MAILLEZAIS  (Vendée)
Arrondissement de Fontenay-le-Comte - Canton de Fontenay-le-Comte.
Région Pays de la Loire.
 Population : 973 Malacéens en 2015.

 

D'une superficie de 2.049 hectares, et d'une altitude de 1 à 18 mètres,

le village est arrosé par l'Autise canalisée : le canal de la petite Autise.

Il est situé au coeur du marais Poitevin humide, appelé la "Venise verte".

 

Avant 1970, vue aérienne et l'église Saint Nicolas.

 

L'église est à nef unique dédicacée à saint Nicolas de Myre, patron des mariniers.

 

Ruinée lors des guerres de religion, l'église est transformée en atelier de salpêtre pendant la Révolution, et subit entre 1850 et 1910 plusieurs campagnes de restauration qui n'ont laissé que peu d'éléments véritablement anciens. Une très belle piscine gothique est en place sur le côté sud du chœur.

 

 

Abbaye bénédictine romane Saint Pierre de Maillezais

 

 

Comme toutes les fondations monastiques du début du Moyen Age,

l'abbaye de Maillezais est construite dans un endroit isolé

afin que les religieux mènent une vie retranchée du monde, centrée sur le travail et la prière.

 

Vue aérienne avant 1970.

 

L'ancienne porterie de l'abbaye.

 

La tour ronde de la forteresse des ducs d'Aquitaine et l'ancien palais épiscopal.

 

Le pont situé au-delà du grand portail est une construction moderne : il remplace deux pont-levis, l'un piétonnier devant la porte étroite, et l'autre, charretier, devant le portail. De part et d'autre s'élève la fortification orientale, au fossé profond et aux murs d'escarpe à contreforts.

 

La porterie a conservé une partie de ses attributs défensifs.

 

L'éperon effilé surmonté d'une l'échauguette, à l'angle sud-est.

 

L'église abbatiale.

 

L'abbatiale Saint Pierre constitue le coeur spirituel de l'abbaye.

La première église est consacrée en 1010, sous l'abbatiat de Théodelin.

Placé à l'origine sous la juridiction directe du Saint Siège, le monastère devient

une dépendance de Cluny à partir de 1058.

 

Vues aériennes avant 1970.

Grâce aux nombreuses faveurs des ducs d'Aquitaine, l'établissement se hisse rapidement au rang

des grandes abbayes poitevines. Guillaume VI et Eudes y sont d'ailleurs inhumés, tout comme leur père

Guillaume IV le Grand, qui se retire à Saint Pierre de Maillezais, lieu de sa mort le 30 janvier 1030.

 

 

L'abbaye depuis le front nord.

 

En 1317, le Pape d'Avignon Jean XXII divise le diocèse de Poitiers en trois : Maillezais et Luçon deviennent des évêchés. Jusqu'à la Renaissance, les abbés n'auront de cesse de transformer leur abbatiale en une cathédrale adaptant les nouvelles formes artistiques de leur temps. Mais les Guerres de religion et la reprise de la région par le roi Louis XIII et Richelieu, le siège de l'évêché de Maillezais est ruiné et transféré à La Rochelle en 1648.

 

Après la Porte de l'abbé, cette petite porte  donne accès à l'escalier de la cloche.

 

Juste avant la porte de l'abbé, les fenêtres du transept.

Le transept gothique date des années 1300. Ses deux niveaux aux arcs aigus, d'inspiration anglo-normande,

étaient séparés par une étroite galerie-coursière.

 

Dans le transept, sous les vestiges de l'immense baie, s'ouvre la porte de l'abbé.

Surmontée d'une fenêtre rectangulaire, coiffant arcs brisés et rosaces trilobées,

elle permettait à l'évêque de gagner directement sa demeure épiscopale.

 

 

Vers 1065-1070, la reconstruction menée par l'abbé Goderan aboutit à un projet plus ambitieux :

une nef de sept travées, à bas-côtés surmontés de tribunes.

 

Les colonnes corinthiennes recevaient les voûtes d'arêtes du bas-côté. Au-dessus, les fenêtres hautes éclairaient les tribunes dont on aperçoit les arrachements des voûtes en berceaux transversaux. En cours de chantier, une catastrophe, sans doute un incendie, obligea à changer de parti, vers 1080. A l'ouest, on ajoute alors un puissant massif d'entrée à deux tours d'escalier. Il occulte la façade du milieu du XI° siècle.

 

Au-dessus de la porte, la chapelle haute - Porte de la tribune nord.

 

A l'intérieur, une partie du niveau bas, à trois arcs en plein cintre.

Dans la première moitié du XI° siècle, le fidèle qui se présente devant l'abbatiale se tient devant cette entrée,

face à ce mur orné de trois arcs en plein cintre, vestiges de la toute première façade de l'église.

 

Les larges escaliers en vis (celui de la tour nord est détruit)

permettaient l'accès à la chapelle haute et aux tribunes.

 

A la fin du XI° siècle, l'abbé Goderan condamne le parvis en y ajoutant un massif d'entrée à deux tours d'escaliers. Cette salle qui présente une voûte en berceau brisé et deux niches, constitue désormais l'entrée monumentale dont le portail a été muré au XIV° siècle. Les deux arcades latérales sont probablement fermées lors de la création des rampes reliant les bas-côtés aux escaliers de la tour.

 

Des peintures murales ornaient cet espace aujourd'hui austère et des sculptures en garnissaient les chapiteaux,

tels les oiseaux affrontés conservés dans les angles.

En 1956, un décapage complet du sol met à jour une vingtaine de tombes, mais la rapidité du déblaiement

et l'absence de relevés interdisent à jamais toute interprétation scientifique.

 

Emplacement du monastère de Saint Pierre-le-Vieux.

 

Le clocher que l'on aperçoit à quelques kilomètres d'ici est celui de l'église de Saint Pierre-le-Vieux. Cet édifice du XIX° siècle se dresse à l'emplacement de la fondation de la première abbaye Saint Pierre, relatée dans la chronique du moine Pierre, texte écrit en 1060-1070.

 

Les arrachements hélicoïdaux, qui s'enroulent sur toute la hauteur des murs,

indiquent la fonction originelle de cet espace : un escalier.

 

Jusqu'aux destructions des guerres de religion, cette tour abritait une large vis couverte d'une voûte en berceau tournant. Ces escaliers monumentaux avaient un rôle multiple : permettre un accès aux clochers et aux tribunes qui surmontaient les bas-côtés.

 

Depuis la tour : le marais mouillé domine les eaux. A l'aube de l'an mil, Maillezais,

comme le décrit le moine Pierre, est une île boisée, giboyeuse et couverte de marécages.

La légende raconte qu'au cours d'une chasse, un chevalier se retrouve paralysé après avoir tué un sanglier

dans les ruines d'une église. Emma, femme du duc d'Aquitaine, y voyant un signe de Dieu,

encourage son époux d'y élever un monastère.

Les travaux débutent aussitôt et une petite communauté de moines s'installe.

 

En 989, la nouvelle église Saint Pierre-le-Vieux est achevée et Gombaud, archevêque de Bordeaux, procède à sa dédicace : elle ne disparaît qu'en 1864, remplacée par celle qui apparaît au lointain. Mais le prieur Théodelin rêve d'un site plus vaste. En 1003, il convainc le duc Guillaume V le Grand de lui céder l'emplacement de son château de Maillezais pour y transférer le monastère. C'est ainsi que, dès 1005, les travaux de la nouvelle abbaye débutent ici.

 

La presqu'île de Maillezais domine d'une dizaine de mètres le marais poitevin,

ancien golfe de Pictons comblé lors de la baisse du niveau marin il y a 10.000 ans,

et qui s'est progressivement envasé et transformé en marécages.

 

L'eau est un élément essentiel de la vie de l'abbaye, tant pour son économie que pour sa défense.  C'est pourquoi, bien que disposant déjà des droits sur la navigation des rivières, de la Sèvre Niortaise, l'Autise et la Vendée, l'abbaye s'investit à partir du XIII° siècle, dans un chantier plus vaste : l'assèchement et l'aménagement du marais, et font nécessairement appel à une main d'oeuvre abondante. Après quelques expériences isolées, elle s'associe à d'autres abbayes pour réaliser la construction de digues et de canaux, notamment avec les chanoines de Nieul-sur l'Autise et les moines de Saint Michel-en-l'Herm.

 

De haut en bas : Choeur renaissance de Geoffroy d'Estissac, vers 1540.

Choeur roman à déambulatoire de Goderan, vers 1080

Choeur roman de Théodelin, début du XI° siècle.

Jouxtant à droite, cette dernière, chapelle de Saint Rigomer.

 

Le culte des reliques à Maillezais

 

A partir du VII° siècle, la dévotion aux reliques, vestiges de corps saints, se multiplie en Occident.

La possession de ces trésors, sources de prestige et de revenus,

constitue pour les abbayes un enjeu d'importance.

 

Tout au long du Moyen Age, les pèlerins affluent à Maillezais grâce à la présence des reliques de Saint Rigomer, prêtre évangélisateur de la région du Mans au VI° siècle, vénéré pour ses talents de faiseur de miracles. C'est l'abbé Théodelin qui, désirant augmenter le prestige de l'abbaye, organise entre 1014 et 1016 la translation des reliques, qui sont disposées près de l'autel, dans une chapelle orientée du bras droit du transept, appelée dès lors "Chapelle Saint Rigomer".

 

A l'époque gothique, de nouveaux travaux sont engagés ; construits dans les années 1300,

le transept à deux niveaux et arcs aigus d'inspiration anglo-normande en reste le témoin majeur.

 

Après une première construction, initiée par l'abbé Théodelin, un projet plus ambitieux est mené à partir des années 1050 : la jeune abbatiale romane se voit dotée d'un puissant massif d'entrée à deux tours d'escalier. Ce massif se prolonge par une nef de sept travées et bas-côtés surmontés de tribunes. A droite, un choeur à déambulatoire et chapelles rayonnantes aujourd'hui disparu terminait l'édifice.

 

C'est à la Renaissance que la cathédrale atteint son apogée :

les années 1540 voient la construction d'un choeur gigantesque, aujourd'hui disparu.

 

L'érection de Maillezais en évêché en 1317, et donc la nécessité de disposer rapidement d'une cathédrale, explique peut-être l'arrêt brutal du chantier. Sur sept travées romanes, seulement trois sont remplacées par de hautes fenêtres en arc brisé.

 

Le cloître.

 

Du cloître, espace ouvert vers le ciel, symbole de la quête spirituelle des frères,

il ne reste à l'abbaye que ses fondations qui délimitent un plan sensiblement carré.

Les façades et les quatre galeries qui bordaient le jardin central ont disparu.

 

Probablement garnies d'une charpente apparente et d'un carrelage de terre cuite aux motifs variés,

ces galeries reposaient sur des colonnes jumelées aux chapiteaux sculptés,

dont un exemplaire est présenté dans le réfectoire des pèlerins.

 

Prolongement de l'abbatiale à laquelle il est relié par la galerie nord, le cloître est un lieu où processions et rituels liturgiques rythment la journée de la communauté monastique. Il représente le coeur de l'abbaye, un espace dans laquelle les moines se consacrent à la lecture, la méditation, la formation des novices, ainsi qu'à toutes les tâches matérielles nécessaires au bon fonctionnement du monastère.

 

Autour du cloître s'ordonnaient les bâtiments conventuels, espaces de vie des moines.

 

▪ L'aile orientale regroupait sous les dortoirs, les salles dédiées aux activités de la communauté monastique.

▪ Au premier plan, se trouvait la salle capitulaire, couverte d'une voûte à colonnes centrales, où chaque jour, des questions liées à l'organisation matérielle, l'admission des novices, la discipline ou encore la réception des hôtes étaient discutées.

▪ Plus à gauche, dans le scriptorium-bibliothèque, les moines conservaient et recopiaient de nombreux manuscrits.

▪ Le rez-de-chaussée de l'aile sud était occupé par un long réfectoire, voûté en berceau brisé, et les cuisines.

▪ Le cloître était fermé par les celliers disposés au-dessus des réserves souterraines et facilement accessibles par la porte Ouest ouverte dans le mur d'enceinte.

▪ A partir de l'époque gothique, la galerie nord est enjambée par des arcs-boutants, pour conforter le mur de l'abbatiale.

▪ Au centre se dresse le puits, alors que dans l'angle sud-ouest un espace pavé circulaire signale l'emplacement de l'ancien lavabo. Avant de pénétrer dans le réfectoire, les moines devaient s'y laver le visage et les mains, une purification symbolique avant de recevoir la nourriture du corps et de l'esprit.

 

Cette construction n'est pas un donjon : c'était l'entrée principale de l'église, encadrée par deux clochers,

une élévation sévère, révélatrice de la vocation défensive originelle du site.

Construite à l'emplacement d'une forteresse des ducs d'Aquitaine, sur un pilot entouré d'un réseau de canaux,

que creusent les moines et qui en contrôlent l'accès,

l'abbaye bénéficie dès sa fondation d'un véritable système de défense.

 

 

Dès le XIV° siècle, l'insécurité grandissante due à la guerre de Cent Ans

impose à l'évêque Jean de Marçonnay et ses successeurs de compléter le système défensif.

 

Le portail principal de l'église est alors muré, protégé par un chemin de ronde sur mâchicoulis. On creuse à ses pieds un fossé et on greffe sur l'enceinte ouest du cloître une puissante tour de défense quadrangulaire avec chambre de tir, dont on distingue encore les vestiges.

 

La cathédrale ruinée par les prises alternées des protestants et des catholiques,

fournit alors les matériaux nécessaires à d'ultimes fortifications, comme ce mur.

 

 

 

Le cellier.

 

Par son rôle essentiel dans le stockage des aliments, le cellier occupe une position privilégiée.

Proche de la cuisine (disposée au sortir du grand escalier) ainsi que des silos

(percés dans l'aile ouest du cloître), il communiquait avec des pièces disparues ouvrant sur le marais,

probablement pour permettre un approvisionnement direct.

 

 

Dans les années 1570, dès les premières constructions de la cathédrale lors des guerres de religion,

le réfectoire des moines, qui surmonte le cellier, devient un temps l'église du monastère, jusqu'à l'abandon

définitif au milieu du XVII° siècle. Le petit escalier qui fait aujourd'hui le lien entre ce réfectoire

et le cellier a donc probablement été ajouté à cette époque.

 

La conservation des aliments, contenus et contenants.

 

Ce sont les frères convers ainsi que d'éventuels laïcs, qui travaillent dans les granges et celliers, sous l'autorité du cellérier, moine à qui incombe l'administration de l'abbaye. La nature des provisions conservées peut varier selon les abbayes. Toutefois, la prépondérance avérée de la vigne dans l'économie monastique fait souvent du cellier le principal lieu de conservation des tonneaux de vins. De même, l'omniprésence de l'agriculture impose l'entreposage de sacs de grains, parfois enfouis dans le sol.

 

Situé sous l'ancien réfectoire des moines, ce cellier, large sous-sol voûté en berceau brisé

demeure l'une des plus belles réserves alimentaires souterraines du site.

 

A Maillezais, les fouilles ont révélé un certain nombre de poteries liées à la conservation des denrées :  les pots, les vases, réserves, vinaigriers, pour la plupart reconnaissables à leur grande taille, laissent suggérer une volonté d'emmagasiner d'importantes quantités d'aliments sur une longue durée.

 

 

L'aile sud des convers longe le marais.

Elle abrite une cuisine carrée transformée en octogone par une hotte-cheminée centrale en pierre de taille.

A côté, le réfectoire éclairé, était chauffé par une cheminée

dont on aperçoit une partie du jambage entre deux fenêtres géminées.

 

Geoffroy de Lusignan.

 

Ces éléments de sculptures sont une création datant de 2000 et représenterait Geoffroy de Lusignan.

Ce personnage avait beaucoup de rancoeur vis à vis de l'abbaye : son frère Fromond s'était fait moine

à l'abbaye déjà très riche en emportant une bonne partie de l'héritage. Il pilla l'abbaye à plusieurs reprises,

allant jusqu'à tuer un certain nombre  de moines. Il fut excommunié par le Pape.

 

L'excommunication à cette époque équivalait à une vie de pestiféré et il dût se rendre à Rome pour demander pardon au Pape. Le Pape lui accorda à condition bien sûr qu'il réparât tout le mal qu'il avait fait. Ce qu'il fit à tel point après sa mort, on lui construisit un cénotaphe dans l'église même pour lui rendre hommage.

 

 

Quelques siècles plus tard, lorsque Rabelais, venu à Maillezais, vit ce cénotaphe au coeur de l'église, il fit de Geoffroy un des ancêtres de Gargantua et Pantagruel : on retrouve dans Pantagruel les liens de parentés : "Geoffroy de Lusignan, dit Geoffroy à grande dent, grand père du beau cousin de la soeur aînée de la tante du gendre de l'oncle de la bru de sa belle mère, était en leur terre à Maillezais".

 

La tête est la reproduction exacte d'une minuscule statuette retrouvée sur le site

lors de précédentes fouilles archéologiques.

 

Voilà pourquoi il a été imaginé de créer ces vestiges censés représenter ce qui aurait pu être

une statue géante d'au moins 15 mètres de haut

avec la véritable tête de Geoffroy, légèrement agrandie,  qui serait avec le temps tombée.

 

L'étroit sentier surélevé n'est autre que le vestige d'une digue : c'était l'accès médiéval à l'abbaye.

Communication privilégiée, entre l'abbaye et le Marais Poitevin,

s'est ici que se déroule au Moyen Age l'essentiel des échanges économiques.

 

La majorité des denrées et des matériaux arrive sur des bateaux au port de l'abbaye, puis par les canaux.

L'ensemble est débarqué face aux bâtiments de l'hôtellerie,

puis transféré dans les nombreux espaces de stockage du monastère.

 

Les murs en partie enterrés sont les témoins d'une époque florissante de l'abbaye. Adossés aux celliers et cuisines des moines mais disposés à l'extérieur de l'enclos monastique, ces bâtiments constituent, aux XIII° et XIV° siècles, des espaces de stockage et d'artisanat liés à l'activité de l'abbaye. En arrière plan, surgissent les vestiges de l'abbatiale et des bâtiments conventuels.

 

L'abbaye depuis l'entrée sud.

 

 

En haut du chemin, le bâtiment de droite est la buanderie, fournil au XIX° siècle.

Dans le fond de cette pièce du XIV° siècle, le four servait pour la cuisson du pain, la galette de Pâques,

les prunets (tartes aux prunes), et la cuisine du goret.

 

On utilisait deux pones (cuves) pour la lessive du linge. Le fond était tapissé de sacs de toile contenant de la cendre de bois, le linge posé par-dessus. On faisait chauffer de l'eau dans la poëlone, placée sur un foyer entre deux pones, les femmes la puisaient avec des récipients à long manche et arrosaient le linge, l'eau recoulait dans les poëlones grâce à des orifices creusés à la base des pones et on recommençait pendant toute une journée ces arrosages. Le linge était retiré des pones, rincé à la rivière ou dans des lavoirs, et étendu sur le pré pour sécher.

 

Vues aériennes avant 1970.

 

L'hôtellerie.

 

Au sud de l'abbaye, les bâtiments de l'hôtellerie et des convers, datent du XIV° siècle.

Ils entouraient un second cloître dont on ne voit aujourd'hui que les corbeaux de pierre soutenant,

à l'origine une charpente d'une toiture en appentis, comme sur le cloître des moines.

 

L'imposante façade sud des bâtiments de l'hôtellerie : une construction monumentale du XIV° siècle,

à l'image de cette abbaye bénédictine qui va dominer pendant un demi millénaire l'histoire du Bas-Poitou.

 

Le haut bâtiment de droite, coiffé d'un pignon triangulaire, témoin d'une toiture d'ardoises disparues, correspond probablement à l'hôtellerie de prestige. Au-dessus des étroites ouvertures d'une réserve voûtée appelée "cachot de Rabelais", les fenêtres rectangulaires du premier étage, sont celles du réfectoire des hôtes, les baies en arcs brisés du niveau supérieur ouvrant sur leur dortoir.

 

A gauche, l'aile parallèle au marais est sans doute celle des pèlerins. Des baies gothiques aux arcs brisés ouvrant sur leur réfectoire et leur cuisine. A l'étage, de petites ouvertures rectangulaires éclairent un dortoir.

 

L'accès actuel vers le marais n'est pas l'entrée d'origine :

autrefois se trouvaient des fenêtres basses, identiques à celles en place. Elle est ensuite agrandie d'une porte.

La communication vers l'extérieur devait plutôt s'effectuer par le fond de la salle :

la grande arcade, aujourd'hui murée, donnait vraisemblablement accès à la tour-porte ouverte sur les canaux.

 

L'importance d'une abbaye se révèle souvent par la taille de ses lieux de stockage. Les dimensions de cet espace reflètent la puissance des moines bénédictins, dont l'entrepôt des denrées alimentaires récoltées ou négociées impose de multiplier les celliers, caves, granges et silos.

 

Au rez-de-chaussée se trouve la cave à sel.

On y accédait directement depuis le marais par la porte aujourd'hui semi-enterrée

par deux ouvertures accolées surmontées d'un arc en plein cintre.

Ce vaste sous-sol voûté en berceau brisé joue également un rôle essentiel pour la partie sud de l'abbaye,

puisqu'il sert de soubassement aux bâtiments de l'hôtellerie.

 

Le commerce du sel au Moyen Age :

 

Le sel constitue au Moyen Age le seul et unique moyen de conservation des denrées

et principalement des viandes et poissons. Il est donc nécessaire pour la subsistance de la communauté.

 

L'exploitation et surtout l'importation du sel sont alors très importantes sur toute la côte atlantique. Sa valeur est telle que le duc d'Aquitaine et les seigneurs locaux cherchent à se doter de salines. Très vite, les abbayes, dont celle de Maillezais, acquièrent à leur tour salines, ports sauniers et droit sur le sel, essentiellement grâce aux dons.

 

(De gauche à droite), aile de l'hôtellerie (réfectoire et dortoir à l'étage),

Aile des convers (cuisine, réfectoire, cave à sel et à l'étage, le dortoir des convers).

 

Le réfectoire des convers.

 

Le réfectoire se situe au rez-de-chaussée de l'hôtellerie.

 

Les pierres sculptées présentées ont été retrouvées sur le site.

 

 

Ces pierres résument un demi-millénaire de création architecturale de l'abbaye.

Elles sont d'une exceptionnelle qualité de conservation et la majorité a été utilisée comme moellons

lors des agrandissements successifs, d'autres ont servi de matériaux de construction,

après la vente de la cathédrale comme carrière de pierre, dans les années 1800.

Elles étaient disposées, généralement à l'envers, les sculptures vers l'intérieur du mur.

 

Le réfectoire des voyageurs et des pèlerins.

 

Ce bâtiment est l'un des mieux conservés de l'abbaye : les bâtiments d'accueil des laïcs.

De la construction d'origine, édifiée à partir du XII° siècle,

il ne reste aujourd'hui que cet édifice en forme d'équerre.

 

A l'image de celui des moines aujourd'hui disparu, ce réfectoire se présente sous la forme d'une salle

rectangulaire suffisamment grande pour accueillir les pèlerins de passage à l'abbaye.

Autrefois chauffée, elle était largement éclairée et débouchait probablement sur une cour fermée.

 

Les moines bénédictins, fidèles à la Règle de Saint Benoît, ont toujours accordé une place importante à l'accueil des hôtes et des pèlerins. Chaque visiteur qui se présentait à la porterie de l'abbaye était dirigé dans les bâtiments lui correspondant :

▪ l'hôtellerie pour les seigneurs et hôtes de marque,

▪ Une hôtellerie plus modeste pour les pèlerins,

▪ Quant aux pauvres venant demander le secours de la communauté, ils étaient aussitôt pris en charge par l'aumônier.

Ainsi, invités privilégiés, voyageurs et nécessiteux ne se croisaient pas et chacun était accueilli à la hauteur de son rang.

 

Pierres tombales des XIV°-XVI° siècles de prieurs, aumôniers, prévôts et pitancier.

Un escalier y descend vers un sous-sol voûté à deux nefs, dit "cachot de Rabelais".

 

Les vestiges bastionnés

 

Ces vestiges racontent un épisode méconnu de l'abbaye : les guerres de religion.

L'abbaye pillée et ruinée dès 1562 devient l'objet d'une lutte acharnée entre catholiques et protestants.

 

En 1588, l'ancien monastère tombe aux mains des huguenots, après une première tentative l'année précédente. A la tête des troupes, à la demande d'Henri IV, Agrippa d'Aubigné s'empare de la place pour y devenir gouverneur et y maintenir une garnison. Pendant 30 années, le célèbre chef militaire et homme de lettre poursuit la fortification de l'évêché entamée dès la guerre de Cent Ans.

 

La tour de l'ancienne forteresse des ducs d'Aquitaine, et l'ancien palais épiscopal.

Dans l'angle nord-est de l'abbaye, Agrippa d'Aubigné met en place son oeuvre majeure.

S'installant dans l'ancien palais épiscopal (aujourd'hui propriété privée),

il l'entoure d'une enceinte bastionnée.

 

Sauvée in extremis au XIX° siècle par des érudits, l'abbaye est depuis 1996,

la propriété du département de la Vendée, qui en poursuit la restauration et la mise en valeur.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

https://www.inrap.fr/

Panneaux explicatifs présentés sur le site

Brochure "Guide de visite, Abbaye de Maillezais, 28 pages

édité par les Services culturels du Patrimoine de Vendée, 2017

Dictionnaire des églises de France, "Poitou, Saintonge, Angoumois"

Volume IIIc, Editions Robezrt Laffont, 1967

C.P.A. collection privée en prêt

Visite et photos, Chantal Guyon, le 27 avril 2018

 

 

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