LIGUGÉ   (Vienne)
Arrondissement de Poitiers - Canton de Poitiers.
Région Nouvelle Aquitaine.
 Population : 3.265 Ligugéens en 2014.

 

D'une superficie de 2.277 hectares, et d'une altitude de 72 à 149 mètres,

la ville s'étage sur la rive gauche de la rivière le Clain.

 

Vue aérienne avant 1970.

Les lotissements pavillonnaires récents forment les parties hautes

et témoignent de son intégration progressive dans l'agglomération poitevine.

 

 

Abbaye bénédictine Saint Martin

 

 

Le renom de Ligugé tient à la présence de cette abbaye bénédictine d'hommes toujours vivante,

héritière de la fondation faite au IV° siècle par Saint Martin.

 

C'est sur ce site cultuel gallo-romain, que Saint Martin construisit une cabane. Puis, autour de lui, de nombreux disciples se rassemblèrent, logeant dans de petites huttes et dans des grottes que l’on peut encore voir. Ligugé devint ainsi le premier monastère d’Occident.

 

Avant 1970, l'église abbatiale, les bâtiments conventuels et le cloître.

C'est le plus ancien établissement monastique d'occident encore en activité,

même si les bâtiments conventuels sont d'époques récentes.

 

L'ancienne église abbatiale et prieurale Saint Martin, du XVI° siècle.

 

Disciple de Saint Hilaire de Poitiers, Saint Martin reçoit de celui-ci le domaine de Ligugé, en 361.

L'histoire de Ligugé s'étend sur seize siècles et s'inscrit dans les époques successives de l'histoire du pays

et ressent les contrecoups des évènements nationaux.

 

Vers 400, peu après la mort de Saint Martin, un vaste demi-cercle de 32 m de diamètre,

près de la cellule de Saint Martin : cette exèdre révèle le culte local à Saint Martin sur les lieux de sa retraite.

 

Depuis la Seconde Guerre mondiale, des campagnes de fouilles, dont l’interprétation reste discutée, ont mis au jour un édifice à nef unique et à abside semi-circulaire. Situé au-dessous du sol romain, dans un ancien silo semble-t-il, il pourrait correspondre aux premières implantations, de même qu’un édifice à l’est dont l’entrée, dégagée, était ornée de colonnes de remploi ; il fut parfois considéré comme un baptistère, sans preuves décisives. À l’ouest de l’ensemble un édifice de plan cruciforme a été découvert, peut-être un martyrium à mettre en rapport avec un miracle de saint Martin, une résurrection mentionnée par Grégoire de Tours. On lui ajouta à l'ouest une nef de trois vaisseaux et à l'est un grand chevet cruciforme avec un carré central accosté d'annexes latérales, pourvues chacune d'une absidiole orientée. Une crypte rectangulaire, évidée de trois niches dans le mur oriental, a été mise au jour. La datation de ces remaniements, carolingiens ou romains, est encore controversée. Plusieurs éléments de décor et de mobilier ont été retrouvés. Enfin, à quelque distance de là, les vestiges d’un habitat qui pourraient appartenir aux bâtiments monastiques primitifs.

 

L'église de style gothique fait 24 mètres de long sur 9 de large, et la voûte culmine à 14 mètres.

Sur la façade de l'église sont scellés les couvercles de sarcophages mérovingiens de moines des V° et VI° siècles.

Le clocher était surmonté par un dôme de pierre de 3 m de hauteur,

lequel fut remplacé au XIX° siècle par la galerie et la flèche actuelles.

 

Saint Martin quitte l'abbaye pour Tours, dont il devient évêque en 370. L'abbaye est abandonnée au V° siècle, à cause des persécutions des Wisigoths, qui cessent après la victoire de Clovis sur les Wisigoths en 507. L'abbé Ursinus rédige l'hagiographie de saint Léger vers 684, à la demande de l'abbé de Saint-Maixent, qui en avait reçu les reliques. À cette époque, le monastère avait le privilège de battre monnaie, dont le sou d'or.

Il disparaît encore au VIII° siècle, ne figure pas dans la liste des monastères dressée par Louis le Débonnaire en 817, mais est ravagé par les Normands en 865, avant d'être restauré par la comtesse de Poitiers, Adèle, fille de Rollon de Normandie et mère de Guillaume Tête d'Étoupe. La règle bénédictine est alors adoptée, et l'abbaye dépend de celle de Saint-Cyprien, à Poitiers.

 

Le portail et le clocher sont caractéristiques du style gothique flamboyant, du XVI° siècle.

Sur la porte de bois sculpté, Saint-Martin donnant la moitié de son manteau au pauvre d'Amiens.

Au-dessus du linteau de pierre, une statue moderne de Saint-Martin, évêque.

 

Au Moyen Âge, Aumode, autre comtesse du Poitou,  fait restaurer l'abbaye vers l'an 1000. Son tombeau est dans la crypte de l'église. Encore au XI° siècle, l'abbaye est relevée par Theudelin, moine de l'abbaye de Maillezais. L'abbaye de Ligugé devient un prieuré de cette abbaye clunisienne. Elle héberge en 1096 le pape Urbain II venu prêcher la Croisade. En 1268, le comte apanagiste de Poitiers Alphonse concède au prieur le droit de haute et basse justice. En 1307 Clément V s'en sert comme résidence champêtre, au moment du procès des Templiers, ouvert à Poitiers.

 

 

L'abbaye est à nouveau détruite pendant la guerre de Cent Ans, après la bataille de Poitiers, en 1359, par les paysans des environs qui craignent de la voir tomber aux mains des Anglais, puis à nouveau par les Anglais, la même année. La reconstruction commence seulement en 1479.

 

La nef, couverte par une voûte à nervures  est du XVI° siècle.

 

A la Renaissance et aux temps modernes, C'est Geoffroy III d'Estissac, doyen (qui percevait la commende en tant que séculier) nommé par l'évêque de Maillezais San Severino, qui achève la reconstruction après 1504. L'église paroissiale et le cloître datent de cette époque.

 

L'orgue date de 1880, et il a été restauré en 1983.

La tribune date de 1893, aux sculptures dites "gothique à petits plis".

 

Au début du XVI° siècle, Rabelais y fait une partie de ses études. L'abbaye est détruite à nouveau lors des guerres de religion (années 1560), et est attribuée à de multiples prieurs commendataires simultanément, les uns nommés par le pape (collatio), les autres par le roi (indult). Finalement, c'est Gaspard le Franc, nommé par le roi, qui abandonne Ligugé aux Jésuites de Poitiers par un acte daté de 1606, acte qui prend effet de sa mort survenue en 1611 jusqu'à 1763 et la suppression de leur ordre par le Parlement de Paris.

 

Depuis le portail occidental, vue sur le choeur.

Une crypte est placée sous la première travée de l'église actuelle.
Elle occupe la place de la cave romaine où Saint Martin édifia sa basilique

dont on a retrouvé l'abside dans l'arrière-crypte et l'escalier d'accès.

 

Dans la petite crypte à trois nefs aménagées au VII° siècle, précédée d'un couloir transversal, on a placé le couvercle d'un sarcophage d'un jeune Wisigoth de 10-12 ans nommé Ariomères, daté du V° siècle et une pierre gravée concernant l'abbé Ursinus et qui date du VII° siècle.

 

Le transept nord.

 

Statues : Saint Joseph et l'enfant Jésus - Vierge à l'enfant.

 

Le transept sud, vue intérieure et la voûte.

La chapelle latérale nord fut édifiée au XVI° siècle, ses voûtes étaient ornées de pendentifs

maintenant disparus mais dont on retrouve les répliques dans la chapelle latérale sud construite en 1859.

L'intérieur de l'église était primitivement composé de trois travées terminées à l'est par un chevet plat

orné d'une grande verrière qui fut détruite en 1856 lors de la construction du choeur.

 

 

L'abside date du XIX° siècle.

 

Dans l'église, les vitraux historiés datent de 1856.

Le vitrail sud rappelle six épisodes célèbres de la vie de Saint-Martin.

 

La plupart des vitraux sont du XIX° siècle, réalisés dans les ateliers de Lucien Lobin, maître verrier à Tours.

Les vitraux ont été sérieusement endommagés pendant la dernière guerre

du fait des bombardements de la voie ferrée voisine, le 19 juin 1940, par l'aviation italienne.

 

Les bâtiments conventuels.

 

Au XIV° siècle, la basilique et les bâtiments conventuels furent jetés bas par les Anglais,

les moines furent dispersés et les biens vendus.

 

C’est d’Estissac qui a construit l’église actuelle et certaines parties du cloître. Ce d’Estissac était un grand seigneur, très généreux et très lettré, et parmi les nombreux amis qu’il recevait, figure Rabelais qui logeait dans une tour que l’on voit encore près de la porterie et à laquelle il a prêté son nom.

 

La tour Rabelais.

 

L’évêque de Maillezais parvint néanmoins à rentrer en possession des décombres, qu’il restaura tant bien que mal; à ce moment, la vie religieuse était presque éteinte à Ligugé. Pour l’achever, l’abbaye tomba en commende; mais, plus heureuse que d’autres, elle finit par trouver, en 1504, un abbé commendataire, Geoffroi d’Estissac, qui la releva des ses ruines.

 

Abbatiale Saint Martin, bâtiments conventuels, et la tour de la bibliothèque, avant 1970

 

En novembre 1607, Ligugé devint la propriété des pères jésuites. Ils y édifièrent un corps de logis (aujourd’hui l’aile méridionale du monastère), et ils occupèrent l’immeuble jusqu’en 1763, époque à laquelle leur compagnie fut supprimée. Enfin la Révolution vendit le couvent et les terres, transmua le sanctuaire en une salle d’assemblée communale; mais il fut réconcilié après le Concordat et rendu au culte.

 

Le hall d'accueil.

 

 

Vue sur le bâtiment d'accueil, depuis la cour intérieure.

 

 

 

L’abbaye, elle, était morte, et il a fallu attendre jusqu’en 1853 pour qu’elle revînt, telle que le catéchumène, à la vie. Ce fut à cette époque que l’évêque de Poitiers, Mgr Pie, de glorieuse mémoire, accomplit ce miracle avec l’aide d’une famille dont le nom n’a pas été sans faire un certain bruit dans les tristes annales de notre temps, la famille des du Paty de Clam. Il appela une petite colonie de Solesmes, et cette colonie prospéra et devint, de prieuré qu’elle était, en 1863, une abbaye. Elle est aujourd’hui l’une des plus importantes maisons bénédictines de France.

 

Entrée de la tour de l'hôtellerie avant 1970 et en 2017.

 

L'hôtellerie de l'abbaye accueille les personnes seules, en couple ou en groupe pour chercher le calme et la prière en partageant une partie de la vie des moines. Chaque année, l'hôtellerie accueille environ 4000 personnes, d'horizons très divers. Les hôtes sont invités aux offices de prière et peuvent demander à rencontrer un moine.

 

Le cloître.

 

L'église claustrale, le cloître et les bâtiments conventuels, et l'église abbatiale Saint Martin.

 

Le jardin du cloître vu de la tour de la bibliothèque.

 

Le dallage émaillé du cloître. "Pax" est la devise bénédictine.

Au monastère de Ligugé, en 1945, création d'un atelier d'émaillage qui travaille sur des maquettes de

"Georges Rouault, Georges Braque, Alfred Manessier, Marc Chagall, Edouard Goerg,

Jean Marchand, Jacques Villon, Léon Zack".

 

La tour-bibliothèque

 

La salle du chapitre du XII° siècle, avant 1950 et 1970 - La sacristie.

 

Le réfectoire avant 1950 - La salle de la Communauté, avant 1970.

 

L'église claustrale, du XX° siècle.

 

Vue aérienne et entrée de l'église avant 1950 - L'église claustrale en 2017.

Construite en 1928, on accède à la chapelle par le hall. Elle a été remaniée en 1980 et rénovée en l'an 2000.

 

En 1901, les moines expulsés à la suite des lois Anti-congréganistes se réfugient en Belgique, à Chevetogne. En 1923 de retour d'exil, les moines reprennent la vie monastique à Ligugé et construisent l'église Claustrale dont la dédicace est célébrée le 12 Octobre 1929. En 1924, Dom Moreau fonde la "Ligue des Droits du Religieux Ancien Combattant (D.R.A.C.). De 1906 à 1990, 4 abbés se succèdent : Dom Gaugain, Dom Basset, Dom Le Maître et Dom Miquel.

 

Dans l'église claustrale, des offices sont célébrés au rythme lent des chants grégoriens.

 

Le choeur et le ciborium avant 1950 - Le choeur et l'autel, avant 1970.

 

La chapelle du Catéchumène,

du XIII° siècle, et remaniée au XIX° siècle.

 

La chapelle est ainsi nommée en raison du premier miracle accompli par saint Martin.

C’est à cet endroit que le saint homme ressuscita un catéchumène qui était venu se joindre aux novices.

 

Au cœur du village, au bout d'un passage longeant le mur nord de l'église paroissiale Saint-Martin,

se trouve la chapelle du Catéchumène.

L'autel, quelques ex-voto en l'honneur de saint Martin, et un vitrail contemporain de style moderne

représentant de manière étrange la résurrection du catéchumène par le saint moine Martin.

 

Les Moines du Monastère de Ligugé sont environ une quarantaine, et les Oblats et Oblates, "laïques agrégés à un monastère, sans prononciation de voeux" qui suivent la règle de St Benoît sont environ 120. Ils ont choisi de vivre à l'Abbaye selon la Règle édictée par St Benoît au VI° siècle. Comme dans tout Monastère Bénédictin, la vie de la communauté est rythmée par des temps de Prière, des Heures de Travail, des moments de Vie Fraternelle.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

  http://monumentshistoriques.free.fr/

Livret "Abbaye St Martin de Ligugé", 28 pages, M.G. Edition, Propriété Abbaye

Dictionnaire des églises de France, Poitou, Saintonge, Angoumois

Editions Robert Laffont, 1967

Photos intérieures bâtiments conventuels, faites à partir de C.P.A.

(Salles fermées à la visite lors de mon passage)

C.P.A. collection privée en prêt

Visite et photos, Chantal Guyon, le 23 mai 2017

 

 

Chantony - Patrimoine et Histoire  
50660 - Lingreville