NIEUL-SUR-L'AUTISE  (Vendée)
Arrondissement de Fontenay-le-Comte - Canton de Fontenay-le-Comte.
Région Pays de la Loire.
 Population : 1.293 Nieutilais en 2015.

 

D'une superficie de 2.274 hectares, et d'une altitude de 6 à 58 mètres,

le village est traversé par la rivière la Jeune Autise.

(La Jeune Autise est le bras ouest de l'Autise, et elle possède la plus petite écluse de France).

 

Etymologie : ce toponyme est composé en deux parties, d'origine gauloise : novio- "nouveau"

et -ialo "clairière", mais plus tard -ialo prend aussi le sens d'habitation, village.

 

Vue aérienne, avant 1970 - La rivière jeune Autise, au moulin.

 

L'aumônerie de l'abbaye  fut transformée en 1811 en logis Directoire. Dans la cour,

un chai était utilisé par un négociant en vins au siècle dernier.

 

Le crépis différent des douze maisons de l'abbaye contigües de la place de l'Abbaye

rappellent leur séparation d'avant 1990. L'abbaye occupait une grande partie du centre du village.

 

 

Abbaye Royale Augustine Saint Vincent

 

 

Les origines de l'abbaye remontent à 1068, date à laquelle elle fut fondée sur la rive gauche de l'Autise,
par Ayraud Gassedenier, seigneur de Vouvant,
et a bénéficié de la protection des comtes du Poitou et ducs d'Aquitaine.
Aliénor, qui serait née à Nieul en 1122, lui accorda le statut d'Abbaye Royale alors qu'elle était Reine de France.
Au XII° siècle, elle est peuplée de chanoines réguliers de Saint Augustin.

 

Le logis abbatial fut construit en 1582 pour y loger les moines après les destructions des guerres de religion.

Son cadran solaire souligne que "la vie parait courte pour les riches, mais longue pour les pauvres".

 

 

Le jardin situé face au bâtiment d'accueil.

 

Les bâtiments conventuels.

 

Les bâtiments s'ordonnent au sud de l'abbatiale autour du seul cloître qui subsiste en Poitou.

 

Une passerelle extérieure, dissimulée derrière la façade neuve du porche d'entrée

et enjambant l'aile ouest disparue, donne accès à l'abbaye.

 

Au 1° étage, le thème abordé est celui de la musique et de sa représentation sculptée au XII° siècle :

restitution et présentation d'un instrumentarium roman.

 

Sept instruments de musique médiévaux jouent dans les galeries hautes

et s'éclairent à l'approche du visiteur.

 

Le cor, reconstitution d'après une sculpture de l'église de Vouvant, en corne de vache et cuivre.

 

Objet mythique de Roland à Roncevaux, le cor est au Moyen Age, l'instrument d'appel des bergers et chasseurs, mais aussi celui des guetteurs, par temps de guerre. Souvent présent dans l'iconographie des églises, il est alors fréquemment associé aux jongleurs et danseurs, dans une symbolique terrible, conçue pour effrayer : le souffle du diable.

 

La cornemuse, restitution d'après une sculpture de l'église de Vouvant, en bois de poirier et peau de chèvre.

 

Connue dès l'Antiquité, la cornemuse est sans doute née de l'imagination des bergers, associant leur traditionnel tuyau sonore à un réservoir d'air en peau, pour pouvoir jouer en continu. Réapparaissant dans l'iconographie occidentale au XII° siècle, l'instrument retrouve alors sa place aussi bien dans des représentations religieuses que dans des scènes grotesques, sonné alors le plus souvent par des animaux.

 

Harpe Psaltérion - Alboca et Vièle à archet.

 

▪ Harpe Psaltérion, restitution d'après un chapiteau de l'église de Chaize-le-Vicomte, en tilleul, peuplier, érable et boyaux : cet instrument mystérieux a disparu. Souvent présent dans la sculpture des XI° et XIII° siècles, il reprenait la caisse de résonance du psaltérion et son principe de cordes pincées, mais le joueur tenait l'instrument comme une harpe, et celui du psaltérion le prenait à plat, sur les genoux. Ici, la double rangée de chevilles correspond en effet à deux plans de cordes, jouées simultanément de part et d'autre de la caisse.

 

▪ Vièle à archet, restitution d'après un claveau de portail de l'église de Foussais, en tilleul, sapin, prunier, buis et boyaux : le Ravanastron indou, il y a 5 millénaire, et le rebab perse, à partir de 800 avant notre ère, sont sans doute parmi les ancêtres de la vièle, nom générique adopté par tous les instruments médiévaux à cordes frottées. Dès le XII° siècle, plusieurs formes cohabitent : celle piriforme adoptée à Foussais annonce le rebec. Avec ses 5 cordes dont l'une est décalée, le bourdon, l'instrument se jouait à l'aide de l'archet, mis au point en Europe peu après l'an mille.

 

▪ Alboca, restitution d'après un claveau de portail de l'église de Foussais, en aulne, buis et corne : avec ses deux tuyaux mélodiques terminés par des cornes et supportés par un berceau semi-circulaire, cet instrument évoque l'alboca, toujours en usage au Pays Basque. Comme souvent pour les instruments à vent, le sculpteur de Foussais l'associe à des scènes de jonglerie, pour opposer la musique du démon à celle des anges.

 

La harpe, restitution d'après un modillon du XII° siècle,

du chevet de l'église de Maillezais, en saule, érable, buis et boyaux

 

Connue en Mésopotamie et en Egypte dès le 3° millénaire avant Jésus Christ, mentionnée dans l'Ancien Testament, la harpe reste, au Moyen Age, un instrument privilégié. Attribut emblématique du roi musicien David, elle symbolise le plus souvent la musique céleste, par opposition à la harpe psaltérion, plus fréquemment associée à des métaphores du mal.

 

Vièle à archet, restitution d'après un modillon du XII° siècle du chevet de l'église de Maillezais,

en tilleul, sapin, prunier, buis et boyaux.

 

Appuyée sur la poitrine du joueur ou posée sur la clavicule, la vièle à archet est l'instrument de musique le plus présent dans l'iconographie médiévale. Souvent associée à la musique du Ciel, elle demeure aussi la compagne privilégiée des jongleurs et des danseurs, dans les allégories du difficile parcours de l'Homme aspirant au Salut.

 

 

 

Ces étroits couloirs mènent au volume plus vaste de l'ancien dortoir des chanoines.

 

 

Le second thème présente : la sculpture romane bas-poitevine à thème religieux,

illustrée par des moulages du cycle de la Genèse.

 

Présentation détaillée des sculptures du portail de l'église abbatiale.

 

Le cloître.

 

Les processions entre le cloître et l'église scandent chaque jour la vie des chanoines :

silence et prière sont de rigueur pendant ces lents déplacements.

 

Adossé au mur sud de l'église, le cloître roman du XII° siècle, est de plan carré.

Il se compose de cinq travées d'arcades trapues,

séparées par des colonnes géminées englobant le niveau supérieur.

 

Les galeries voûtées d'arêtes sont faites d'arcades en arc brisé portées par des piliers flanqués

de colonnes couplées à chapiteaux sobres, conformément à la règle d'austérité des abbayes augustiniennes.

 

On pénétrait dans le cloître par une porte ornée de peltes dont les chapiteaux à centaures-sagittaires

et à monstres troublent à peine le parti de sévérité adopté pour l'ensemble.

Photo de droite, le lavabo réaménagé à l'époque gothique jouxte la porte du réfectoire,

aux chapiteaux ornés de centaures et d'oiseaux identiques à ceux de la façade de l'abbatiale.

 

 

 

Sous l'aile nord accolée à l'église et dans la galerie est,

subsistent des enfeus gothiques et des vestiges d'une statuaire de l'église.

 

Au centre du jardin, le puits circulaire

était relié à une citerne destinée à recevoir les eaux s'écoulant des toitures.

 

A l'étage se trouve un étroit couloir desservant les dortoirs des chanoines (aile est) et des hôtes (aile ouest).

Il n'occupe que trois côtés du cloître (une terrasse lui correspond au nord sous les arcs-boutants)

et a été très fortement remanié.

 

La salle capitulaire.

 

La salle capitulaire ouvre sur la galerie orientale par cinq baies.

 

C'est un grand vaisseau dont la voûte en berceau du milieu du XVII° siècle est l'oeuvre de l'abbé Pierre-Brisson.

Quelques vestiges indiquent que cette salle était entièrement peinte, tout comme l'ensemble de l'abbaye.

 

Les armoiries de l'abbé Brisson sont surmontées par la date de 1646 sur la voûte.

A l'origine, elle comportait deux nefs à trois travées : les deux bases des piliers centraux sont encore en place

et les traces des voûtes marquent toujours les murs.

 

La chapelle voûtée des Chabod.

 

 

Cette chapelle a probablement été aménagée à l'emplacement d'une partie du chauffoir.

Au centre, pierre tombale de l'abbé Hugues de Faye (1304-1319).

 

Le cellier.

 

 

Situés à l'aile ouest du cloître, en sous-sol, les celliers constituaient les principaux lieux de stockage

des aliments monastiques et seul le chanoine cellérier en avait la clé.

 

Les celliers de l'abbaye de Nieul ont été transformés en caves au XIX° siècle, par la famille Sabouraud alors propriétaire des lieux. Les ouvertures dans les murs de la galerie ouest du cloître, qui ressemblent à des meurtrières, constituent les aérations de ces anciens celliers transformés.

 

Le réfectoire.

 

 

Tous les chanoines couchent dans le dortoir commun. Seuls, le chapelain, à cause de sa charge paroissiale,

et le chambrier disposent d'une chambre particulière accordée par l'abbé.

 

A partir du XV° siècle, la volonté papale s'affirme progressivement : elle influe alors directement sur les nominations, parfois même pour un simple chanoine, comme Regnaud de Meules, choisi en 1465 par le pape Paul II lui-même. Dans la deuxième moitié du XVI° siècle, ces nominations mettent à la tête de l'abbaye une famille renommée : les Plessis de Richelieu. René est nommé abbé en 1564, Jacques, l'oncle du futur évêque de Luçon, lui succède en 1580.

 

Le dortoir.

 

Le dortoir et l'église Saint Vincent.

Situé au-dessus de la salle capitulaire, le dortoir était couvert par une voûte en berceau brisé,

dont les arrachements apparaissent aux deux extrémités de la pièce.

 

Cinq étroites fenêtres en plein cintre dégagées sous le niveau de sol lors des travaux de restauration, l'éclairaient primitivement du côté est. Elles étaient bordées de coussièges, ces banquettes de pierre aménagées dans l'épaisseur du mur. A l'opposé, une porte communiquait avec les galeries hautes du cloître.

 

Les guerres de Religion sont à l'origine du volume actuel. En 1646, en reconstruisant dans la salle capitulaire une voûte plus haute que celle détruite pendant les combats, l'abbé Pierre Brisson hausse le sol du dortoir de près de deux mètres. Les ouvertures romanes disparaissent : on ouvre des fenêtres rectangulaires et on remplace la voûte en pierre médiévale par une charpente à faible pente, au profil assez proche de celle encore en place.

 

L'église abbatiale Saint Vincent.

 

La puissance de l'abbaye s'affirme au début du XIII° siècle avec l'abbé Pierre II, qui s'unit avec les religieux

de Maillezais, l'Absie, Saint Maixent et Saint Michel-en-l'Herm pour drainer et assécher

l'insalubre golfe des Pictons et le conquérir sur la mer. Le marais poitevin est né.

 

Chevet de l'église abbatiale.

 

 

Au second niveau, la façade se démarque par sa mosaïque de pierres géométriques qui rappellent un filet de pêche ou des écailles de poissons. Il s'agit là d'une empreinte orientale, que l'on doit au passage des Maures dans la contrée au début du Moyen Age.

 

Les chapiteaux de la fenêtre centrale représentent à gauche des chats, symboles de la nuit, et des basilics symboles du mal, tandis qu'à droite, la lutte de l’homme avec la bête et le combat de l’aigle avec le lion font rage. La puissance céleste affronte la puissance terrestre.

La fenêtre centrale est entourée de deux autres fenêtres comportant des chapiteaux qui mettent en scène la floraison et des singes empêtrés dans des lianes.

En hauteur, l'église ne comportait au départ qu'un simple fronton triangulaire. Puis, au XIV° siècle, on a ajouté au clocher deux grandes flèches gothiques. Endommagé pendant les Guerres de Religion, le clocher de l'abbatiale ne sera reconstruit qu'au XIX° siècle. Aujourd'hui, deux clochetons l’entourent : c'est ici que l'on trouve l'escalier menant au clocher et l’horloge, qui date de 1870.

 

En dépit des transformations de son couronnement au XIX° siècle,

la façade présente les caractéristiques du roman Poitevin. Au premier niveau de la façade,

on découvre trois portails, dont deux sont aveugles, particularité des églises du Bas-Poitou.

 

 

 

Le portail central, entrée principal de l'église abbatiale, comporte quatre voussures,

arcs cintrés qui font de l’église de Nieul une église de moyenne importance.
Elles reposent sur des chapiteaux qui nous présentent de manière imagée les 7 pêchés capitaux

et permettaient aux villageois du Moyen Age, souvent illettrés,

de connaître les scènes de la Bible et de différencier le bien du mal.

 

La nef, début du XII° siècle.

L'inclinaison des piliers s'explique par un tassement des voûtes et l'effondrement du mur nord au XVIII° siècle.

Le berceau en plein cintre de la nef est englobé sous la même toiture que les berceaux brisés des collatéraux.

L'éclairage ne vient donc que par les baies des bas-côtés dont l'appui est appareillé de petits gradins.

 

Chapelle des fonts baptismaux et chaire à prêcher du XIX° siècle.

 

Escalier d'accès à la tour clocher.

A partir des piliers ouest du carré du transept à noyau circulaire flanqué de quatre colonnes engagées,

se développe la nef romane à colatéraux longue de sept travées.

 

Depuis le portail occidental, vue sur le choeur.

 

Les chapiteaux offrent des griffons, des centaures-sagittaires ou des oiseaux montés sur de grandes feuilles.

 

La coupole sur trompe couvre la croisée du transept.

 

Chapelle avec vitrail dédié à Saint Vincent.

 

De la première église de la fin du XI° siècle ne subsiste, à l'intérieur,

que le croisillon sud du transept, adossée au choeur en hémicycle du XIX° siècle.

 

Dans sa période la plus florissante, aux XII° et XIII° siècles, l'abbaye compte une vingtaine de chanoines. Pourtant, après les guerres de Religion, en 1617, il ne s'y trouve plus que cinq religieux résidants : le prieur, le chambrier, le sacristain, l'aumônier et un novice.

 

Les chanoines et leur abbé tirent l'essentiel de leurs revenus de la mense, un ensemble de terre et de marais offerts à l'abbaye, qu'ils possèdent en commun et dont ils conservent les droits féodaux : les habitants de Nieul ont ainsi l'obligation de faire cuire leur pain dans le four de la seigneurie de La Motte, propriété des chanoines.

 

La maison d'Aliénor.

 

La maison d'Aliénor et l'église saint Vincent.

 

Cette vaste demeure est de style Empire.

 

Le grand hall d'entrée.

 

Au centre de la salle Aliénor, une maquette au XII° siècle dévoile les espaces intérieurs de l'abbaye.

Les technologies entraînent les visiteurs dans une visite virtuelle, en remontant le temps,

en prenant place dans une des cinq chaires.

 

Dans la salle Mérimée, la monumentale bibliothèque.

 

 

L'ancienne orangerie et les jardins.

 

Les guerres de Religion ont mis à mal l'ensemble des bâtiments relevés dans la première moitié du XVII° siècle par l'abbé Pierre Brisson qui, à nouveau, fait prospérer la maison des chanoines. Mais la nomination de l'abbé Balthasar de la Vrillière, en 1698, marque la fin de l'abbaye. Elle est sécularisée, puis transférée en 1718 à La Rochelle. Admirée en 1840 par Prosper Mérimée, l'abbaye est classée Monument Historique en 1862. Elle devient en 1968 propriété du département de la Vendée qui en a réalisé la restauration et la mise en valeur.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

http://www.nieul-sur-lautise.fr/
http://www.sitesculturels.vendee.fr/
Brochure de 16 pages "guide de visite",

Patrimoine & archéologie, Conseil Général de Vendée

Dictionnaire des églises de France, "Poitou, Saintonge, Angoumois"

Volume IIIc, Editions Robezrt Laffont, 1967

Panneaux explicatifs présentés sur le site

C.P.A. collection privée en prêt

Visite et photos, Chantal Guyon, le 27 avril 2018

 

 

Chantony - Patrimoine et Histoire  
50660 - Lingreville