un chemin  de mémoire", O.T. Montivilliers

Aître Brisgaret, Dépliant 3 volets, O.T. Montivilliers

"Aître Brisgaret, restauration d'un cimetière médiéval",

brochure de 12 pages, Service culturel de Montivilliers novembre 2013

Abbaye, visite avec audio-guide, 20 avril 2014

Photos Chantal Guyon, 20 avril 2014

 

 

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