50 - Château de PIROU

(Arrondissement de Coutances - Canton de Lessay)

Le château, vers 1930, et en 2002, après restauration.

 

Situé jadis en bordure d’un petit port, ce château fort constituait au Moyen Age un poste avancé de la défense de Coutances. L’édifice a été construit au milieu des marécages, loin de tout promontoire. A l’origine, s’élevait en bordure, un havre beaucoup plus profond, plus étendu que l’actuel havre de Lessay. C’était alors une véritable lagune, un mouillage naturel idéal pour les embarcations du Moyen Age. Pirou est une forteresse massive qui opposait aux assaillants 5 portes de défense, dont 3 d’entre elles ont bravé les siècles.

 

Vue d'ensemble du château, et détail de la reconstruction du château après sa prise par les Normands,

d'après la tapisserie de la conquête de Pouille, Calabre et Sicile, exposée dans la salle des Plès.

 

Les sires de Pirou étaient apparentés à la maison de Hauteville dont plusieurs membres participèrent à la fondation du royaume normand de Sicile. Jusqu’à la fin du 18° s. le château fut la propriété de diverses familles nobles, puis devint, parait-il, le repaire important de contrebandiers avant de devenir une ferme au XVIII° siècle.

 

Le château de Pirou tombe en ruine à la fin des années 60. Marcel Le Légard, un prêtre originaire de Périers, est passionné par le patrimoine et l’histoire de la région et, en 1966, il achète le château de Pirou. Il confie le château à la fondation de l’abbaye de la Lucerne, qu’il a acheté en 1959. Pendant 7 ans des bénévoles ont restauré le château.

 

La barbacane ou porte avancée, flanquée de 2 casemates.

 

Pour améliorer la défense du château, les seigneurs de Pirou ont fait construire pas moins de 5 portes fortifiées successives, flanquées de douves et de pont-levis. Une des douves, large de 8 m, aujourd’hui comblée, protégeait l’ensemble. Cette 1ère porte précédée jadis d’une douve et d’un pont-levis et flanquée de 2 casemates voûtées, était la barbacane. 

 

La seconde était un véritable châtelet en forme de tour carrée, dont l’étage a été arasé.

Un pont-levis s’abattait sur la seconde douve.

 

Ensuite, après avoir traversé un corps de garde (3ème porte disparue). Elle était aussi munie d'un pont-levis, il fallait tourner à gauche et parcourir une certaine distance pour arriver à la 4ème porte.

 

Le mur de cette 4° porte baignait dans une douve aujourd’hui comblée.

 

Cette 4ème porte était percée d'un pertuis pour les piétons et d'une porte cochère. Naguère dérasée, elle est à nouveau surmontée d'un chemin de ronde qui viennent d'être restaurés dans leur état primitif. L'accès s'en faisait par une tourelle carrée coiffée d'une pyramide en tas de charge, sommée d'un épi de granit. Cette même tourelle commandait aussi, en retour d'équerre, la passerelle volante qui desservait, vers l'ouest, les archères et les trous à feu d'une courtine tendant vers le châtelet.

 

4ème porte côté avant-cour, et l'accueil actuel, qui était l'ancienne bergerie.

La basse-cour était jadis fermée par une 2ème et dernière porte.

 

La basse-cour avec les communs du XVII° s. et l'étang artificiel.

 

Depuis le châtelet jusqu'au pont-levis qui donnait accès au retranchement de l'île constituant le château, l'assaillant, à supposer qu'il se fut emparer des premières portes fortifiées, devait prêter le flanc aux défenseurs en contournant les deux tiers de l'étang artificiel.

 

La boulangerie XVII° siècle.

 

Le pressoir construit au XVII° siècle.

 

La chapelle, la salle des Plès et la charreterie XVII° s.

 

Les communs sont constitués par des apports du XVII° s. et comprenant la boulangerie, le pressoir, la chapelle et salle des plès, les anciennes étables ou écuries maintenant affectées à des usages utilitaires, puis, en retour d'équerre,la charreterie, dont les 3 arches sont démurées. Pour terminer, une habitation privée. Totalement distincte de celle qui entoure l'île du château, une autre douve, large de 8 m. et comblée de nos jours, enveloppait l'extérieur de tout l'ensemble des communs.

 

Statue de St-Jean-Baptiste - Intérieur de la chapelle seigneuriale dédiée à St-Laurent - Statue St-Laurent.

Les statues ornant la chapelle sont des XV° et XVI° siècles. L'autel est de style Louis XV.

 

Salle des Plès

 

La salle des Plès, éclairée par 6 fenêtres vitrées en losanges sous plomb. Le décor est surtout constitué d’une tapisserie. Elle relate la conquête de l’Italie du sud et de la Sicile par les Normands du Cotentin au 11° s. Cette broderie en laine sur toile de lin à l’imitation de celle de Bayeux est une réalisation du dernier quart du 20° siècle. La décoration est complétée par cette vaste cheminée, le plafond à poutres et solives et le pavé en « pierre de lande ».

 

Le pont de pierre

 

Depuis la fin du 17° s. un pont de pierre, à 2 arches, a remplacé le pont-levis,

dont les rainures des balanciers sont toujours visibles.

 

Les remparts.

 

 

La partie la plus ancienne des remparts est celle qui forme l’extrémité est du château. Ce sont de hautes murailles qui plongent leur base dans les eaux des douves. Elles sont, par endroits, épaisses de plus de 2 m, construites en petits moellons de schistes trouvés sur place et de grès des landes de Lessay. La curieuse tourelle, perchée sur le rempart, a été construite au XII° s. La tour échauguette, de la même époque. 

 

Le vieux logis

 

En pénétrant dans la cour intérieure, construit sous Henri IV et adossé à la muraille d’enceinte, le vieux Logis, avec ses portes en plein cintre et ses lucarnes à bossage. Au centre, le vieux puits. Détail des murs, dont à certains endroits, ils atteignent 3 m d’épaisseur, et des lucarnes. 

 

La salle des gardes et la salle à manger.

 

La cuisine : sa grande cheminée et l'évier.

 

La salle des gardes, remise entièrement en état. Elle était chauffée par cette cheminée dont le linteau monolithe, éclaté en plusieurs endroits du fait des crampons de fer rouillés sous l’action de l’air salin (moins de 2 Kms de la mer), vient d’être restauré. La porte cintrée ouvre sur un escalier à vis qui donnait accès au 1er étage. Dans cette cheminée, on remarque la gueule de 2 fours à boulange qui permettaient de faire du pain avant que la boulangerie de la basse-cour ne fût construite au 18° siècle.

 

Le Logis Neuf.

 

Toujours adossé à la muraille, mais de l’autre côté, le logis neuf datant de 1708.

Il est en cours de restauration, et il est prévu d’y établir un musée.

 

La légende des oies de Pirou

 

A chaque printemps, les oies de Pirou reviennent inlassablement depuis des siècles. Depuis ce sombre siège qui a vu le château incendié par les Vikings. Les assaillants avaient attendu que les habitants de la forteresse aient épuisé leurs vivres. Mais, en pénétrant dans le château, ils ne découvrent qu’un vieillard. Pour avoir la vie sauve, il leur raconta, à l’aide d’un grimoire, que le seigneur et sa famille s’étaient changés en oies sauvages. D’ailleurs, n’avaient-ils pas aperçu, la veille, une colonie d’oies cendrées prendre leur envol au-dessus des remparts ? De rage, les Vikings avaient incendié le château, détruisant du même coup le grimoire et la formule, seule capable de rendre aux oies leur apparence humaine…

 

 

Sources :

Septembre 2005 et juin 2007 - Photos René BULLE et Chantal GUYON

Sources : Le Château de Pirou, Edition S.A.E.P.

Châteaux et Manoirs de la Manche, de Michel Hébert, Editions Charles Corlet

 

Chantony - Patrimoine et Histoire

 

50660 - Lingreville