ASNIERES-SUR-OISE   (Val d'Oise)
Arrondissement de Sarcelles - Canton de l'Isle-Adam
Région Île-de-France
 Population : 2.620 Asniérois en 2014.

 

D'une superficie de 1.407 hectares, et d'une altitude de 22 à 208 mètres,

la ville est située à la limite du département de l'Oise,

près de la rive gauche de la rivière l'Oise.

Etymologie : le nom du village vient du latin Asinarium, haras d'ânes.

 

Vue aérienne de la ville et de l'église Saint Rémi du XIII° siècle, avant 1970.


Cette petite ville rurale est construite autour de l'Abbaye Royale de Royaumont, l'entité "Asnières - Royaumont - Baillon" et située au carrefour de la vallée de l'Oise et de l'Ysieux. Flanquée des forêts de Chantilly et de Carnelle en Île de France, elle fait partie du Parc Naturel Régional Oise Pays de France.

 

 

Ancienne abbaye royale cistercienne de Royaumont

 

 

C'est Saint Louis qui, en 1229, fonda près de son château d'Asnières-sur-Oise, l'abbaye de Royaumont

(mons regalis), qui fut placée sous la dépendance directe de Cîteaux.

Le pieux roi y fit de nombreux séjours, relatés par Joinville.

 

Portail d'entrée de l'abbaye.

 

Après le Concordat de 1516, l'abbaye reçut des abbés commendataires : Mazarin, des princes de Lorraine, et enfin l'abbé de Ballivières, aumônier de Louis XVI qui s'y fit construire un palais abbatial. En 1791, l'abbaye fut mise en vente et l'église démolie par son nouveau propriétaire. Les reliques et les oeuvres d'art furent dispersées.

 

Vue aérienne avant 1970 - Plan de l'abbaye au XIII° siècle.

(1) Eglise abbatiale - (2) Oratoire - (3) Sacristie - (4, 5 et 6), Bâtiments des moines, et à l'étage le dortoir,

(4) Salle du chapitre - (5) Passage, couloir -  (6) salle des Moines - (7) Canal des latrines,

(8), Bâtiment des latrines - (9) Chauffoir -(10) Fontaine du cloître - (11) Cloître - (12) Réfectoire des moines,

(13) Cuisines - (14) Ruelle des Convers - (15, 16 et 17) Bâtiments des convers,

comportant à l'étage le dortoir - (15) Cellier - (16) Passage - (17) Réfectoire des convers.

Emplacement approximatif des bâtiments disparus :

(A) Infirmerie - (B) Bâtiment des Novices - (C) Dépense du cellérier.

 

Mise en vente en 1791, l'abbaye est rachetée par le marquis Jean-Joseph Bourguet de Guilhem de Travanet, qui y installe une filature de coton. L'abbaye fut occupée en 1864 par des oblats, qui furent expulsées en 1905, puis en 1870, par des religieuses de la Sainte famille, expulsées également en 1905. En 1915, elle est vendue à un industriel venu de Belgique, Joseph van der Mersch. Ses successeurs installeront dans le réfectoire un atelier d'impression de petits châles et l'usine fermera ses portes.  L'abbaye passa ensuite en plusieurs mains, avant celles de M. Henry Goüin, le propriétaire actuel, qui, en 1917, y fonda un centre culturel.

 

L'ancienne église abbatiale.

 

En forme de croix latine longue de 105 mètres, l'église mesurait 28 m de haut sous les voûtes à la nef.

Cette dernière avait 12,20 mètres de large.

Une haie taillée, à l'emplacement approximatif des murs, permet de se représenter les dimensions de l'ensemble.

 

Fragments des colonnes à tambours de l'église.

Ruines du choeur et des sept chapelles rayonnantes de l'abbatiale.

 

Mur de l'abbatiale jouxtant le cloître, et porte d'accès au cloître.

 

La nef était flanquée de deux bas-côtés, aboutissant à un choeur arrondi.

Une galerie semi-circulaire bordée extérieurement de sept chapelles entourait le choeur.

 

La tourelle d'angle du transept nord de l'église abbatiale.

Une petite porte à tympan aveugle, dite porte des morts,

dont on voit les restes dans le fragment du mur de la tourelle, permettait de passer du transept au cimetière.

 

Le cloître.

 

C'est le plus grand cloître cistercien de France : 46,80 mètres sur 48,35 mètres.

 

La galerie orientale, démolie pour les besoins de la filature, a été entièrement reconstruite.

Les trois autres sont du XIII° siècle.

 

Photo de gauche, l'armarium, placé à l'entrée du cloître et le portail d'accès.

Voûtée d'ogives, chacune s'ouvre sur le jardin intérieur par neuf arcades en tiers-point.

Au milieu de la galerie sud, se trouvait un lavabo, en saillie sur le jardin,

alimenté par une source captée dans les environs.

 

Dans cette niche, appelée armarium, autrefois équipée d'étagères et fermée par des battants de bois, étaient rangés les livres que les moines utilisaient pour méditer dans le cloître ou dans la salle capitulaire. Les livres étaient placés sous la responsabilité du chantre, à qui incombait également le rôle de maître de choeur.

 

En 2010, une restauration complète du jardin du cloître, permet de retrouver le dessin que réalisa

Achille Duchêne vers 1910, dans un style très architecturé et inspiré des jardins à la française.

(Photo de droite), les terrasses du cloître ont remplacé le toit de l'appentis

dont on voit encore les traces d'appui sous les oculus.

 

La sacristie.

 

La première pièce attenant au transept de l'église, est la sacristie.

Sa voûte en berceau brisé s'expliquerait par le passage de l'escalier des matines,

qui menait du dortoir des pères au transept de l'église. Un oratoire prolongeait à l'est.

 

Statues : Diacre et Saint Antoine et son cochon, des XV° et XVII° siècles.

Aménagée en chapelle, on y a réuni quelques vestiges du Royaumont ancien.

 

▪ Mariage mystique de Sainte Catherine. La Vierge à l'enfant, Sainte Catherine d'Alexandrie

et les seize Saints intercesseurs. (Groupe sculpté sur bois, doré et polychromé, du XVI° siècle.

▪ Clé de voûte du choeur de l'église dont le décor végétal, comme celui de tous les chapiteaux sculptés

rappelle l'interdit qui portait sur toute sculpture figurative dans les monastères cisterciens.

▪ Pierre tombale de Pétronille, épouse du chevalier Reli de Mareuil, morte vers 1280.

Les pierres tombales qui rappellent que l'abbaye, outre les sépultures de ses abbés,

accueillit aux XII° et XIV° siècles, un nombre important de sépultures laïques.

 

Les bâtiments conventuels.

 

Le canal creusé au XIII° siècle a fourni l'énergie hydraulique nécessaire

au fonctionnement de la filature de coton installée par le Marquis de Travanet.

 

Le bâtiment des moines.

 

Le bâtiment des moines borde le cloître à l'est,

et les étages sont aménagés en chambres et en salles de réunion.

Son architecture actuelle est le résultat d'un énorme travail de restauration au XIX° siècle.

 

Initialement, le bâtiment des moines était divisé en plusieurs parties, d'aspect et de hauteur différents. Au rez-de-chaussée, chapelle voûtée : ancienne sacristie où Saint Louis venait se confesser. Salle capitulaire et salle des novices, autrefois voûtées de croisées d'ogives, entièrement remaniées. Au 1° étage se trouvait le dortoir des moines, entièrement voûté, qui pouvait accueillir 200 religieux. Mais de ces voûtes, supprimées après la Révolution, ne subsistent que les contreforts en façade. L'ensemble a été divisé en hauteur et cloisonné au XIX° siècle.

 

Le passage.

 

Le passage vers le cloître.

 

Bibliothèque Henry et Isabel Goüin.

 

Cette bibliothèque dans son décor néo-gothique occupe en partie l'emplacement de la salle capitulaire.

 

Escalier d'accès au dortoir des moines, et l'horloge.

 

L'horloge monumentale présente un assemblage de type "cage" caractéristique de la fin du XVII°, début du XVIII° siècle, abandonnée progressivement pour céder la place à des mécaniques plus précises et d'une conception différente. Elle possède trois tambours, sur lesquels s'enroulaient les cordes supportant les poids, actionnaient le mécanisme de trois cloches qui sonnaient aux quarts, aux demies et aux heures, sans répétition. Elle ne possédait pas de cadran.

 

Les cuisines.

 

Les voûtes des cuisines se composent de neuf travées d'ogives, soutenues par quatre colonnes massives.

 

La salle aujourd'hui est très restaurée et dépourvue de cheminées.

Statue d'une Vierge à l'enfant du XIV° siècle.

Cette dernière a toujours appartenu à Royaumont et fut sauvée par le dernier abbé qui l'emporta en 1791.

 

Le réfectoire des moines,

l'un des plus beaux que nous ait laissé le XIII° siècle.

 

Le réfectoire mesure 40,30 mètres de long sur 13,30 mètres de large.

Il est partagé en deux nefs de six croisées d'ogives soutenue par une file de cinq piliers.

Ces piliers sont soutenus de minces colonnes monolithes d'environ 4 m de haut,

reposant sur des socles octogonaux.

 

La chaire du lecteur est prise dans la construction qui fait saillie,

avec un escalier dans l'épaisseur du mur.

C'est là que, rapporte Joinville, Saint Louis servait lui-même

les moines et portait les plats, ou faisait la lecture.

On a établi dans le mur occidental le guichet où Saint Louis prenait les plats rendus depuis la cuisine adjacente.

 

Le réfectoire est éclairé par de grandes baies en tiers-point surmontées d'oculus.

 

Le grand orgue de Cavaillé-Coll, construit en 1864 et installé dans l'ancien réfectoire des moines en 1936.

Depuis octobre 2007, et après une restauration et la création d'un buffet néo-gothique,

il est aujourd'hui un acteur essentiel pour les saisons musicales de Royaumont.

 

Ce mausolée montre Henri de Lorraine, comte d'Harcourt, et glorieux général de Louis XIV,

expirant dans les bras de la Victoire. Commandé en 1711 au célèbre sculpteur Antoine Coysevox.

Louis XIV le récompensa de ses faits d'armes en donnant l'abbaye de Royaumont, à son fils Alphonse Louis,

alors mineur, appelé à devenir l'abbé commendataire de Royaumont.

 

A partir de 1516, les abbés ne sont plus élus par la communauté, mais nommés par le roi qui récompense ainsi ses serviteurs à moindres frais. Les abbés commendataires sont souvent des laïcs, qui perçoivent une partie des revenus. Henri de Lorraine se retirera dans l'abbaye où il y mène une vie de mondanités et y mourut en 1666, après avoir émis le souhait d'être enterré dans l'église abbatiale. Transféré dans l'église paroissiale d'Asnières-sur-Oise au moment de la démolition de l'abbatiale en 1792, il revint à Royaumont en 1959.

 

Le bâtiment des latrines.

 

Ce bâtiment se compose de deux grandes pièces. Les latrines sont aménagées au premier étage

pour communiquer avec le dortoir des moines.

Au XVII° siècle, ce bâtiment était l'habitation du prieur, qui assumait les fonctions de chef spirituel de l'abbaye.

 

Photo de droite, les arcades surplombant le canal des latrines.

Le dortoir est aménagé de part et d'autre des latrines, sous lesquelles s'écoule un cours d'eau qui sert d'égout.

A l'extrémité du dortoir, se trouve la chambre de Saint Louis.

 

L'ancienne orangerie.

 

Les vastes ouvertures, sur le côté sud du rez-de-chaussée, datent de l'époque classique

où fut aménagé une orangerie.

 

La tourelle que l'on peut voir  faisait partie d'une construction annexe.

 

L'aile des convers.

 

 

 

Le logis des convers et la maison des hôtes se trouvent dans le bâtiment qui borde le cloître à l'ouest.

Le réfectoire et le dortoir des convers occupaient la partie sud.

Les celliers et le logis des hôtes ont été transformés aux XVII° et XVIII° siècles,

par la famille du Maréchal de Lorraine, dans le goût de l'époque (Ne se visite pas).

 

Le réfectoire des convers.

 

Construit au XIII° siècle, cet ancien réfectoire constituait, avec le cellier au nord et le dortoir à l'étage,

un ensemble dédié aux frères convers et séparé du reste de l'abbaye par une ruelle intérieure.

Désaffectée dès la fin du Moyen Age,

cette aile fut convertie en logis pour les abbés commendataires au XVII° siècle

et conserva un usage résidentiel lors de la reconversion de l'abbaye en filature, à la fin du XVIII° siècle.

 

 

Recrutés dans les classes humbles de la société, les convers jouaient par rapport aux moines

issus souvent de l'aristocratie, un rôle proche de celui de domestiques.

 

Successivement dortoir, cantine, salle de théâtre et de bal à l'époque industrielle, cette pièce fut restaurée dès 1869 par les sœurs de la Sainte-Famille de Bordeaux. On rouvrit les baies partiellement obturées, recouvrit le sol de ciment et ses murs de lambris de chêne. Egalement pourvue d'une chaire de lecteur, elle redevint un réfectoire jusqu'en 1905. Salle d'hôpital pendant la Première Guerre Mondiale, elle abritait à la fin du XX° siècle un dépôt technique. En 2014, d'importants travaux de restauration, dont pose d'un dallage, et la mise en place de nouveaux équipements scéniques ont permis d'ouvrir au public cet espace de près de 300 m².

 

Escalier d'accès au dortoir des convers.

 

Porte d'accès au réfectoire des convers.

 

Le jardin des neuf carrés, d'inspiration médiévale.

 

 

Le long du réfectoire, le jardin et le verger bordés de haies en osier tressé.

 

Le canal.

 

 

Le canal des latrines.

 

 

Dès l'entrée du parc, le passage du ruisseau rappelle les règles de Saint Benoît :

l'importance de l'hydraulique.

 

On la mesure surtout dans le bâtiment des ateliers qui sert de pavillon d'accueil, au fond de l'allée. Autour d'un canal central qui recevait les latrines et qui propulsait une roue à aubes, les pères cisterciens s'affairaient à des ateliers de fabrication et réparation d'outils, poteries, etc... La roue a aubes, alimentée par une chute d'eau de 2 mètres, transmettait son mouvement à de nombreuses machines.

 

L'ancien palais abbatial et les dépendances.

 

L'ancien Palais abbatial (Propriété privée) se trouve au sud-ouest de l'abbaye,

à proximité du bâtiment des convers.

Construit par Le Masson, élève de Ledoux entre 1785 et 1789, il est inspiré des villas de Palladio.

 

Depuis le canal, vues sur les anciens bâtiments de la fabrique de coton.

 

Corps central de la fabrique construit à la fin du XVIII° siècle

sur l'emplacement du cimetière des moines.

 

Le jardin potager et le verger.

 

Potager-jardin, créé en 2014, par les paysagistes Astrid Verspieren et Philippe Simonnet.

Les moines, coupés du monde doivent produire eux-mêmes ce qu'ils consomment. Ils cultivent ainsi un verger

et un potager, pour les soins du corps. Le moine herboriste entretient un jardin de plantes médicinales.

 

La grotte.

 

 

Construite sur les vestiges de l'église, la grotte constitue l'un des aménagements

que les sœurs de la Sainte Famille de Bordeaux réalisèrent dans le parc.

Il y avait également de nombreuses statues et de multiples oratoires,

vers lesquels se dirigeaient les processions.

Ces constructions ont aujourd'hui disparu. A l'origine, la grotte abritait une pietà.

 

Saint Louis à Royaumont.

 

Communément appelé Saint Louis, Louis IX, né le 25 avril 1214 à Poissy et mort le 25 août 1270 à Tunis,

est un roi de France capétien du XIII° siècle, qui régna pendant plus de 43 ans de 1226 jusqu'à sa mort.

 

Blanche de Castille et Louis IX. (Détail d'une miniature de la Bible moralisée de Tolède, 1540).

En 1235 eut lieu la consécration solennelle de l'église Notre-Dame de Royaumont

en présence de Louis IX et de Blanche de Castille.

 

Saint Louis fit de fréquents séjours à Royaumont. Il avait fait venir comme lecteur un des hommes les plus instruits de son temps, le dominicain Vincent de Beauvais, auteur de la première encyclopédie des connaissances humaines, le Speculum Majus.

 

Richement dotée par les rois de France successifs, l'abbaye vit en complète autarcie. La communauté est alors divisée en religieux de choeur, enfermés, qui consacraient leur temps à la prière, et en frère convers, de modes extraction, qui travaillent le domaine et pourvoient à la cuisine. Ils vivent dans des locaux séparés, respectant un perpétuel silence.

 

Saint Louis fit de Royaumont une nécropole familiale : il y fit enterrer l'un de ses frères et trois de ses enfants. Il demande également que son fils, Jean-Tristan, qui vient de mourir près de lui au retour de la croisade, soit aussi inhumé à Royaumont. C'est lui aussi, qui réorganisa en un programme officiel dans l'abbatiale de Saint-Denis les tombeaux de ceux qui l'avaient précédé sur le trône de France depuis Dagobert, réserva l'église de Royaumont à ses proches, à ceux qu'il avait pleurés. Pour chacun d'eux, il fit réaliser un gisant. A la Révolution, les sépultures furent transportées à Saint-Denis. Aujourd'hui, ils figurent au milieu de ceux des rois, dans le choeur de l'ancienne abbatiale.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

Dictionnaire des églises de France, "Ile de France", tome IVd

Editions Robert Laffont, 1968

"L'abbaye de Royaumont", Christine Lapostolle, Editions Ouest-France, 2015

C.P.A. collection privée en prêt

Visite et photos, Chantal Guyon, le 13 septembre 2017

 

 

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