Les trois années du service militaire
de mon grand-père
 
 Emile  Duclos
 

 
 
Fiche matricule
  
DUCLOS Emile Gabriel
 Né le 30 juillet 1899
A Maulévrier
Canton de Caudebec
Département de Seine-Inférieure.
Résidant à Maulévrier
Profession : cultivateur
Bureau de recrutement : Le Havre
 
Numéro matricule : 355 
·       Appelé au service armé, classe 1919.
·       Incorporé à compter du 16 avril 1918 au 74ème Régiment d’infanterie.  Arrivé au corps le dit jour.
·       Passé à la 3ème Section d’Infirmiers Militaires le 11 septembre 1919.
·       Passé à la Section de Marche des Infirmiers du LEVANT            (Armée Française du Levant) le 28 février 1920.
·       Passé à la 3ème Section d’Infirmiers Militaires le 18 mars 1921.
·       Renvoyé dans ses foyers le 17 mai 1921 en attendant son passage dans la réserve de l’armée d’active qui aura lieu le 15 avril 1921. (1).
·      Affecté dans la réserve à la 3ème S.I.M. à Rouen
 
 
Campagnes :
 
Contre l’Allemagne du 16.4.1918 au 23.10.1919
 
Au Levant : du 28.2.1920 au 18.3.1921.

 

 
– Le Secrétaire du Bureau de recrutement qui a établi ce livret le 29 avril 1922, a utilisé la phrase «réglementaire » et, de ce fait elle choque un peu, car mon grand-père Emile Duclos aurait dû être libéré à la fin de ses trois ans de service, c’est-à-dire le 15 avril 1921 (classé normalement dans la réserve ce même jour), mais il ne fut libéré qu’un mois plus tard, le 17 mai.
 
Pourquoi ce mois de retard ? ?  Très certainement à cause du « délai de route » Liban-France. Il a été « rayé des cadres » de la Section de Marche du Levant un mois avant la fin de ses 3 ans de service afin qu’il soit, théoriquement, rentré en France pour y être libéré.
 
Mais il est fort possible qu’il ait attendu un bateau assez longtemps au dépôt des isolés métropolitains de BEYROUTH ! ! En plus, les transports maritimes étaient très lents à cette époque et surtout les transports militaires.
 
A coup sûr, il a dû fêter la fin de son service militaire sur le bateau… en tous cas, il n’était pas encore en France le 15 avril 1921. Il a dû arriver dans la première quinzaine de mai.
 
 
Sans la guerre de 14-18, mon grand-père Emile DUCLOS,
du fait qu’il était né le 30.07.1899, (donc de la classe 1919),
aurait accompli ses trois ans de service militaire d’octobre 1919 à fin septembre 1922.
 
Avant la guerre, les services militaires, en France, étaient de 3 ans. Les conscrits étaient «appelés sous les drapeaux » dans le courant du mois d’octobre de l’année de leurs 20 ans.
 
C’était la même chose en Allemagne, mais le service y était de 2 ans pour les troupes à pied et de 3 ans pour les troupes à cheval.
 
En France comme en Allemagne, les grandes manœuvres avaient lieu au mois de septembre (après les moissons). Fin septembre, à la fin de ces grandes manœuvres, les hommes libérables étaient «renvoyés dans leurs foyers » et les conscrits les remplaçaient dès le début d’octobre afin que les effectifs soient constants.
 
Pendant la Grande Guerre ce système fut abandonné à cause des pertes et pour augmenter le nombre d’unités et, d’année en année, les conscrits furent incorporés de plus en plus tôt.
 
En France la Classe 1919 fut appelée dès le début de 1918, de ce fait Emile DUCLOS, au lieu d’être incorporé à 20 ans et deux mois, le fut à 18 ans et 8 mois.
 
En Allemagne ce fut pire puisque la Classe 1919, qui aurait dû être appelée en octobre 1919, le fut à partir de juin 1917, donc, un an plus tôt qu’en France.
 
 
La « Campagne contre l’Allemagne » d’Emile Duclos,
Soit, du 16 avril 1918 au 23 octobre 1919
 
Cette date peut paraître bizarre car l’état de guerre contre l’Allemagne cessa avec la signature du traité de Versailles, le 28 juin 1919 (le 11 novembre 1918 n’était qu’un Armistice qui mettait fin, provisoirement, aux combats).
 
Le 23 octobre 1919 est donc, très sûrement, la date à laquelle l’unité d’Emile DUCLOS a quitté l’Allemagne où elle était en zone française d’occupation depuis la fin de la guerre.
 
Son livret militaire est très incomplet et ce n’est visiblement qu’un duplicata établi un an après la fin de son service militaire. On le constate à deux détails :
1. L’écriture est toujours de la même main
2. Et bien sûr, la date de l’établissement de ce livret : le 29 avril 1922.
Le livret militaire était établi après le Conseil de révision, donc un an avant l’appel « sous les drapeaux ». Le soldat ne détenait pas son livret militaire qui restait au secrétariat de son unité. Ce livret lui était donné uniquement à la fin de son service militaire.
 
La couverture du livret ne portant pas la mention « DUPLICATA », ce dernier n’a pas été égaré par Emile DUCLOS. La dernière unité qui a détenu son livret était la Section de Marche des Infirmiers du LEVANT. Le secrétariat de cette unité aurait du lui confier son livret afin qu’il le rapporte en France au secrétariat de son unité d’origine, la 3ème S.I.M.
 
Cela n’a pas été fait et lors de sa libération, son livret était encore au Liban. Je suppose qu’on a dû lui dire : « Dès que votre livret arrivera du Liban, on vous l’enverra ». Comme un an plus tard, le livret n’était toujours pas arrivé, le secrétariat de la 3ème S.I.M. lui en a établi un autre, un duplicata, qui fut « officialisé » par le Bureau de Recrutement du Havre qui avait été, en avril 1918, l’organisme recruteur d’Emile DUCLOS.
 
Son véritable livret est très certainement rentré en France plus tard, lorsque la section des Infirmiers du Levant a été rapatriée, et remis au secrétariat de la 3ème S.I.M.  Mais, comme il avait son duplicata, on n’a pas jugé utile de lui faire parvenir.
 
C’est dommage, car le contenu de ce livret nous aurait appris beaucoup plus de détails sur la vie d’Emile DUCLOS à l’armée et, par exemple, pourquoi avait-il quitté, alors qu’il était en occupation en Allemagne, le 74ème Rgt d’Infanterie pour passer à la 3ème S.I.M. ? ?  Une telle mutation n’est pas banale ? ?
 
On pourrait penser qu’au 74ème R.I., Emile DUCLOS était brancardier, ce qui aurait ensuite facilité sa mutation à la 3ème S.I.M. ? ?  Mais c’est peu probable car, dans l’Infanterie, les brancardiers, qui étaient tous des volontaires, car leur mission, au combat, était extrêmement dangereuse, étaient choisis parmi les hommes les plus grands et les plus robustes…. Or, grand-père Emile ne mesurait que 1,66 m.
 
Ce n’était pas un « petit bonhomme », loin s’en faut car à l’époque la taille moyenne était de 1m70, mais il y avait tout de même de nombreux hommes qui mesuraient 1m75 et plus.
 
Lorsque grand-père Emile fut muté à la 3ème S.I.M., il était en Allemagne donc il ne fut pas réellement affecté à cette unité de dépôt qui était en France mais à une unité sanitaire (Hôpital de Campagne ou Colonne Sanitaire) qui avait été mise sur pied par la 3ème S.I.M.
 
Une Section d’Infanterie, c’est seulement quelques dizaines d’hommes, par contre, une S.I.M. était une unité très importante. Il n’y avait qu’une S.I.M. par région militaire donc une par corps d’armée et elle portait le numéro de la région militaire à laquelle elle était affectée. Ainsi, la 3ème S.I.M. était la section de la 3ème Région Militaire (Rouen).
 
Le 74ème R.I. dépendait lui aussi de la 3ème R.M.  En temps de paix, les effectifs d’une S.I.M. étaient peu importants, ses infirmiers n’œuvrant surtout que dans les infirmeries des casernes. C’était donc une unité très sédentaire, de formation d’infirmiers, et qui disposait d’un important dépôt de matériel et de fourgons sanitaires destinés à d’éventuelles unités de campagne, en cas de guerre.
 
Par contre, en cas de mobilisation, les effectifs d’une S.I.M. devenaient très importants par le rappel des réservistes et des médecins de réserve. Les étudiants en médecine étaient affectés aux S.I.M. en tant que Médecins-Auxiliaires, etc
 
Chaque S.I.M. mettait alors sur pied des colonnes sanitaires et des hôpitaux de campagne qui étaient rattachés à des corps d’armée et des divisions en campagne.
 
C’est dans une unité de ce genre que grand-père Emile fit ses débuts d’infirmier en Allemagne.
 
Cette unité a quitté l’Allemagne le 23 octobre 1919 et est retournée au dépôt de la 3ème S.I.M. à Rouen.
 
Là, grand-père Emile fut très certainement affecté à une Infirmerie de caserne et il devait s’ennuyer ferme ! !  En février, Rouen ça doit être plutôt tristounet et humide ! ! Et il avait encore plus d’un an à faire avant la « quille » !
 
On demandait des volontaires pour l’armée du Levant et cela a dû le faire rêver… Le soleil, les palmiers, les plages de sable fin et la Grande Bleue…  Ça le changerait de Rouen…
 
Grand-père Emile se porta donc volontaire pour la
Section de Marche des Infirmiers du Levant.
 
Une unité dite «de marche » est une unité composite, formée d’éléments provenant de diverses unités…  une unité « de circonstance » créée pour une mission donnée et, généralement de courte durée. Ces unités opérationnelles n’ont existé qu’en temps de guerre.
 
Cette section  du Levant fut donc formée avec des infirmiers provenant des différentes S.I.M. de France. Tous ses membres étaient très certainement des volontaires qui avaient envie de « voir du pays » et le Liban et la Syrie, c’était tentant, surtout que ça allait les changer de la boue des tranchées de la Grande Guerre qu’ils venaient de faire.
 
La section de marche des Infirmiers du Levant était une unité de renfort pour les S.I.M.. de l’Armée d’Orient.
 
A son arrivée en Syrie, elle fut disloquée et ses éléments furent répartis dans les quatre S.I.M. (dont deux S.I.M. de la Coloniale) des quatre Divisions de l’Armée du Levant : 
·   1ère  Division  = 33ème Section d’Infirmiers Militaires Coloniaux.
·   2ème Division  = 34ème Section d’Infirmiers Militaires Coloniaux.
·   3ème Division  = 35ème section d’Infirmiers Militaires (Métropolitains).
·   4ème Division  = 36ème section d’Infirmiers Militaires (Métropolitains).
 Donc, grand-père Emile, à son arrivée en Syrie en mars 1920, époque où furent formées les 2ème, 3ème et 4ème Divisions du Levant, fut affecté, du fait qu’il était originaire d’une S.I.M. métropolitaine, à la 35ème ou à la 36ème S.I.M. composées chacune d’une Ambulance de Campagne et d’une Section Sanitaire : 
·   35ème SIM = Ambulance 6/L. et Section Sanitaire n° 453.
·   36ème SIM = Ambulance 3/L. et Section Sanitaire n° 452. 
(N.B. = Ambulance 6/L. = Ambulance de campagne n°6 du Levant).
 
74ème Régiment d’Infanterie
Calendrier sommaire des combats de la
5ème Division d’Infanterie en 1918
  
Grand-père Emile fut incorporé le 16 avril 1918, au 74ème Régiment d’Infanterie. 
· C’était un régiment de la 3ème Région militaire (Rouen).
· En 1918, le 74ème R.I. était à la 5ème Division d’Infanterie.
 Composition de la 5ème D.I. en 1918 :
· Inf. Div n° 5 =   5ème Rgt d’Inf (Falaise)
74ème Rgt d’Inf  (Rouen Sud)
129ème Rgt d’Inf. (Bernay).
· Artill. Div. = 43ème Rgt d’Artillerie de Campagne (Caen).
Elle était commandée par le Général ROIGT-BOURDEVILLE.
 
16 avril : la 5ème D.I. appartient alors au 3ème Corps d’armée (G1 LEBRUN) de la 4ème Armée  (Gal GOURAUD).
Elle occupe un secteur en Champagne, à l’Est de Reims = Auberive, Souain, Ferme Navarin, cote 193.
Elle combat dans ce secteur jusqu’à la mi-juin.
 
15 juin : elle part dans la somme, région Boves-Rumigny, où elle reste au repos et à l’instruction jusqu’à la mi-juillet.
 
Le 27 mai 1918 : c’est le déclenchement de la grande offensive allemande sur le chemin des Dames (Aisne).
Le 31 mai, les Allemands victorieux franchissent la Marne à Dormans et Château-Thierry. C’est la Bataille de la Marne.
Du 9 au 13 juin, l’offensive allemande est contenue sur le Matz.
Le 15 juillet, offensive générale allemande en Champagne, ce sera la dernière et elle tourne vite à l’échec.
 
13 juillet : La 5ème D.I. est envoyée en renfort au 30ème Corps d’armée (Gal PRAX) de la 10ème Armée du Gal MANGIN qui se dispose à attaquer de flanc (d’Ouest en est) la poche de Château-Thierry.
Elle quitte la Somme et est transportée à Villers-Cotterêts.
 
18 juillet : Bataille du Soissonnais et de l’Ourcq.
La 10ème Armée de Mangin et la 6ème Armée de Debeney lancent une violente contre-attaque (accompagnée pour la première fois, de très nombreux chars d’assaut Renault F.T. 17) de flanc en partant de la forêt de Villers-Cotterêts.
La 5ème Division d’Infanterie (10ème Armée de Mangin) est principalement engagée près de Corcy (Aisne).
 
Suite à cette contre-attaque, la 7ème Armée Allemande doit se replier vers le nord et évacuer la poche de Château-Thierry.
 
25 juillet : La 5ème D.I. prend Oulchy la Ville (Aisne).
 
 

 
 La grande offensive allemande du 27 mai 1918 partit du Chemin des Dames (en rouge).
Ainsi se forma, jusqu’au 1er juin, la « poche » de Château-Thierry (orange).
 
27 juillet : Elle progresse vers Grand Rozoy (Aisne)
 
29 juillet : La 5ème D.I. est mise au repos près de Compiègne.
  
A partir du 3 août, repli général des allemands sur la Vesle.
 
Le 8 août 1918, grande offensive Franco-Britannique dans la direction Amiens-Roye (Somme).
Les allemands sont partout écrasés… «jour de deuil pour l’armée allemande » selon les mots de son chef, le Gal Ludendorff.
 
18 août : La 5ème D.I. quitte la région de Compiègne et fait mouvement vers Villers-Cotterêts et Grand Rozoy.
 
 
26 août : La 5ème D.I. quitte le 11ème corps d’armée et est affectée au 1er corps d’armée du Gal LACAPELLE, toujours à la 10ème Armée de Mangin.
Elle est engagée dans l’Aisne vers Venizel, près de la fameuse «ligne Hindenburg ». Elle combat à Bucy le Long, à Moncel, à Nanteuil la Fosse, au chemin des Dames et à Vregny.
 

 
A droite, le flanc ouest de la poche allemande de Château-Thierry
 
Le 18 juillet 1918, la contre-attaque des 2ème et 10ème       Armées françaises partira de la forêt de
Villers-Cotterêts.
 
Le 74ème R.I. avec la 5ème D.I. est principalement engagé sur CORCY (en rouge),
le 18.07.1918.
 

 
18 septembre : Après ces durs combats, la 5ème D.I. est mise au repos vers Crépy en Valois, dans l’Oise.
 
26 septembre : La 5ème D.I. quitte la 10ème Armée et elle est transportée en Belgique, à Poperinghe.
 
 
14 octobre : Rattachée au Groupe d’Armées des Flandres, la 5ème D.I. participe à la Bataille de Roulers… Elle combat à Thielt.. puis franchissement de la Lys.
 
 
24 octobre : Elle est mise au repos à Thielt.
 
 
9 novembre : La 5ème D.I. est engagée dans les combats pour le franchissement de l’Escaut.
 
 

è18.7.1918 = Ataque de la 5ème D.I.  (74ème R.I.)
è 5.9.1948 = Attaque de la forêt de Coucy
Réduction de la poche allemande de Château-Thierry,
 du 18 juillet au 5 août 1918.
 
Le 11 novembre, c’est l’Armistice…  La 5ème D.I. aura été une des Divisions qui ont combattu jusqu’au dernier jour de la Grande Guerre !
 
Comme toutes les troupes qui ont combattu sous le commandement du fameux général MANGIN, la 5ème D.I. est une division qui n’a pas dû être ménagée en 1918.  MANGIN, un ancien de la «pacification » de nos colonies d’Afrique, a toujours beaucoup demandé à ses troupes.
 
Ça lui valut deux sinistres surnoms :
celui de « Broyeur de noirs » et de « Boucher de Verdun »  (en 1916) ! !
 
 

 
5ème D.I. à partir du 26.9.1918  (en orange)
 
 
Sources : Le «calendrier des combats » de la 5ème D.I. est extrait de l’ouvrage magistral du Service Historique de l’Armée de Terre (SHAT) : « Les Armées françaises dans la Grande Guerre 1914-1918 ».
 
 Etude réalisée en 1998, par Chantal GUYON, sa petite fille, avec les participations de : 
 
·  Jean Louis LARCADE, chercheur au C.E.A. et historien, spécialiste des périodes 1870-1914 (Armées allemandes).
 
·  Robert DIETRICH, ancien professeur de l’école Nationale Supérieure des Arts et Métiers, et historien des Troupes de Marine (Troupes Coloniales avant 1958).
·  Hervé REGNAULD, professeur agrégé de géographie.